F. Flamini, op. cit.y II, p
assez surprenant se déroule devant eux : deux anges armés d'épées de feu, et vêtus de vert, s5niibole d'espé- Irance (2, VIII, 25-42), viennent se poster à l'entrée de de la vallée pour en défendre l'accès au serpent, qui ne tarde pas en effet à se présenter, et Dante le décrit ;en termes d'un réalisme saisissant (v. 97-102). La signification de ce serpent a fort intrigué les commentateurs : pour les uns, c'est le démon tentateur, — mais comment |des âmes définitivement appelées à la béatitude peuventelles être encore tentées? — pour les autres, l'effroi que leur inspire le serpent serait pour ces âmes une espèce de châtiment ; — mais pourquoi seuls, entre tous les Ihabitants de l'Antipurgatoire, les princes seraient-ils soumis à une autre épreuve que celle de l'attente? Cet effroi d'ailleurs ne saurait être bien grand, sous la protection vigilante des deux anges! Il est plus probable que nous avons ici une simple figuration allégorique des sentiments opposés qui agitent ces âmes : d'une îpart l'horreur de leurs péchés et de leur vie mondaine, plus vivement ressentie à l'heure mélancolique du crépuscule, et d'autre part l'espérance qui chasse aussitôt ce frisson d'angoisse.
Une dernière fiction allégorique est à signaler, à la porte du Purgatoire, dont le gardien, l'ange qui tient la place de saint Pierre, vêtu de couleur de cendre, tient à la main les deux clés, l'une d'or et l'autre d'argent (2, IX, 115-129) : il est assis au sommet de trois degrés, dont le premier est de marbre blanc et poli, le second d'une pierre noire, toute crevassée comme si elle avait été brûlée, le troisième de porph3n:e rouge sang (v. 94-102). Que le vêtement modeste, peu éclatant, de l'ange corresponde à l'esprit de pénitence qu'il doit inculquer aux âmes désireuses de franchir la porte, on peut l'admettre sans grand effort, et cela
répond bien à l'acte d'humilité qu'il exige d'eu: (v. 129) ; le sens des deux clés est expliqué par le poète : celle d'argent sert à discerner dans les cœurs les fautes et les mérites : l'autre, plus précieuse, sert à donner — ou à refuser — l'absolution (v. 121-126). Il est plus malaisé de tirer un sens satisfaisant des trois degrés ; on est réduit à tâtonner, sans être jamais sûr d'avoir touché le but. La marche de marbre blanc, si polie que Dante s'y voit comme dans un miroir (v. 96), ne représenterait pas mal la conscience que le pécheur repentant a de toutes ses faiblesses ; la marche de porphyre rouge doit avoir quelque rapport avec une ardente charité ; la pierre noire crevassée, qui sert de degré intermédiaire, désignerait-elle la douleur qu'inspire au pénitent la conscience de ses fautes, et qui le pousse à un acte d'amour et de confiance en Dieu^? En regard des démons infernaux, les anges préposés à la garde du Purgatoire manquent de variété : ils n'ont guère de physionomie propre : Dante ne leur a donné que les attributs indispensables de leurs fonctions, les ailes déployées de l'ange nocher (II, 34-36), les épées et les vêtements verts des gardiens de la vallée des princes, la robe cendre et les clés du << vicaire de saint Pierre » ; tous les autres sont d'une blancheuiéblouissante, et l'éclat de leur visage empêche d'e» distinguer les traits (2, XII, 88-9). Cette pauvreté relative dans la représentation artistique des anges ne peut résulter que d'un scrupule religieux Dante avait voulu donner à quelques-uns d'entre eux une physionomie personnelle, et peut-être ui nom, il l'aurait fait sans aucune difficulté ; mais pou:
1. M. Flamini l'affirme (o2?- cit.,lï, p. 101, note 3), bienqu'i précise un peu autrement le sens de la marche rouge ; ci E. Moore, Studies in Dante, 2^ série (1899), p. 47.
cela il eût fallu les rapprocher de la nature humaine, ce qu'il s'est rigoureusement interdit.
Il resterait un mot à dire des trois songes envoyés à Dante pendant les trois nuits qu'il passe sur la montagne du Purgatoire : chacun d'eux lui révèle ce qui va se passer à son réveil, d'après la croyance ancienne qu'à l'approche de l'aube les rêves sont conformes à la vérité (1, XXVI, 7 et 2, XXVII, 92-93). Mais on sait déjà que le premier correspond au secours divin apporté par Lucie pour le déposer au sommet de la muraille abrupte qui précède et défend la porte du Purgatoire (voir p. 261) ; le troisième — Lia et Eachel — présente à l'esprit du poète une image anticipée de Matelda (p. 301). Le second est un peu plus embarrassant : Dante voit se dresser devant lui une femme difforme, pâle, bègue, louche, avec les mains et les pieds tordus ; sous le regard du poète elle reprend sa beauté et l'usage de sa langue ; elle chante et explique qu'elle est la sirène qui égare les navigateurs ; mais une autre femme survient et dévoile toutes les laideurs et les souillures secrètes de cette séductrice (2, XIX, 7-33). Visiblement cette sirène est le symbole, non pas de la seule avarice, punie sur la terrasse où Dante arrive aussitôt après, mais de toutes les hontes qu'entraînent les péchés d'incontinence — avarice, gourmandise et luxure — qui sont effacés par les pénitences des trois derniers cercles ; et le rêve a encore enseigné au poète comment la droite raison a besoin du secours de la grâce divine pour préserver l'homme de cette funeste séduction^.
Ainsi mainte allégorie de détail se greffe sur l'allégorie fondamentale du poème, et en précise le sens ;