‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 34 sur 88 · XC1V · texte numérisé non relu

XC1V

U ne peul se soumettre à la «lefensc <le la revoir; il s'en eieuse en disant (|ue c’est la faute de l’Amour et de la beauté de sa dame.

Amour, j’ai pu faillir, et je vois mon erreur,

Mais tu connais mon cœur que la flamme ravage; Lorsque le mal s’accroît, la raison perd courage, Et cède aux longs efforts d’une longue douleur.

J’arrêtais les élans de ma trop vive ardeur Pour ne pas courroucer son doux et beau visage. Mais je ne le puis plus, tu m’as rendu moins sage, En retirant le frein qui retenait mon cœur.

Plus que par le passé si donc il se fourvoie,

Et si, pour son salut, il cherche une autre voie,

La faute en est à toi, peut-être à mon destin,

Et plus encore aux dons qu’on ne voit sur la terre Qu’en elle réunis : qu'Elle le sache entin,

Et se^pardonne alors ma faute involontaire.

SONNKTS.

Dans nno fèl<* à la cour du pape, l'empereur Charles VI, roi tics Romains, se lit montrer Luire et la baisa au front et sur les jeux, selon la coutume de France,

Noble choix d’un grand roi, tendre et sage nature! Justice et loyauté, profond discernement,

Œil d’aigle pénétrant, âme tranquille et sûre,

Noble esprit, d’un tel cœur bien digne assurément!

Des dames en grand nombre offraient en ce moment De la fête du jour la plus belle parure,

Quand, après un coup d’œil, soudain son jugement De toutes ces beautés a choisi la plus pure.

Écartant tous les rangs, sans plus long examen,

Il alla droit vers elle et la prit par la main,

Aux applaudissements de la foule ravie;

Mais, quand il eut baisé son front noble et ses yeux, Dans la commune joie on me vit soucieux,

Tant ce baiser au cœur m’avait jeté d'envie!

l'KTHAKOl K.

U s’excuse auprès de sa darne de ne pouvoir lui obéir, quand elle lui ordonne de s’éloigner d’elle et de ne plus la revoir.

J avais prié l’Amour et reviens le prier De m’excuser vers vous, ô vous, ma douce peine,

Mon amère douceur, si de désirs trop pleine Mon âme a pu quitter le bon et droit sentier.

Je ne puis, ni ne veux, ma Dame, le nier,

La raison, qui du cœur doit être souveraine,

Cède à ma volonté qui, brûlante, m’entraîne.

Et veut de son côté me contraindre à plier.

Vous, (pie le ciel doua par sa grâce éternelle D’un esprit juste et vrai, d’un cœur tendre et pieux Comme il n’en vint jamais du royaume des cicux,

Dites- vous sans dédain, plus tendre et moins cruelle: « Peut-il faire autrement? Il se brûle à mes yeux !

« Il est si plein d’amour, et moi je suis si belle ! »

SONNETS

Il répond à un sonnet de Giovanni Doudi qui lui soumettait une question

d’amour.

Inquiet de ton mal, pour toi j’en crains un pire;

Je lui vois ici-bas un si large chemin,

Qu’une même é|>ouvante en mon âme respire,

Et de sombres pensers me conduisent la main.

Entre les deux partis mon choix reste incertain,

Car la honte commence où le danger expire.

Mais pourquoi tant chercher? Un pouvoir plus qu'humain De nous a décidé dans l’éternel empire.

Bien que je sache, ami, n’avoir pas mérité L’honneur que tu me fais, car, faible et complaisante, L’amitié pour juger est souvent ignorante,

Écoute-moi pourtant ; devers l’éternité Pique des deux ton âme à s’élever trop lente,

Car le chemin est long et le temps est compté.

l’KTRABQl'Ë.

XGVIII.

H est «n Toscan»' «( désire .revenir en Provence pour revoir I^iure : mais il sc plaint de la retrouver à Avignon on elle mène une vie peu heureuse ilans la famille de son époux.

J’aime mieux être libre et vivre solitaire,

Vous le savez, forêts, montagnes et ruisseaux,

Pour fuir les esprits vains, les cœurs lâches et faux. Oui du ciel ont quitté la route salutaire.

Et si ma volonté se pouvait satisfaire,

Loin des lieux où l’Arno roule ses vertes eaux,

La Sorgue me verrait au pied de ses coteaux Redire encor les chants que ma douleur préfère.

Mais le destin cruel toujours me reconduit Dans la ville où mon cœur retrouve avec colère Son trésor dans la fange et son jour dans la nuit.

Au moment où j’écris, le sort m’est moins contraire; L'ai-je assez mérité? Je le crois; en secret Amour le voit sans doute, et ma Dame le sait.

SONNETS

l.o roi Robert de Naples, se promenant un jour entre Laure et Pétrarque, cueillit deux roses et les leur donna.

[leux roses fraîchement en paradis cueillies, Avant-hier, premier jour du mois de mai joyeux, Furent le beau présent d’un amant sage et vieux A deux jeunes amants qui les ont accueillies.

Les paroles du sage, aimables et polies A lui faire un ami du cœur le plus haineux,

Ont fait rougir nos fronts d’un rayon amoureux : Les grâces de ma Dame en furent embellies.

Pareil couple d’amants ne se reverra plus,

Dit-il en souriant, et, de sa bouche écloses, t^es paroles d'amour accompagnaient les roses.

D'un tendre souvenir ses yeux semblaient émus,

Et moi, mon pauvre cœur tremble encor de sa joie : Doux langage ! beau jour tissé d’or et de soie!

PETRARQIK.

Il invite les dame» à prendre I^ure pour modèle.

Que la dame ici-bas qui veut orner son âme Et désire acquérir un renom vertueux De sagesse et d’esprit, fixe toujours les yeux

Sur celle que le monde a surnommé ma Dame!

D’elle seule on apprend comment l’honneur enflamme. Comme on peut aimer Dieu d’un cœur tendre et pieux. Réunir l’enjouement aux pensers sérieux,

Et marcher vers le ciel qui l’aime et la réclame.

On trouve aussi chez elle, avec le doux parler,

Ce silence éloquent qu'on ne peut égaler,

Et ces façons d’agir que l’on ne pourrait peindre.

Mais ce qu’on n’apprend pas d'elle, c’est la beauté Qui nous éblouit tous d’une étrange clarté;

Elle lui vient d’en haut, l’art ne saurait l’atteindre.

SONNKTS.

Uue celui qui veut voir celle merveilleuse créature sc hâte, car elle est mortelle, et bientôt peut-être il sera trop tar«l ; le poète semble avoir comme un pressentiment de la mort prochaine de Laure.

Ce que peut la nature au Créateur unie,

Le saura qui verra cet astre radieux,

Soleil qui ne luit pas seulement pour mes yeux,

Mais pour le monde obscur qui blasphème et qui nie. *

Kt qu’il vienne bientôt, la mort règne impunie,

Les bons s’en vont d’abord, les méchants restent vieux; Cette belle attendue au rovaume des cieux Est chose passagère et fleur bientôt ternie.

Il pourra voir, s’il vient, ce que sont la vertu,

Le mérite, l’esprit, et la grâce parfaite,

Réunis dans un corps de beauté revêtu.

C’est alors qu'il dira que l’impuissant poêle Eut les yeux éblouis par l’éclat de ses traits:

S’il tarde plus longtemps, que d’éternels regrets!

PKTRAKgtB.

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