‹ Dante, introduction a l'étude de la Divine ComédieChapitre 65 sur 71 · Purg., XXVIII. 52 ; , X, 79; Parad., XXV · texte numérisé non relu

Purg., XXVIII. 52 ; , X, 79; Parad., XXV

plus célèbres, quelques-unes même vraiment populaires, sont celles où le poète a mis en scène des personnages auxquels, par la magie de son art, il a communiqué une âme, des héros dont il a fait l'expression définitive, soit de l'état d'esprit et de conscience fort particulier de leur époque, soit au contraire d'un sentiment très largement humain, capable d'émouvoir les lecteurs les moins préparés à comprendre la pensée de Dante et de son temps. Ces épisodes sont de longueur fort inégale ; les uns s'étendent sur plusieurs chants ; pour la plupart, ils sont relativement courts ; quelquesuns même ne comptent que quatre ou cinq vers, telle la fugitive apparition de la Pia (2, V, 133-136), dont la plainte étouffée chante toujours dans la mémoire du peuple de Toscane. On a pris l'habitude de les détacher de leur cadre, pour les considérer à part, en eux-mêmes ; et cela sans doute est fâcheux ; mais quoi de plus naturel? Ces pages ont leur poésie propre, indépendante de toute intention allégorique, morale ou politique ; il est tout simple qu'avant de se plonger dans l'exégèse dantesque on aborde le poème par ses côtés les plus accessibles ; et quand on a, bien ou mal, essayé d'élucider les points les plus mystérieux de la Divine Comédie, c'est toujours à ces épisodes-là que l'on revient pour se délasser, et peut-être aussi pour justifier à ses propres yeux le labeur ingrat auquel on s'est astreint dans l'espoir de saisir les moindres intentions du poète.

L'entretien de Dante avec son trisaïeul Cacciaguida est le plus développé de tous ceux auxquels donnent lieu ses rencontres avec des âmes de l'autre monde : il s'étend sur trois chants consécutifs, et même au delà, en plus de quatre cents vers, sans une seule interruption (3, XV-XVII). Par le nombre et

la valeur des allusions historiques et biographiques] des idées politiques et morales qu'il renferme, c'est épisode de toute première importance. Mais si r< fait abstraction du contenu doctrinal et historique de ce long morceau, pour en considérer la seule valeur poétique, il conserve encore tout son intérêt : le personnage de Cacciaguida est une création vigoureuse, nous ne pouvons dire une figure ni une physionomie attachante, puisque ses traits disparaissent dans le rayonnement lumineux de son âme, mais c'est un caractère. Il va sans dire que, selon son habitude, Dante a mis beaucoup de lui-même dans ce portrait, plus peut-être que dans aucun autre : le petit-fils pouvait, sans excès d'invraisemblance, retrouver sa propre image dans cet ancêtre préféré. Cacciaguida est le tjrpe du Florentin de la vieille roche; il appartient à cette rude génération de grands bourgeois qui avaient lutté, pendant la première moitié du xii^ siècle, aux côtés de la noblesse d'origine féodale, pour la défense de la foi et pour la prospérité de Florence. Quelle simplicité de moeurs, quelle austérité, mais aussi quelles vertus dans la commune naissante, simple bourgade enfermée dans une étroite enceinte^ ! Cacciaguida, bien entendu, est un apologiste du passé, et, dans sa complaisance à en parler sans cesse, on sent vibrer l'indignation qu'éveillent en lui des nouveautés abominables : il passe en revue toutes les vieilles familles florentines, comme pour avertir Dante d'avoir à se tenir à l'écart des nouveaux venus, des intrus, qui ont tout gâté. Car l'aïeul est plein de tendresse pour ce descendant, auquel il prodigue les conseils de son ex-||i périence : il s'avance vers lui avec le même élan d'af-!!

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