‹ Dante, introduction a l'étude de la Divine ComédieChapitre 6 sur 71 · Di quella Roma onde Cristo è romano » (2, XXXII · texte numérisé non relu

Di quella Roma onde Cristo è romano » (2, XXXII

2. C'est par erreur que Dante dit l'avoir lue dans Tite-Live i>J/. II, 2).

g DANTE.

Pouvait-on méconnaître la main de Dieu dans cette

fin prématurée?

il chronologie alors adoptée par les chroniqueurs du moyen âge présentait de singulières coïncidences, où ne se révélait pas moins clairement la divmite du plan suivi dès les origines du monde par la Providence : Énée abordait en Italie, préparant ainsi la fondation de Borne, au temps où naissait David, de la race duquel devait sortir Jésus (Cnv. iV, 5 ) ; et Jésus venait au monde précisément à l'heure ou Auguste réunissait sous son autorité la terre entière enfin pacifiée. Qui donc eût pu douter de la réalité de cet empire universel, quand saint Luc écrit qu << en ce temps-là, un édit de César Auguste ordonnait ut dénombrement de toute la terre .>n Ainsi le moment ov retentit dans le ciel le cri joyeux des anges : « Pau sur la terre ! » était justement celui où Auguste fermai les portes du temple de Janus, circonstance haute ment significative qui remplit Dante d'enthousiasm et lui inspire de solennelles malédictions contre ceu qui s'opposaient à une volonté aussi clairement mam

Au premier rang de ces rebelles figuraient — c Dante les a unis dans le même supplice — Judai Brutus et Cassius (1, XXXIV, 61-67). Cette juxti position est une des singularités en présence desquell( un lecteur moderne demeure perplexe ; car il est mci pable de mettre sur le même plan la lâcheté, la venali de Judas, et l'assassinat politique auquel aboutit complot républicain dirigé par Brutus et Cassius cont un usurpateur. Mais pour Dante, qui considérait Ces comme le fondateur de l'empire, ceux qui lavaie

1. Ut descriheretur universus orhis, dit la Vulgate (Luc, II,

frappé avaient tenté de faire échouer, au moment même où ils s'accomplissaient, les desseins éternels de la Providence : leur acte lui semblait aussi monstrueux au point de vue humain qu'au point de vue divin. Dante connaissait encore d'autres preuves curieuses, subtiles, inattendues, de la divinité de l'institution impériale. Sous Tibère, dit-il, l'autorité de l'empereur atteignit une gloire qu'elle n'avait jamais connue, qu'elle ne devait plus connaître, car c'est alors que Dieu l'a chargée de tirer vengeance du péché d'Adam en faisant mourir Jésus. On est d'abord un peu surpris, car nous avons perdu l'habitude de parler de Tibère avec tant d'honneur — il est vrai que les Annales de Tacite n'étaient pas encore connues au xiii^ siècle — et surtout nous voyons mal quel lustre le supplice du Golgotha a pu faire rejaillir sur la pourpre impériale. Mais la pensée de Dante est qu'un châtiment n'est valable, juste, légal, que s'il est infligé par l'autorité compétente ; donc Dieu, en faisant condamner son fils, chargé des fautes de l'humanité, par le procurateur de Judée, représentant autorisé de Tibère, a proclamé la légitimité du gouvernement impérial sur la terre, et voilà ce qui est glorieux pour Kome (3, VI, 82-90). Mais il y a plus étrange encore : à quelque temps de là, avec Titus, l'aigle impériale prit son vol vers Jérusalem (< pour tirer vengeance de la vengeance qui avait été tirée de l'antique péché >> {Ihid., 91-93). Ceci est un véritable rébus, dont le poète lui-même souligne la difficulté avant d'en donner la solution : comment la destruction de Jérusalem par les Komains, en 70, peut-elle être considérée comme une vengeance de la mort de Jésus, puisque celle-ci, consentie par Dieu pour effacer V << antique péché >> d'Adam, a été légalement ordonnée par l'autorité romaine? La clé du mystère

est dans la double nature du Christ : comme homme, il a été légalement condamné, avec la permission de Dieu, par une juridiction purement humaine et qui n'avait pas à connaître son caractère divin ; mais cette divinité de son origine et de sa mission, les Juif a ne pouvaient pas l'ignorer, eux à qui les prophètes avaient annoncé dès longtemps la venue du Messie : et c'est de leur obstination à le rejeter, à le livrer aux magistrats romains comme un vulgaire malfaiteur, que Dieu a encore tiré vengeance par la destruction de Jérusalem. Dans les deux cas, Kome avait été chargée d'exécuter les arrêts de la justice divine (3, VII, 19-51). Cette étroite collaboration de la Providence et de Rome sanctifiait aux yeux du moyen âge la fonction d'empereur. On remarquera que Dante ne fait aucune allusion aux crimes d'un Néron ; de Domitien, il rappelle seulement, sans insister, son zèle à persécuter les chrétiens (2, XXII, 83) ; il passe les autres sous silence. En revanche, il est un empereur que le moyen âge a particulièrement vénéré, au point de vouloir l'introduire de force au paradis : c'est Trajan. Les plus vieux conteurs italiens rapportent des traits touchants de son esprit de justice* : au moment où il partait pour la guerre, à la tête de son armée, une pauvre veuve, dont le fils avait été assassiné, était venue lui demander justice, et il avait mis pied à terre pour lui donner d'abord satisfaction (2, X, 76-93). Saint Grégoire le Grand, quatre siècles plus tard, supplia Dieu d'appeler à la béatitude éternelle l'âme de ce païen magnanime, et il l'obtint ; mais il s'attira l'avertissement sévère de ne plus avoir à présenter de pareilles requêtes. Saint Grégoire, puni de son zèle indiscret, n'en avait

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