CVII
Un vntrue et sombre pressentiment l’oppresse quanti il se rappelle et* jour où il lit ses adieux à su dame.
Combien j’ai do frayeur quand mon cœur se rappelle Le jour où je laissai, sérieuse et rêvant,
Ma Dame bien-aimée et mon âme avec elle,
Car volontiers j'y pense, et j'y pense souvent!
Toujours je la revois se tenir humblement Kose parmi les fleurs et rose la plus belle,
Ni joyeuse, ni triste, et, pour tout sentiment.
Ne semblant éprouver qu’une crainte nouvelle.
Elle avait déposé tout l'élégant trésor
De ses gais vêtements, guirlandes, bijoux d’or.
Et son divin sourire et sa voix de sirène;
. Ainsi je la quittai, dans le doute, éperdu...
Depuis,... un noir présage est sur moi suspendu;
J’ai peur; mais plaise à Dieu que ma terreur soit vaine!
Il s’inquiète «le ne plus recevoir de nouvelles de sa daine; il va jusqu' la croire morte en ce temps où la peste désolait le midi de l'Europe.
J’écoute vainement, je n’ai plus de nouvelles De ma chère ennemie, et mon cœur ne sait pas Qu’en penser et qu’en dire, et dans mon âme, hélas!
La crainte et l’espérance ont des luttes mortelles.
Autrefois la beauté fut fatale aux plus belles (I);
Ma Dame est aujourd’hui la plus belle ici-bas, Peut-être Dieu veut-il la livrer au trépas Pour en faire une étoile aux voûtes éternelles.
Si tel est mon destin, si c'est l’ordre de Dieu,
Oh! courts moments de paix, ô longs chagrins, adieu; Vous allez donc ici finir avec ma vie!
Pourquoi m’être éloigné de mon plus doux tourment*? Voici donc que déjà s'achève mon roman;
Au milieu de mes ans ma course est accomplie!
(I) Ariane H Calislo fiiivnl mises au nombre «les «‘toiles.
l'KTRAIiyi K.
ex.
Laure, qui lui est déjà apparue eu songe, lui apparait de nouveau pour
lui annoncer >a mort.
Loin d’elle, en mon sommeil parfois j'ai vu descendre Son regard consolant et rempli de douceur;
Maintenant il m'apporte une telle frayeur,
Qu’au réveil, de pleurer je ne puis me défendre.
Ah î c’est que je crois voir dans ce regard plus tendre Une pitié plus vraie, une grave douleur,
Et j’écoute sa voix qui me dit que mon cœur A l’espoir d’être heureux ne |>oiirra plus prétendre.
Elle me dit alors : Ne te souvient-il pas Du soir où je laissai des pleurs sous ta paupière,
I)u soir où loin de toi je dus porter mes pas?
Apprends donc ce qu'alors mes lèvres ont dû taire, Apprends la vérité ; je quitte cette terre;
N’espère plus me voir désormais ici-bas.
SONNETS