‹ Dante, introduction a l'étude de la Divine ComédieChapitre 55 sur 71 · Le commentaire de Fr. Torraca {Div. Comm. nuovamente · texte numérisé non relu

Le commentaire de Fr. Torraca {Div. Comm. nuovamente

résurrection de la chair, Caton sera revêtu de son corps glorieux (v. 75), c'est-à-dire qu'il sera admis à la béatitude du Paradis. Tout cela manque un peu de clarté. Faut-il encore remarquer que l'amour de la liberté politique, qui poussa au suicide le vaincu que fut Caton, n'a qu'un rapport douteux avec l'afîranchissement de toute trace de péché, auquel aspirent les élus? La silhouette du Caton dantesque est fièrement campée au seuil du Purgatoire : c'est une noble création artistique ; mais sachons reconnaître que /l'adaptation du personnage historique à son rôle allégorique n'est pas entièrement satisfaisante. Si Dante ne l'avait pas nommé aussi explicitement, il est fort probable qu'on ne l'identifierait pas sans contestation.

A l'extrémité opposée du Purgatoire, au sommet de la montagne, le poète et ses deux guides rencontrent un autre personnage, préposé cette fois à la garde du Paradis terrestre, son domaine : c'est Matelda. Dans le décor féerique de la divine forêt, embaumée, pleine de fleurs, d'oiseaux, d'eaux limpides, et comme enveloppée par l'harmonie des sphères célestes, Matelda chante en cueillant des fleurs (2, XXVIII, 37-42) ; séparée de Dante par un cours d'eau, elle répond avec bienveillance à ses questions et le conduit jusqu'à la clairière où apparaîtra Béatrice ; c'est elle qui lui fait traverser le Léthé, en l'y plongeant (XXXI, 91-102), elle encore qui le conduit, en compagnie de Stace, au bord de l'Eunoé, où tous deux boivent

commentata, Rome-Milan, 1905, p. 312) paraît le plus raisonnable sur ce point ; il reste pourtant l'équivoque de l'expression « per quella legge che fatta fu... » au v. 90. — Naturellement il faut lire, dans ce commentaire, que Caton était mort 80 ans avant la descente du Christ au Limbe, et non 8 ans !

quelques gorgées de Peau qui les rend aptes à s'élever d'astre en astre (XXXIII, 124-145). Aucune autre création de Dante, dans le genre idyllique, n'atteint le charme poétique de cette figure de femme, surtout dans la partie de son rôle qui précède l'entrée en scène de Béatrice (XXVIII, et XXIX, 1-15); le sens allégorique qui lui convient ne soulève aucune difficulté, Dante ayant eu soin de le préciser au moyen d'un rêve qui précède son arrivée dans le Paradis terrestre, et dans lequel Lia, symbole traditionnel de la vie active, est une apparition anticipée de Matelda (2, XXVII, 97-108) : la nymphe du Paradis terrestre personnifie donc cette activité vertueuse qui assure la félicité suprême de l'homme sur la terre, et le prépare à une félicité supérieure.

La difficulté comjnence lorsqu'il s'agit de reconnaître le personnage historique que Dante a désigné sous le nom de Matelda. Les anciens commentateurs n'ont guère hésité à nommer ici Mathilde de Canossa, << la grande comtesse de Toscane » (pages 32-35) ; mais la plupart des modernes font mauvaise mine à cette identification : la comtesse Mathilde était morte à 69 ans, après une existence de luttes guerrières, à laquelle elle doit une physionomie de virago, qui ne rappelle en rien celle de la naïve Proserpine quand Pluton l'enleva (2, XXVIII, 49-51) ; en outre, Mathilde combattit toujours ardemment, aux côtés de l'Église, l'autorité impériale, et par testament elle légua ses immenses domaines au saint-siège, accroissant ainsi les possessions et les ambitions temporelles des papes : son activité ne semblait guère capable de plaire à Dante ; on crut donc devoir chercher autre chose. On chercha, sans aucun succès, parmi les compagnes de Béatrice, à peine indiquées dans la pénombre de

la Vita Nuova ; on chercha jusqu'en Allemagne où l'on trouva autant de Mathilde qu'on en pouvait souhaiter, notamment deux nonnes du xiii® siècle, Mathilde de Hackeborn et Mathilde de Magdebourg, auteurs de traités d'édification inspirés par un mysticisme très accentué (p. 217), qui les eût désignées pour personnifier la vie contemplative bien plus que la vie active. D'ailleurs Dante les connut-il? Il n'y a aucune apparence, et c'est même une question de savoir si l'une des deux, celle dont les titres seraient les moins vains, n'est pas morte après 1300 ! De guerre lasse, quelques critiques admettent que Matelda est << un pur symbole >> ; mais cette solution est la moins acceptable de toutes, car la fiction dantesque met toujours en œuvre des éléments empruntés soit à l'histoire soit à la poésie ; parmi les personnages actifs de la Divine Comédie, la seule exception notable est celle des << Malebranche >> de la cinquième bolgia infernale, et nul ne soutiendra que Matelda puisse être rangée dans la même catégorie que ces diables ! Sa personne, son nom tout au moins, doit se retrouver dans la poésie, dans la Bible ou dans l'histoire ; et puisque, dans la série des guides qui aident Dante à accomplir son voyage mystique, elle se place entre Virgile, Stace, Caton, Béatrice et saint Bernard, c'est dans l'histoire qu'il faut la chercher de préférence.

Force est donc de revenir à la vieille comtesse de Toscane, à l'auxiliaire du terrible Grégoire VII dans son effort pour terrasser l'Empire, à la souveraine de ce fameux donjon de Canossa, où se déroula, en sa présence, l'acte le plus tragique de cette grande lutte^ à celle enfin qui légua au saint-siège ses immens( domaines. Plusieurs critiques bien informés ^ se soi

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