SONNE I S
Son âme par l'amour vul remonter à la source du heuu et du bien.
Je ne vis pas en vous une beauté mortelle,
Quand j’ai vu de vos yeux le radieux flambeau, Mais j’y crus découvrir cette grâce éternelle.
Cet idéal qu’on rêve au delà du tombeau.
Mon âme, en vous voyant, a déployé son aile Four retourner au ciel, son glorieux berceau, t^ar toujours, à travers la forme universelle.
Lame veut remonter à la source du beau.
Le sage ne doit pas chercher un repos stable Dans un terrestre objet, fragile et périssable,
Et la mort de notre âme est l’amour sensuel.
Mais l’amour noble et pur, à l ame salutaire,
Peut nous faire meilleurs, déjà sur cette terre,
Et doit nous rendre encor plus parfaits dans le ciel.
michkl-an<;k.
Les yeux de sa dame le guident vers les sentiers divins, et il y trouve reflété le ciel, qui semble lui sourire.
L’aspect d’un beau visage au ciel ravit mon cœur;
C’est là tout ce que j’aime et recherche sur terre;
C’est par là que je monte à la céleste sphère,
Grâce dont un mortel a rarement l’honneur.
L'œuvre a tant d’harmonie avec son créateur Qu’elle m’élève à lui comme par la prière,
Et je pousse à ce but mon âme tout entière,
Quand dans un noble amour je mets tout mon bonheur.
Aussi, dans vos beaux yeux la lumière est si belle Qu’en les voyant je sens que leur douce clarté Vers les divins sentiers guide ma volonté;
Et quand je me consume à leur vive étincelle, Dans ce loyer si pur je trouve reflété 1 jî ciel, qui me sourit dans sa joie éternelle!
SONNETS
Si un amour ordinaire suflit à détruire un cœur jeune et plein de vie, que va donc faire une si grande passion dans le cœur d'un vieillard sans force et au bord du tombeau?
Oh ! si dans tout l’éclat des premières années L’amour en peu de temps dévore un jeune cœur, Qu’est-ce donc, au penchant des dernières journées, Quand d’un vieillard l’amour en secret est vainqueur?
Si par le poids du temps mes forces déclinées Perdent à chaque instant un reste de vigueur,
Quand la mort va venir clore rhes destinées,
Que faire et qu’espérer d’une si folle ardeur?
Mon cœur, qui d’un tel feu n’a pas su se défendre,
Ne sera plus bientôt que poussière et que cendre Qu’emporteront les vents dans leur premier effort.
Si, jeune, un faible amour a consumé mon âme, Vieillard, que va me faire une si grande flamme Qui ne s’éteindra plus qu’au souffle de la mort?
>ih:hki.-an<»e.
Si cVst dans l’autre du «|ii'il doit être ivroinpcusr de la purott- de son amour, puisse son dernier jour arriver bientôt!
S’il est vrai que l’amour révèle sa présence Dans le feu des regards, oh! regardez mes yeux! N’avez-vous pas assez de leurs pleurs douloureux? N’est-il pas bientôt temps que la pitié commence?
Mais peut-être avez-vous cette noble croyance Qu’il faudrait m’inspirer, que de si nobles feux,
Qui toujours à bien faire encouragent mes vœux,
A la sphère éternelle auront leur récompense!
Oh! s’il en est ainsi, du haut du firmament Que le soleil s’éclipse, et vienne ce moment Où mon âme pourra se fondre dans la vôtre!
Dès demain que ne puis-je arriver à ce jour Qui doit me faire enfin jouir de cet amour,
Mon martyre en ce monde et mon salut dans l’autre!
Il regrette de n’avoir pas connu plus tôt ce noble amour qui mène à la vertu, mais peut-être valait-il mieux qu’il n’aimât que dans
sa vieillesse.
Si j’avais pressenti qu’à son premier regard J’allais par son amour renouveler mon âme,
Ainsi que le phénix au milieu de la flamme,
Jeune, j’aurais brûlé comme aujourd’hui, vieillard.
Et tel qu’un cerf blessé qui fuit avec son dard Vers la source limpide et que sa soif réclame,
Ainsi j’aurais couru vers cette noble Dame,
Et je regrette .enfln d’avoir aimé si tard.
Mais me plaindrais-je encor, lorsque je vois sans cesse Mon bonheur, mon repos, mon salut dans les yeux De cet ange adoré qui m’est venu des deux ?
