LXXXVII
11 l'aime tant qu'on la blâmera de n’avoir pas été touchée «le son
amour.
N’avoir qu’un seul amour dans une âme sans feinte, Languir et désirer sans vouloir rien de plus, Nourrir d’un noble feu le foyer des vertus,
Errer et s’égarer dans un noir labyrinthe;
Avoir toute pensée au front écrite et peinte,
Ou l'exprimer en mots avec peine entendus,
Par la honte ou la peur souvent interrompus,
Et de la violette avoir la pâle teinte (1);
Avoir un autre objet qu’on chérit plus que soi, Pleurer et soupirer sans que le cœur se lasse.
Se nourrir de dépit, de chagrin et d’effroi;
Brûler de loin, de près sentir un froid de glace;
Si tels sont les motifs qui font que je me meurs,
Ma Dame, «à vous la faute, à moi seul les douleurs!
(t) Kt tincUjs viola pallor amaiilium !
Horace.
Mou pâle visage de violet teint,
(Ju! est l'amoureux teint.
Mahip. Stiarî.
SONNETS
Il voit dans une barque sur le Rhône, et plus tard dans un char, Laure et les douze autres darnes de lu cour d'amour d'Avignon dont Laure était la reine (1).
Dans leur barque j’ai vu passer les douze Dames,
De notre cour d’amour les douze astres joyeux;
Au milieu rayonnait un Soleil radieux;
Jamais plus beau vaisseau ne sillonna les lames,
Ni celui qu’un mortel4, sous le poids de ses rames,
Guida vers la toison, objet de tant de vœux,
Ni celui sur lequel un berger amoureux Enleva la beauté qui livra Troie aux flammes.
Ensuite, je les vis sur un char merveilleux,
Et ma Laure, au maintien modeste et gracieux,
Assise à part, chantait, ravissante harmonie !
Spectacle surhumain, vision infinie!
Heureux Automédon, ô Tiphys bienheureux,
Dont les mains conduisaient si noble compagnie!
(t) Voici leurs noms : Laura, lirianda d’Agulto contessa délia Lima, ('ghetta da Focalcliiero, Amabile di Yillanova, Béatrice Dama di Salto, lsvarda di Roccafoglia, Anna viscontcssa di Ladiardo, Uinnca di Hassan », Dolco di Mantirro. Antonotta di Cadenetlo, Maddaleua di Salone, Rifenda di Pnggioverdc, e Fannotla di Sado. zia di Laura.
l’KTIi A !((,>( K.
Il porto envie au pays qui possède Laure loin «le laquelle ou le comlamae à vivre.
Jamais sur aucun toit passereau plein d’alarmes.
Jamais hôte des bois, dans la froide saison,
Ne fut plus seul que moi, condamné sans raison A rester loin de celle à qui je rends les armes.
Je n’ai de goût qu’aux pleurs, rire est pour moi sans charmes; Pour moi tout aliment est absinthe ou poison;
Je trouve ténébreux le {dus pur horizon,
Kl mon lit m’est un champ de bataille et de larmes.
Le sommeil est, dit-on, le frère de la mort;
Oh ! pourquoi ne peut -il ravir le cœur qui dort A l’amoureux penser qui l'accable à toute heure?
O seul pays au monde «aimable et bienheureux!
Kivages verdoyants, clairs ruisseaux, bois ombreux,
Vous possédez sans moi le trésor que je pleure.
SO.VNKTS.
Il porte envie a l'air qui la caresse, et an ruisseau qui roule ses eaux vers
sa demeure.
Douce haleine des airs qui de ses blonds cheveux Fais mouvoir ati hasard les anneaux dans l’espace.
Et qui de ces fils d’or où ton souffle s'enlace Fais, défais tour à tour et refais les doux nœuds ;
Tu caresses aussi son beau front et ses yeux Oui m’ont si bien blessé, qu’à poursuivre sa trace.
A la chercher toujours, mon pauvre pied se lasse Et bronche comme fait un cheval ombrageux.
Je la vois, je la perds; je cours et je m’arrête;
Hélas! tantôt je vois ce que mon cœur souhaite,
Tantôt la vérité de mon triste destin !
Heureux souffle des airs, si frais et si limpide,
Keste donc autour d'elle, et toi. ruisseau rapide,
One ne puis— je échanger avec toi mon chemin!
l’KTRARQl'E.
xcu.
Les «'liants et les larmes lui sont également doux , parce que c’est toujours taure qui en est la cause.
Après avoir chanté, je pleure mes douleurs;
Si les chants m’étaient doux, douces me sont les larmes. Car c’est la même cause, avec les mêmes charmes,
Oui fait jaillir mes chants et fait couler mes pleurs.
Aussi, dédain, pitié, duretés et douceurs,
D’un cœur toujours égal, sans trouble et sans alarmes, 4e sais tout supporter; la pointe de mes armes Ne s’est point émoussée au milieu des rigueurs.
Qu’ainsi donc et l’Amour et la Dame que j’aime S’unissent au destin pour me traiter de même,
De tout ce qu’ils feront je ne puis qu’être heureux.
Que sou regard m’attire ou bien qu’il me repousse, Kst-il un sort plus beau que le mien sous les cieux?
De mon amour amer la racine est si douce!
SONNKTS.
\cm.
Il arrive à ce point que la solitude, qui lui était si chère, lui devient odieuse, et qu'il cherche à se fuir lui-même.
Cellule qui, pour moi, jadis étais un port
Contre mes jours troublés par tous les vents contraires,
Te voilà le torrent de mes pleurs solitaires.
Car je les cache au jour par honte et par remord.
Petit lit, toi qui fus contre mon triste sort Bien longtemps un repos, de larmes bien amères Je te mouille aujourd’hui, par les ordres sévères De l’Amour qui sans cesse a demandé ma mort.
Ce n'est pas seulement ma tranquille retraite;
Que je fuis, mais moi-môme et mon âme inquiète Qui quelquefois s’envole et s’égare en rêvant.
(æ monde turbulent que je crains et j’abhorre ,
Qui l’eût jamais pensé? je le cherche et l'implore,
De me retrouver seul tant j’ai peur à présent!
l'KTKAHyl K.