‹ Dante, introduction a l'étude de la Divine ComédieChapitre 52 sur 71 · Ihid., t. II, p. 108 et suiv · texte numérisé non relu

Ihid., t. II, p. 108 et suiv

2. Il est tout à fait frappant que la corde, à propos de laquelle Dante rappelle le lynx, au ch. XVI de l'Enfer (v. 106-108), sert à donner un ordre au monstre qui personnifie un aspect particulier de la méchanceté, « Géryon, hideux portrait de la fraude » (XVII, 7), dont la peau est tachetée comme celle du lynx (v. 14-15) ; si Dante portait cette corde pour capturer le lynx, elle réussit en efîet fort bien à rendre Géryon docile. M. Flamini croit pouvoir préciser le sens allégorique de la corde : l'empire de la volonté (op. cit. t. II, p. 76-77).

la plus irrésistible, la plus funeste au genre humain — les cercles infernaux où s'expient les péchés d'incontinence sont les plus vastes — ; le pécheur qui veut entrer dans la voie de la conversion peut se trouver impuissant, désarmé en face de certaines tentations sans cesse renaissantes : il n'en saurait constamment triompher par ses seules forces ; la grâce divine lui est nécessaire.

Le portrait de la louve, << maigre, chargée de tous les appétits du monde, au milieu duquel elle sème la douleur >> (1, I, 49-51), qui << s'accouple avec toutes sortes d'autres animaux >>, dont << la nature est si per- verse que rien n'assouvit son appétit, et qu'après avoir! mangé elle a plus faim qu'auparavant >> (v. 97-99), ne s'adapte pas moins bien à la disposition d'incontinence qu'au péché d'avarice, et M. Flamini semble avoir partie gagnée^, quand il montre que 1' << antique louve >>, maudite au chant XX du Purgatoire (v. 10), ne désigne pas nécessairement le seul péché des avares, mais tout aussi bien la disposition d'où procèdent les trois péchés capitaux dont se purifient les âmes dans les trois derniers cercles, avarice, gourmandise et luxure, c'est-à-dire trois péchés d'incontinence.

La démonstration est très convaincante; mais il demeure au moins aussi certain que, si nous passons du sens allégorique proprement dit à l'interprétation morale et anagogique, le symbole de la louve est destiné à se préciser : au sens moral, il faut qu'en s'appliquant la leçon cachée << sous le voile de ces vers étranges >>, chaque lecteur de Dante puisse penser plus particulièrement à la forme d'incontinence qui lui est familière ; quant au sens anagogique, le poète lui-même

Page 1