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mais toutes les autres commencèrent a interroger mon visage, et attendaient ma réponse.
« Madame, lui dis-je, le but de mon amour a été jadis le salut que j’obtenais de la dame dont sans doute vous voulez parler, et dans ce charmant salut était la béatitude, qui est la fin de tous mes désirs honnêtes! Mais, depuis qu’il lui a plu de me le refuser, mon maître Amour, et je l’en remercie, a mis toute ma béatitude dans ce qui ne peut me faire défaut. »
Alors ces dames commencèrent à chuchoter entre elles, et, comme quelquefois l’on voit la pluie tomber mêlée de blancs tlocons de neige, ainsi il me semblait voir leurs paroles mêlées de soupirs; et quand elles eurent un instant conféré entre elles, la dame qui m’avait d’abord adressé la parole me dit :
« Nous te prions de nous dire en quoi consiste cette nouvelle béatitude. »
Et moi je leur ré|>ondis : « Elle consiste à chanter les louanges de ma dame. »
«Mais, reprit-elle, si tu dis vrai, c’est donc un autre
but que tu poursuivais, lorsque tu as fait ces derniers
sonnets où tu analvses l’état où se trouve ton cœur. »
A ces mots, dont le sens me rendit pensif, je m’enfuis tout honteux d'auprès d’elles, et je me disais à moi-même : Puisqu’il y a tant de félicité dans les paroles où je loue ma dame, pourquoi ai-je parlé d’autre chose? Je résolus donc de n’avoir plus désormais d’autre sujet que celui qui aurait pour but la louange de la très-noble dame de mes pensées; et, comme je réfléchissais à ma résolution, il me semblait que c’était une entreprise téméraire et au-
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dessus de mes forces; aussi j’hésitais, et je restai quelques jours avec le désir de commencer sans oser le faire. Puis il arriva que, passant dans un chemin le long duquel coulait un ruisseau clair et limpide, il me prit une telle volonté de composer, que je commençai à délibérer de la manière dont je m’y prendrais, et je jugeai convenable de ne parler d’elle qu’autant que je m’adresserais aux dames à la deuxième personne, et non pas à toutes les dames, mais seulement à celles qui sont nobles et d’une grande distinction. Alors ma langue se délia comme d’elle-même, et je m’écriai :
Daines, qui de l’Amour connaissez les secrels.
Je déposai, avec une grande joie, ces paroles dans ma mémoire, décidé à les prendre pour début; revenu donc à la ville et après quelques jours de méditation, je commençai une canzone, et l’écrivis dans les termes qu’on va lire.
La canzone commence ainsi :
Dames, qui de l'Amour connaissez les secrets,
.le veux m’entretenir, avec vous, de ma Dame,
Non que j’espère ici la peindre traits pour traits;
Mais je veux épancher et soulager mon Ame.
Je dis donc qu’en pensant à sa haute valeur,
L’Amour me jette en l'Ame une telle étincelle,
Que, si je ne sentais alors lléchir mon cœur,
Je rendrais, en parlant, le monde amoureux d’elle.
Mais je ne voudrais pas que trop d'ambition Révélât ma faiblesse à qui voudrait me plaindre,