‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 7 sur 88 · I.A VIK NOUVELLE · texte numérisé non relu

I.A VIK NOUVELLE

Après le contlit de ces diverses pensées, il arriva que que ma très-noble dame se rendit dans un lieu où étaient réunies beaucoup de dames de la noblesse; j’y fus aussi conduit par un de mes amis, qui crut me faire un grand plaisir en me menant là où tant de dames laissaient voir leurs beautés. Xe sachant pas où je me rendais, et me liant à la personne qui, sans le savoir, conduisait son ami à l’extrémité de la vie, je lui dis: « Pourquoi sommesnous venus auprès de ces dames? Afin, me répondit-i), qu’elles soient servies comme elles le méritent. »

La vérité est quelles étaient venues faire compagnie à une dame de distinction qui s’était mariée ce jour-là, et que, suivant l’usage de notre ville, elles devaient s’asseoir avec elle au repas qui était dressé dans la demeure de sou nouvel époux.

Dans l’intention de faire plaisir à mon ami, je me proposai donc de me mettre à servir les dames. Mais, au moment où je prenais cette résolution, je sentis du côté gauche de ma poitrine un tremblement extraordinaire qui s'étendit subitement dans toutes les parties de mon corps. Sans faire semblant de rien, je m’appuyai contre une peinture qui couvrait les murs de ce salon; et, craignant qu’on ne se fût aperçu de ce tremblement, je levai les yeux, et, les dirigeant vers l'assemblée, je vis au milieu des autres dames la très-noble Béatrice. Alors tous mes esprits furent tellement subjugués par le pouvoir que l’Amour prit sur eux en se voyant si près de la noble dame, qu'il n’y eut plus de vivants en moi que les esprits de la vue, encore ceux-ci furent-ils délogés |>ar l’Amour, qui voulait occuper leur place pour voir la merveilleuse

DANTE

dame; et, bien que je tusse comme privé de sentiment, j'avais beaucoup de cltagrin d’entendre les plaintes de ces pauvres esprits de la vue, qui disaient : Si cet Amour ne nous troublait pas ainsi dans nos fonctions, nous pourrions voir cette beauté miraculeuse, comme font les yeux «les autres personnes. Alors beaucoup de ces dames, s’apercevant du bouleversement de mes traits, commencèrent à s’en étonner et à se moquer de moi dans leur conversation avec ma dame.

Ce que voyant, mon ami, qui avait été de bonne foi, me prit par la main , me mena hors de la présence de ces dames, et me demanda ce que j’avais. Après un instant de repos, tous mes esprits morts ressuscitèrent, et ceux qui avaient été bannis revinrent dans leurs domaines, et je dis ces paroles à mon ami : « J’ai mis un pied sur cette rive extrême de la vie au delà de laquelle on ne peut pas aller avec l'intention de revenir; » et, l’ayant quitté, je m’en retournai dans la chambre destinée aux larmes, et là, versant des pleurs et tout rempli de honte, je me disais à moi-même : Si cette dame avait connu ce qui se passait en moi , je ne crois pas qu’elle eût ainsi raillé ma personne; je crois, au contraire, qu’elle aurait eu de la pitié pour moi. Et, au milieu de mes pleurs, je résolus de rimer des paroles, et, dans ces rimes, de m'adresser à elle, de lui expliquer les causes du trouble de ma figure, et de lui dire : Je sais bien que ces causes sont ignorées, et que, si elles étaient connues, certes chacun me plaindrait au lieu de me railler; et, plein du désir que mes paroles arrivassent à son oreille, je fis ce sonnet :

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