‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 56 sur 88 · I.E TASSE · texte numérisé non relu

I.E TASSE

He lui parler du succès de son poème et de son prochain triomphe, il répondit qu’il ne pensait plus qu'à la Jérusalem céleste, qu’il se repentait d’avoir tant aimé la gloire mondaine, et qu’il désirait qu’on pût brûler tous ses ouvrages profanes ; mais, heureusement pour nous, ce vœu ne fut pas plus accompli que celui de Virgile.

Cisalpino, premier médecin du pape, qui connaissait sa fermeté d’àme, lui déclara qu’il n’avait plus que quelques instants à vivre. Le poète reçut cette nouvelle avec résignation et ne s’occupa plus qu’à se préparer à bien passer le terrible passage. Le cardinal Cinthio l’assista à ses derniers moments; quand il l’avertit qu’il lui apportait la bénédiction et l’absolution du pape : « Ah! s'écria le pieux chantre des croisades, voilà le vrai char de triomphe sur lequel j’espère aller me faire couronner, non comme poète au Capitole, mais comme chrétien dans le ciel. «

Il expira en prononçant ces paroles, le 25 avril 1595, à l’àge de cinquante et un ans.

A la nouvelle de cette mort. Home prit le deuil et on exposa publiquement le corps du poète revêtu de la toge, et le front ceint de la couronne de laurier. Il fut enterré dans la petite église de Sant’ Onofrio, où le cardinal Belivacqua lui fit élever un magnifique mausolée.

Telle fut la vie de Torquato Tasso, vie pleine de gloire et de misère et qu’on ne peut lire sans un profond serrement de cœur. Si l’on a bien compris les souffrances du Tasse, sans

inonaslerio di Saul’ Onofrio, non solo porche l’aria é loilata «la incdici più cbe di nlcuna atlra parte di Roma, nia quasi per comnimciarr da qneslo luogo cminente e colla convcrsazione di questi divoli padri la conversnzione in cielo. » Et il ajoute : « Priez Dieu pour moi, et soyez srtr que, comme je vous ai toujours aimé dans celle vie, je ferai aussi pour vous dans l'autre, qui est In véritable, ce qui convient à nue charité vraie et sincère. »

lia

doute on doit en accuser surtout la barbarie du prince qui l'a frappé si rudement; mais ne faut-il pas s’en prendre aussi à sa nature même de poêle, nature si vive, si délicate, si impressionnable, si exaltée, et qui par cela seul offrait une proie si facile à la douleur? C’est |ieut-étre une des grandes punitions de la faute originelle , que, de môme que la femme doit souffrir pour mettre au monde ses enfants, ainsi l'homme doit souffrir pour epfanter les œuvres de son esprit, et plus elles sont grandes et belles, plus l’enfantement est pénible et douloureux, et parfois les souffrances sont telles, que le délire monte à la tête et qu’il pousse au suicide ou à la folie. Oui, c'est là une des plus tristes déchéances de l'humanité, que chez elle le sublime est toujours près de toucher au ridicule, et le génie à la folie: c’est l’abime au bord duquel Dieu a dit à l’homme : Tu n’iras pas plus loin ! Sans cette borne fatale, les hommes de génie seraient trop au-dessus de l’humanité; c’est par là qu’ils se rattachent aux humiliantes infirmités de notre nature.

Et d’ailleurs, nous tous, la foule vulgaire et inconnue, voulant juger de tout, qui nous a donné le pouvoir et le droit de sonder ces mystères que Dieu ne révèle qu’à quelques natures d’élite? Pouvons-nous apprécier à sa juste valeur cette sublime folie du génie qui est, peut-être, une révélation aussi surnaturelle et aussi incompréhensible que cette sainte folie de la croix dont parle l'apôtre?

Ne la rabaissons-nous pas trop à notre niveau, en voulant la mesurer avec notTe faible intelligence? Savons-nous si ce que nous appelons folie n’est pas quelquefois la partie divine d’une raison supérieure à la nôtre? Les poètes ne sont point maîtres de cette puissance inconnue qui s'agite en eux et qui les emporte hors du monde visible; ils sont, comme dit Platon, sous l’empire d’un démon qui leur souffle tout ce qu’ils disent. Si nous ne pouvons nous les expliquer, pouvons-nous les nier.

LE TASSE

cos communications étranges, ces inspirations mystérieuses, ces visions singulières qui ont visité tous les hommes de génie, et qui sont attestées par le témoignage de tous les temps et de tous les lieux? Dans l’antiquité biblique, le souffle inspiré qui anime Moïse et les prophètes; chez les païens, Socrate écoutant les conseils d’un démon familier, le second Brutus conversant avec son génie à Philippes; et parmi les grands poètes chrétiens, saint Augustin entendant une voix qui lui crie de prendre et de lire, Dante contemplant Béatrice dans le ciel, Pétrarque consolé chaque nuit par une apparition de Laure, le Tasse visité et guéri dans sa prison parla Vierge elle-même, Milton aveugle et inspiré par une musc céleste au lever de l’aurore, Pascal, ce Byron chrétien, apercevant toujours un abîme à ses côtés, mais voyant le ciel au delà, ne furent-ils pas tous, à leur manière, des fous de génie?

Mais aucun d’eux n’en fut puni plus cruellement que le Tasse; aucun autre n’eut, comme lui, un duc de Ferrare pour le juger. Aussi, après avoir fait la part du caractère du poète, n’oublions pas d’infliger à la mémoire de son royal bourreau cette vengeance posthume qu’il redoutait avec raison, et puisse la postérité indignée trouver quelque consolation à apprendre qu’Alphonse reçut, môme dès cette vie, une juste punition de ses cruautés; il survécut à toutes ses affections, et il perdit bientôt l’amour de ses sujets et de ses serviteurs, qui l’abandonnèrent à son lit de mort. Son corps fut enterré à la bâte, sans aucun des honneurs réclamés par son rang; ses dernières volontés ne furent point exécutées; son testament fut cassé, et son parent, don César, qui devait lui succéder, fut excommunié par Clément VIII; enfin, après une lutte qui dura peu de temps, Ferrare se vit délivrée pour toujours de la domination de la maison d’Estc.

SONNETS

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