I.A MK NOl VKI.I.K
Il rosie pies d'elle et luin des méchants;
Qu’il dise de moi ce qu’il voudra dire!
Si, par son secours, je suis pardonné,
Je lirai ma paix sur un beau visage.
Ballade, adieu donc, et que ion message Soit d’un doux succès bientôt couronné!
Après la vision dont je viens de parler, et après avoir exprimé tout ce que l’Amour m’avait ordonné, je commençai à être assailli de nouveau par beaucoup de pensées diverses dont chacune m’attaquait et me trouvait sans défense. Parmi ces pensées, il y en avait quatre qui m’importunaient plus particulièrement, parce que c’étaient celles qui troublaient le plus le rej>os de ma vie.
La première était celle-ci :
La domination de l’Amour est bonne en soi , parce qu’elle entraîne l’esprit de son fidèle serviteur loin de toutes les choses viles.
La deuxième était celle-ci :
La domination de l’Amour n’est pas bonne, parce que plus son fidèle serviteur lui engage sa foi , plus graves et plus douloureux sont les maux qu’il subit.
La troisième était celle-ci :
Le nom d’amour est si doux à entendre, qu’il me parait impossible que son influence ne soit pas douce aussi, puisque les noms expriment la nature des choses nommées, comme il est écrit : Nomina sunt cnnsequentia rerum.
La quatrième pensée était celle-ei :
La dame pour laquelle l’Amour fencliaine ainsi n’est
P AMF.
pas comme les autres dames, il n'est pas facile d’émouvoir son cœur.
Chacune de ces pensées combattait tellement mon esprit, qu elles me tenaient en susjjens, comme un homme qui ne sait pas quelle route il doit prendre, et qui veut avancer et ne sait où il va. Et si je pensais à prendre le chemin commun de toutes ces pensées, et sur lequel toutes étaient d’accord, c’est-à-dire si je voulais me jeter aux bras de la Pitié et l’implorer aussi en gémissant, ce n’était encore qivj pour rencontrer en elle une ennemie.
Dans cet état, j’eus la volonté de rimer quelques paroles , et je lis ce sonnet :
Tous mes pensers secrets s’entretiennent d’Amour,
Mais si diversement, que l’un à sa puissance Me dit qu’il faut céder, quand d'autres, à leur tour, Accusent ma faiblesse et l'appellent démence!
Si l’un devant mes yeux fait luire l'espérance,
L’autre me fait pleurer bien des fois en un jour;
Mais tous à la pitié demandent assistance.
Kl pour mes tristes maux un moins cruel retour.
Aussi je ne sais pas auquel porter ma plainte,
Et je voudrais parler.... mais ma voix semble éteinte,
Ft je me perds au fond de ces rêves douteux !
Fnfin, si je veux faire avec tous alliance.
Il faut bien que, comme eux, j'appelle à ma défense, Madame la Pitié (1), qui se rit de mes vœux.
(1) Madonna la Pièta. C'eut l'expression de Dante, ft il ajoute dans une note que r’est par ironie.