‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 9 sur 88 · I.A VIE NOIVEI.I.K · texte numérisé non relu

I.A VIE NOIVEI.I.K

La deuxième étaitque l'Amour m’attaquait subitement et d’une façon si violente, que rien ne survivait en moi que celui de mes pensers qui parlait de cette dame.

La troisième était que, lorsque l’Amour me livrait ainsi bataille, je devenais pâle, j'oubliais ce qui m’était arrivé pour m'être approché de tant de perfections, j’espérais que sa présence me protégerait contre ces attaques de l’Amour, et je me mettais en chemin pour voir cette dame.

La quatrième était que je devais reconnaître que cette présence non -seulement ne me protégeait pas, mais achevait de mettre en déroute le peu de vie qui me restait, c’est ce qui me Ht écrire ce sonnet :

Quand mon cœur trop ému revient au souvenir De l’état douloureux où l’Amour me captive,

J’ai pitié de moi-inêineet ne puis retenir

Ce cri : Ce n’est qu’à moi qu’un tel malheur arrive!

Car je reçois d’Amour une atteinte si vive.

Que je crois que ma vie à l’instant va finir;

Et de tous mes esprits s’il en est qui survive.

C’est celui qui de vous aime à s’entretenir.

Ensuite je m’efforce à soulever ma chaîne.

Et, pâle et tout brisé d’un long abattement.

Je cherche, à vous revoir, croyant guérir ma peine;

Mais si mes yeux vers vous se lèvent un moment,

Dans le fond de mon cœur naît un frissonnement.

Et mon corps devient froid, sans pouls et sans haleine.

Après ces trois sonnets, où je m'étais adressé directe-

is

l> AM K.

ment à madame, et dans lesquels je croyais avoir dépeint mon misérable état, je crus devoir me taire, car il me semblait en avoir assez dit sur mon compte. Tout en évitant dans la suite de m’adresser directement à elle, il me convint d’aborder une matière nouvelle et plus noble que la précédente; comme il ne sera pas sans intérêt d’ap- . prendre ce qui donna lieu «à ce changement de sujet, j’en dirai la raison, autant que possible, en peu de mots.

Seulement à me voir, beaucoup de personnes avaient deviné le secret de mon cœur, et certaines dames, que réunissait le plaisir de se trouver dans la compagnie les unes des autres, connaissaient mieux encore ce secret, parce que chacune d’elles avait été souvent témoin de mes défaites.

Un jour (pie, tout pensif, je passais par hasard auprès d’elles, je fus appelé par une de ces grandes dames, dont la conversation était agréable et charmante; quand je fus arrivé devant elle, je vis bien que la très-noble «lame de mes pensées n était pas dans cette réunion, ce qui me rassura; je les saluai et leur demandai quel était leur bon plaisir.

Ces dames étaient nombreuses; les unes riaient entre elles, d’autres me regardaient et attendaient ce que j’allais dire; d’autres semblaient comploter ensemble, et c’était l’une de celles-ci qui, fixant ses regards sur moi, et m’appelant par mon nom, m’adressa ces paroles :

« Dans quel but aimes-tu cette dame, puisque tes regards ne |»euvent supporter sa présence? Ab! vraiment le but d’un si grand amour doit être bien curieux! »

Et après qu’elle m’eut dit cela, non-seulement elle.

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