‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 29 sur 88 · LX VIII · texte numérisé non relu

LX VIII

Il peint sa dame sous l'allégorie d une biche qui lui apparait entre deux lleuves, c'est-à-dire à Avignon, entre le Rhône et la Durance.

A l’ombre d’un laurier et sur l’herbe nouvelle Une biche apparut blanche et les cornes d’or...

Deux fleuves l’entouraient et, merveilleux décor î Le soleil du printemps se levait devant elle.

Sa vue était si fière, à la fois, et si belle,

Que j’abandonnai tout pour la revoir encor,

Ainsi qu’un dur avare, à chercher son trésor.

Se hâte et court joyeux, malgré l’âge rebelle.

« Nul ne me touchera... » ces mots étaient écrits Autour de son beau col en perles et rubis :

« Je suis libre par l’ordre et le désir du maître (U! »

Et le soleil baissait, et mes yeux, bien que las,

De cet objet charmant ne se détournaient pas;

Mais je glissai dans l’onde et la vis disparaître.

Il) C’est par l’ordre de l'Amour que Laure reste insensible et invulnérable.

SON METS

La vue «le sa «lame ici-bas est pour lui ce que la vue «le Dieu dans le ciel est pour les bienheureux.

De même que voir Dieu c’est la vie éternelle,

Le seul txm heur parfait et le seul souhaité,

Ainsi vous voir, ma Dame, est ma félicité Dans le cours de ma vie incomplète et mortelle.

C’est que je ne vous ai jamais vue aussi belle,

Si mes yeux aujourd’hui m’ont dit la vérité ;

Au-delà de ses vœux vous avez emporté Ma timide espérance et mon àme avec elle.

Due demander de plus, si ce bonheur charmant Ne s’enfuyait si vite? Ali! puisque dans ce monde L'oiseau vit dans les airs et le poisson dans l’onde ,

Puisque chaque être, entin, vit de son élément, Pourquoi, plein d’un amour qui m’enflamme et me tue, Ne puis-je uniquement vivre de votre vue?

Il invite l'Amour à contempler taure avec lui.

Arrêtons-nous pour voir cette gloire nouvelle, Amour, et contemplons ce chef-d’œuvre des deux ? Vois donc quelle douceur descend de ces beaux veux , Et quels rayons le ciel fait briller autour d’elle!

Vois ce charmant maintien où la grâce étincelle. Vois l’éclat de son teint, vois l’or de ses cheveux; . Vois parmi les sentiers de ces coteaux ombreux Se mouvoir doucement ses pieds et sa prunelle !

Le gazon souple et frais, les plantes et les fleurs.

Qui sous le chêne vert étalent leurs couleurs. Demandent que son pied les effleure ou les ploie;

Et le ciel, à l’entour, d’un éclat radieux Se revêt triomphant, el témoigne sa joie D’être rendu serein et par d’aussi beaux yeux!

SONNKTS.

I, Amour II* ramène <k* Toscane en Provence, oii il retrouve tous ses

souvenirs.

Oui, mon coeur reconnaît cette brise d’amour Qui réveille les fleurs sur la rive embaumée Où tant de fois, pleurant et chantant tour à tour.

J’ai vu croître ma peine avec ma renommée.

Oui. c’est |>our re|»oser mon âme en ce séjour Que j’ai fui l’air si doux de ma Toscane aimée;

Et, |M)tir chasser la nuit de mon âme embrumée,

Je cherche l’astre aimé qui me verse le jour.

Sa vue est une joie, à mes yeux, surhumaine.

Et sans cesse l'Amour devant lui me ramène,

Puis il m’éblouit tant qu’il me tarde de fuir;

Car, sûr d’ètre vaincu, ce ne sont point des armes, C’est une aile qu'il faut pour combattre ses charmes; Mais, de près ou de loin, qu’importe? il faut souffrir!

PETRARQl K.

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