‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 28 sur 88 · LXII · texte numérisé non relu

LXII

Il répond à uu sonnet de Cîeri Gianll^rliacci qui lui demandait ee que «ioit faire un amant avec une femme altière et eruelle.

Oéri, lorsque parfois ma charmante ennemie < '.outre moi, dans son cœur, irrite sa fierté,

Je sais un seul espoir à mes maux apporté,

Le seul qui puisse encor me prolonger la vie;

Quand ses yeux, courrouces par une injuste envie, l)e moi semblent vouloir retirer leur clarté,

Je lui montre les miens si pleins d’humilité Qu’il faut bien, à son tour, que son courroux dévie.

Si cela n’était pas, tous mes nerfs effrayés Sécheraient, comme si je voyais la Méduse Devant qui les humains restaient pétrifiés.

Fais donc comme je fais; il n est pas d’autre ruse, D’autre espoir ni refuge. Où fuir, tout enchaîné, Devant l’aile d’un maître il) à nous suivre obstiné?

tl) l.’A mour.

PKTRARyl'K.

Iim;

O sonnet rappelle les beaux vers «le Ityron à l'Kriilan, qui liaiirnait la demeure de In comtesse Guiccioli.

Tu peux bien emporter mon écorce fragile,

Pô rapide, au courant de tes puissantes eaux,

Mais l’âme qui s’y cache, essence plus subtile,

Se rit des vains efforts des hommes et des flots;

Kile suit son chemin dans l’air souple et docile,

Et vers son laurier d’or (I) aux fortunés rameaux,

Vole, sans s’écarter, d'une aile plus agile

Que le courant des mers, les vents et les vaisseaux.

Roi des fleuves du monde, a la course éternelle,

Uni fais face au soleil quand il guide le jour,

Mais laisses au couchant (i) une splendeur plus belle (3)1

Mon corps est avec toi; mais les ailes d’ Amour Soulèvent cette part que Dieu fit immortelle,

Pour la mener plus vite à son charmant séjour.

(1) Allusion à Laure cl au laurier «le Vaucluse, fi) A Avignon.

(3) Laure.

SON N BTS.

Il su compare à l'oiseau pris au filet , et l.aure à l'oiselière qui l'a attiré par sa voix et ses regards.

Amour tendit sous l'herbe un filet radieux,

Tissé de perle et d’or, sous le charmant feuillage I>e l’arbre (t) toujours vert dont j’aime tant l'ombrage. Bien qu’il me rende, hélas! plus triste que joyeux.

Le parfum qu’il répand fut l’appât merveilleux, Ensemble amer et doux, qui m’etfraie et m’engage;

Le chant de l’oiseleur, depuis Adam je gage,

Ne fut jamais plus doux ni plus mélodieux.

L’éclat qui fait pâlir le soleil dans sa gloire Rayonnait à Lenteur; la corde était aux mains Qui passent en blancheur et la neige et l’ivoire.

Je fus surpris par vous, o pièges inhumains!

Voix ravissante et pure, angélique apparence,

Rêves, tourments, plaisirs, et toi, vive espérance!

(1) Toujours l'allégorie du laurier.

l»KTR\HÿlK.

Il craint toujours d'augmenter par sa faute les rigueurs «le sa «lame, et «le p«‘r«lre ainsi tonte espérance «le l’atten«lrir.

Si son regard, rempli d une tendre éloquence,

Me fait déjà mourir par un trop doux effort;

Si sa voix à l’Amour prête un appui si fort.

Si, sur moi, son sourire a pareille puissance, -

Que deviendrai-je, hélas! si par mon imprudence,

Si par ma faute, un jour, ou par un coup du sort, Ses yeux ne m’envoyaient que des regards de mort, Si je perdais ainsi tout à coup l’espérance?

Aussi mon cœur toujours est de crainte agité;

Au moindre changement que trahit sa figure,

J eu eus plus d’une fois une preuve trop sure,

La femme, [tour nature, a la mobilité (1);

Et je le sais trop bien, une amoureuse flamme Ne dure pas longtemps dans le cœur d’une dame.

I) Wiiiunn, tli) iinmc is frailh.

Shakespeare, Un mie!

SONNETS

LXYIL

Prière au soleil qui eu se couchant lui enlevait la vue du séjour de

Laure.

Arrête-toi, soleil, laisse-moi de ma Dame Laisse-moi voir encore tin instant le séjour;

Jamais, depuis qu’Adam vit la première femme, t’ne telle beauté n’inspira tant d’amour.

Mais j’ai beau te prier, tu retires ta flamme;

Déjà l’obscurité, qui s’étend à l enteur,

Me dispute l’asjtect qu’en vain ma voix réclame,

Et tu vas, loin de nous, porter un nouveau jour.

Je vois l’ombre tomber sur cette humble vallée Où mon Laurier (1) ne fut qu'un fragile arbrisseau,

Et qui de mon amour fut jadis le berceau.

Je parle, et l’ombre croît : déjà la nuit voilée Me cache les contours de l’asile enchanteur Où ma Dame adorée habite avec mon cœur.

(!) Laure et le Imincr de Vaucluse.

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