LXX1I
Il se rappelle le premier jour où il la vit, alors qu'elle était encore jeune fille et qu'elle laissait flotter sa chevelure qu'elle cache sous un voile depuis qu’elle est mariée.
Murmurant a travers la mobile verdure.
L’air pur qui vient frapper mon visage étonné Me rappelle le jour où l’Amour m’a donné Ma première, ma douee et profonde blessure,
Et ce front que me cache une volonté dure.
Ou qu’un esprit jaloux de moi tient éloigné (I),
Et ces cheveux dont l’or de perles s'est orné Qui, dans ce temps, erraient libres a l’aventure;
Car elle les faisait si doucement flotter,
Puis en si longs anneaux les laissait serpenter. Qu’en y pensant encor je sens trembler mon âme.
Elle en fit un lien si solide à présent,
Et resserra mon cœur en un nœud si puissant, Que la mort pourra seule en dénouer la trame.
(I) O» seul ici la jalousie de l'époux de Laure.
SONNETS
Il ramasse un trant que Laure a laissé tomber.
0 belle et blanche main qui me serres le cœur Et renfermes ma vie en si petit espace.
Main où, réunissant tout leur art ri leur grâce,
La nature et le ciel ont su se faire honneur;
Doigts qui m’avez blessé, vous qui gardez rigueur A ma blessure, ô doigts dont la beauté surpasse Les perles d’Orient ! Amour, de guerre lasse,
De vous voir nus enfin me permet la douceur.
Cher et joli gant blanc, qui couvrait cet ivoire, Ces roses, cette main ! qui donc aurait pu croire Que si douce dépouille allait parer mon sein?
Puissé-je m’emparer, par une autre victoire,
De ce voile importun ; mais, ô cruel destin !
On s'approche, on accourt m'enlever mon larcin.
IAX1Y
Il regrette ce gant qu'il a été forcé de restituer.
Amour et mon bonheur, par ce larcin subit, M’avaient livré ce gant brodé d’or et de soie.
Et mon cœur se sentait au comble de la joie Quand il se rappelait à qui ce gant servit.
Et jamais je ne pense à ce jour, qui me vit,
Kiche et pauvre, gagner et perdre cette proie,
Sans avoir quelque honte et sans que je ne croie Devoir en exnaler un amoureux dépit.
Pourquoi n’ai-je pas mieux retenu ma conquête? Pourquoi n’ai-je pas su plus longtemps faire tête Au seul et faible effort de cet ange des deux?
Ou que n’ai-je, en fuyant, à mes pieds mis une aile Pour me venger au moins de cette main cruelle Qui fit toujours couler tant de pleurs de mes yeux?
SONNETS
Pourquoi Laure ne veut-elle pas croire à un amour auquel la postérité
ajoutera foi?
Elle n'y veut pas croire, et pourtant à ma flamme Tout le monde ici croit, tout le monde, excepté La seule qui refuse à ma fidélité La croyance et le prix que d'elle je réclame.
N’avez-vous dans mes veux rien su voir de mon âme, 0 cœur de peu de foi 1 dédaigneuse beauté !
Maudit soit le destin! N'ai-je pas mérité
lie trouver quelque grâce auprès de vous, ma haine?
Plus tard, tout cet amour qui vous touche si peu,
Et mes vers inspirés que votre nom décore,
En pourront enflammer, comme moi, mille encore.
Nous aurons beau mourir, sachez, ô mon doux feu. Une de vos beaux yeux clos mes rimes immortelles Garderont à jamais les vives étincelles.
Il félicité >on âme et ses sens d'aimer, de voir et d’entendre l^aurt s'encourape à suivre ses traces qui le mènent sur la route du ciel
Toi qui sais mon amour et qui dictes ma plainte,
Mon âme, et vous, mes yeux, de sa vue altérés,
Et toi, le plus heureux de mes sens enivrés,
Qui conduis dans mon cœur le son de sa voix sainte ;
Dans ce monde rempli de misère et de crainte, Vous ne voudriez pas vous trouver égarés,
Sans voir de ses beaux yeux les flambeaux adorés Et de ses pieds charmants la lumineuse empreinte.
Avec de tels signaux brillants et radieux,
On ne peut s’égarer durant ce court voyage Qui doit se terminer à la porte des deux.
Hâte-toi vers le ciel, ô mon pauvre courage,
De ses tendres dédains traverse le nuage;
Va, suis toujours ses pas aux rayons de ses yeux.
SONNETS
U se plaît à décrire encore par quelle mairie sa daine a su le séduire et
l'enchaîner à jamais.
Une grâce empruntée aux élus dans les deux, line vertu d’en haut qui nous montre la route;
Sous une tète blonde un esprit grave et vieux.
Une grande beauté dont elle seule doute;
Une élégance rare, étrange pour nos yeux.
Une voix qui ravit et dans l’âme s’écoute.
Une démarche noble, un cœur ferme et pieux Üue la force respecte et que l’orgueil redoute;
Des yeux qui, dans la nuit, jetteraient un beau jour. Üui nous rendent de pierre et qui font (pie notre âme S’échappe, nous revient, et repart tour à tour;
Tout cela, puis ces mots dont la froideur enflamme, Kt ces tendres soupirs qui vous disent d’aimer,
Sont les magiciens qui m ont su transformer.
PKTRARyiF..
ÜID