I.K TASSE
mais In duc, ravi d’avoir enfin un prétexte pour assouvir son secret ressentiment, fit arrêter Torquato el ordonna qu’on l’enfermât dans une des tourelles du château. Son emprisonnement, la colère du duc, l’effroi de la princesse, tout plongea le malheureux poêle dans un tel accès de délire, qu’on craignit un instant pour sa vie. Alphonse, vaincu par les prières de sa sœur, le fil relâcher au bout de deux jours, et ordonna qu’on le conduisit dans sa villa de Bel-Kiguardo; mais ces lieux rappelaient de trop doux souvenirs au Tasse; ses terreurs religieuses lui reviennent, il demande à aller voir encore le grand inquisiteur, el s’enferme dans le couvent des franciscains de Ferrare; de là il écrit lettres sur lettres au duc et à la princesse. Alphonse lui ordonne de cesser toute correspondance avec D. Léonore; cette dernière disgrâce achève d’égarer cet esprit malade; il refuse tous les secours de la médecine, il craint d’être empoisonné, il craint qu’on ne le retienne de force dans ce couvent , et une nuit il s’échappe par-dessus les murs , et seul , sans argent, presque sans vêtements, il traverse à pied une partie de l’ilalie et arrive déguisé en pâtre à Sorrente, où il a cette entrevue si touchante et si célèbre avec sa sœur Cornélia.
Mais l’air de la patrie et les consolations de la famille ne peuvent lui faire oublier Ferrare, le théâtre de scs succès, où le rappellent son amour et sa gloire; il craint que, dans sa colère, le duc ne brûle le manuscrit corrigé de son poème laissé entre ses mains, et il lui adresse à ce sujet un sonnet touchant où il lui rappelle Auguste sauvant l’Énéide des flammes (1). Il écrit aussi à la duchesse d’Urbin : point de réponse d’elle ni du duc; enfin il ose écrire à D. Léonore elle-même, et la princesse.
'I) Sound XXXI.
NOTICE. 409
plus tendre cl plus touchée, lui répond, mais en le prévenant qu’elle ne peut rien pour lui auprès de son frère (1).
Malgré l’accueil peu favorable que lui présageait cette lettre, le Tasse n’y peut tenir plus longtemps; il quitte sa sœur et sa patrie et revient à Ferrare le 21 février 1579, le jour môme où le duc Alphonse épousait en secondes noces la fille du duc de Manloue. Quand il entra à Ferrare, il trouva la ville avec un air de fôte qui contrastait péniblement avec la situation de son esprit. Les citoyens qui passaient dans la rue n’avaient garde de reconnaître, dans cet homme pâle et courbé, le jeune et brillant poêle qui avait fait naguère encore les beaux jours de la cour de Ferrare. Torquato se présente aux portes du palais, on lui en refuse l'entrée par ordre du duc (2); il essaie vainement de parler aux princesses; ses ennemis se réjouissent, les courtisans le raillent, les valets eux-mêmes le rebutent grossièrement; c’est alors, comme il le dit lui-môme, que sa patience se trouva poussée à bout; il ne put contenir plus longtemps son indignation ; il s’exhala en plaintes amères et injurieuses contre Alphonse, il maudit la chaîne volontaire qui l’avait attaché si longtemps à cette cour ingrate, et il rétracta tout haut les louanges qu’il avait prodiguées dans ses vers à la maison d’Este.
M) Dal sig. iluca c délia sig. duchesse vnslra moglie io non impetrai mai risposla; «la tnndnma Leonora l'ebbi taie, elle comprcsi clie non poleva favorirmi.
{Lettre au duc dTrbrn.)
Tentai di parlare alla sig. duchessa ed a madama Leonora, ma mi fu seinpre rhitisa la strada dell’ udienza, e molle liale senza rispetto e senza çccasione alcuna i portieri mi victarono d’entrare ncllc camere loro. Volli parlare à S. A. ma comprcsi ch’ egli abborriva d'udirmi in questa materia. Ne parlai a suo confessore, ma indarno. Siccbè fu vinla finalmcnte quell’ infinita mia pazienza.
{Lettre au duc d’L’rbin.>