Aveuglé, j’eus sans doute aimé dans ma jeunesse Sans espoir et sans frein, tandis que maintenant J’ai pour guide l’Amour vers le ciel rayonnant.
Vitloria (xilonnu est morte, mais elle triomphe de la mort.
Lorsque celle pour qui mon cœur a soupiré,
Par un fatal décret fut ravie à notre âge,
Ne pouvant plus créer un aussi beau visage,
La nature fut triste, et le monde a pleuré.
O sort! espoir trompeur dont je fus enivré!
Où trouver aujourd'hui sa chère et douce image? l)e son corps adoré la terre a l'héritage,
Et de son noble esprit le ciel s’est emparé.
La mort crut, en voyant sa forme inanimée, Étouffer de son nom la noble renommée ;
Mais les eaux du Léthé ne pourront l’engloutir;
Elle en triomphera ! De sa gloire immortelle Mille voix parleront; et les cieux, jaloux d’elle,
Ne pouvaient la ravoir qu’en la laissant mourir.
SONNETS
Le cœur de l'homme s'enflamme ordinairement ù la première rencontre «le l’amour; mais Yiltorin seule pouvait enflammer Michel-Antre.
Pour un cœur étourdi qui se donne sans cesse,
El, se livrant sans guide au vain désir d'aimer,
Pareil au bois trop sec, se laisse consumer Par le premier amour qui séduit sa jeunesse;
Pour un cœur tendre et faible, et qui, dans sa faiblesse, Ne demande pas mieux de se laisser charmer,
Il n'est pas étonnant qu’on puisse s’enflammer Dès le premier regard, dès la première ivresse.
Mais, pour moi, ce n’était que ta noble beauté Qui jiouvait me fixer, moi qui dans sa clarté Puise de mes travaux la lumière bénie.
J ai vu ma gloire en toi; du monde retiré,
Seule je l'ai choisie, et pour toi je rendrai Mon amour immortel autant que mon génie.
Vittoria morte, il implore le secours du Christ, qui seul peut le sauver
Maintenant que je sais que la chute est rapide,
Je suis plein de pitié pour les fautes d’autrui ;
Car, pour avoir suivi ma passion pour guide,
J'ai vu tomber mon àme en une affreuse nuit.
Je ne sais plus comment recouvrer mon égide,
Si ta grâce, Seigneur, ne descend et ne luit A mon cœur qui se perd dans l’ombre et dans le vide: 11 faut que ton amour me relève aujourd’hui !
Que ton corps sur la croix, que ton sang qui ruisselle.
Efface sur mon front la faute originelle
Qui naquit avec nous et nous suit en tout lieu.
Toi seul peux me sauver : vois l’état où nie laisse?
* Le j»oids de mon péché, le |»oids de ma vieillesse,
Moi, si près de ma mort et si loin île mon Dieu !
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XXX vu.
Prière. Quelquefois il entrevoit encore d'heureux jours, mais il sent toute la vanité des plaisirs de ce monde.
Trop souvent mon espoir me compose et me tresse D’heureux jours après ceux que j’ai vus s'écouler; Plus la vie a pour moi de magique promesse,
El plus elle m’est lourde et plus je dois trembler!
Qu’espérer de la vie et de toute allégresse?
0 plaisirs, qu’ici-bas rien ne semble troubler, Contentements humains qui nous comblez d’ivresse, Plus vous nous attirez, plus il faut reculer!
Aussi, quand le bienfait de ta grâce féconde,
Par ce zèle divin qui triompha du monde,
Rappelle dans mon cœur et l’amour et la foi ,
Et lorsqu'à ta bonté mes sens sont moins relfelles, Au ciel, sans plus tarder, Seigneur, emmène-moi ; Car tout pieux désir pour s’enfuir a des ailes.
Prière. Il renonce à l’amour, se rcpent et «leniande "riice.
I)u |)oids d’un long amour mon esprit délivré, Seigneur, du monde impur à la fin se dégage.
Et ma barque fragile, après plus d’un naufrage. Espère en toi trouver le calme désiré î
Les clous de tes deux mains et ton front déchiré Par l’épine sanglante, et ton divin visage,
Me sont, dans l’avenir, l’espérance et le gage Du salut pour mon cœur de tristesse navré.
Voile, pour un instant, ton miroir de justice, Prête à mon repentir ton oreille propice,
Et détourne le bras de ta sévérité.
Par ton sang précieux que ma faute s'efface î Et, si j’approche enfin du terme redouté,
Sois prodigue envers moi de pardon et de grâce.
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