CH
Plein «le ce triste présage, il s'effraie et supplie Dieu de le faire mourir
avant elle.
La brise, par son souffle et son divin soupir,
En soulevant parfois l’or de sa chevelure,
Tire du vert laurier un si charmant murmure Que lame se sent prête à mourir de plaisir.
Douce fleur, où trouver ta pareille à cueillir?
Gloire de notre temps, rose candide et pure Éclose parmi nous d’une épine si dure! - Oh! faites-moi, Seigneur, avant elle mourir,
Afin de ne pas voir la disgrâce publique,
Quand le monde perdra ce soleil radieux,
Quand mes yeux n’auront plus d’autre astre sous les cieux,
Quand mon cœur sera veuf de sa pensée unique,
Quand mon oreille enfin, de sa bouche pudique, Cherchera vainement les sons harmonieux!
SONNETS
cm.
Il éprouve de nouvelles rigueurs, mais l'espérance ne l'abandonne pas.
Cœur inhospitalier, cruelle volonté,
Sous les traits enchanteurs d’une douce figure,
Si vous me poursuivez toujours et sans mesure,
Vous me verrez bientôt par la mort emporté.
L’hiver, lorsque tout meurt; quand tout fleurit, l’été; Quand le jour resplendit, quand la nuit est obscure, Pleurer, toujours pleurer, triste et fatal augure! Contre moi j’ai l’Amour, ma Dame et sa beauté.
Mais je vis d’espérance et sais que, sur la terre,
La goutte d’eau, du ciel tombant sans se tarir,
Suffit à transpercer et le marbre et la pierre :
11 n’est cœur assez dur pour ne pas s'entrouvrir Aux longs efforts d’amour, de pleurs et de prière,
Ni vouloir assez froid pour ne pas s’attendrir.
PETRAKgiE.
Il se demande si pendant qu’il dort son âme ne va pas retrouver celle de sa Dame pour s’entretenir avec elle.
Ne pourrai-je jamais me venger de la Dame Dont le regard me tue et la voix me poursuit, Qui, pour plus de douleur, se dérobe et me fuit. Me cachant de ses veux la douceur et la flamme.
Qui par degrés consume et dessèche mon âme,
Et comme une lionne en mon sommeil rugit,
Se posant sur mon cœur lorsque revient la nuit, La nuit, le seul repos que mon espoir réclame î
Mon âme, que la mort délivre par moment,
Me quitte et, rejetant son trop lourd vêtement. Dans son rêve aussitôt prend vers elle sa route.
Oh! je voudrais savoir si la nuit, quand tout bas Mon âme parle et pleure et se jette en ses bras, La sienne alors s’éveille et la voit et l’écoute?
SONNETS
Il sc |ilainl dVlrc force tic quitter l^iiire et do retourner en Italie.
O parole si douce, ô regard si charmant!
Quand donc pourrai-je encor vous voir et vous entendre? Blonds cheveux dont Amour a fait, |>our me surprendre, Un filet oit mon cœur se débat vainement;
Visage dont l’aspect, toujours me consumant,
Ne m’a jamais offert que des pleurs à répandre,
Doux artifice, et toi, fraude amoureuse et tendre,
Rendez moi ce bonheur qui m’est un doux tourment.
Car, si parfois des yeux oit ma pensée habite,
De ces yeux dont ma vie a connu la rigueur, il me vient par hasard quelque douce faveur,
Soudain, troublant ma joie et la dissipant vite,
Le sort fait arriver de* vaisseaux, des chevaux Qui m’éloignent encor de l’auteur de mes maux.
PKTRARQIE.
Laure, trouvant qu’il la regardait trop fixement, mit la main devant ses yeux, et le poète cherche à interpréter cette coquetterie de sa dame.
J’avais sur ses beaux yeux la paupière fixée,
Quand, lisant dans les miens mes désirs et mes vœux, Elle mit en riant la main devant ses veux Eour mieux dissimuler son trouble et sa pensée.
Mon cœur, comme l’oiseau dont l'aile est enlacée Dans les filets cachés sous les guérets poudreux.
Mon cœur fut pris soudain : mon âme embarrassée Voulait interpréter ce geste gracieux.
Comme dans le sommeil, ma vue interceptée Cherchait de tous côtés à se faire un chemin Pour revoir les beaux yeux que lui cachait la main;
D'une étrange douceur mon âme transportée,
Sous je ne sais quel charme et quel plaisir divin Entre ses deux trésors (t) demeurait arrêtée.
(I) Les yeux et la main.
SONNETS
cvn.
Loin d'elle, il aime à se rappeler k* jour des adieux où I/aiire se montra bienveillante et attendrie.
Ce jour-là, ses beaux yeux sur moi faisaient jaillir Les limpides rayons d’un beau ciel sans nuage,
Et son cœur sage et pur, qui ne sait point faillir, laissait couler les flots d’un bienveillant langage.
Le souvenir m'en trouble et me fait tressaillir Quand je pense à ce jour,* plein d’un si doux présage, Où mon cœur tout ému se sentit défaillir En voyant un instant s’adoucir son visage.
Mon àme, qui toujours s’abreuva de douleur,
Se montra lâche et faible à ce double bonheur,
Tant est grand le pouvoir d’une longue habitude!
I)u bien qu’elle goûtait elle dut s’étonner,
Et, dans son espérance et son inquiétude,
Elle fut plusieurs fois prête à m’abandonner.
l'KTHAKpi K.