‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 66 sur 88 · A D. LÉONORE · texte numérisé non relu

A D. LÉONORE

Oui, dans son beau printemps, j’ai dit que Léonore Ressemblait à la rose, à la reine des fleurs,

Quand, vierge rougissante aux timides couleurs, Son calice embaumé n’ose s’ouvrir encore;

Et je la comparais à la brillante aurore Qui parsème les champs de perles et de pleurs,

Et darde ses rayons, matinales splendeurs,

Sur les grands monts obscurs dont la cime se dore.

Mais tu n’as rien perdu de ta noble beauté,

Et l’éclat d’une vierge à la fleur de sa vie Ne peut se comparer aux fruits de ton été ;

Plus belle est à nos yeux la rose épanouie,

Et l’éclatant soleil, plein de rayons d’amour.

Plus brûlant qu’au matin brille au milieu du jour.

confident dr soit amour, i|ui le trahit et rabamiouue.

Les traits de la fortune et les dents de l'envie Ne pouvaient plus m’atteindre, et, bravant leur courroux, Enfin je respirais, et j’offrais à leurs coups Ma tranquille innocence un instant endormie,

Lorsque toi, le gardien des secrets de ma vie.

Toi, dont le cœur m'était un refuge si doux.

Tu me trahis aussi, plus coupable que tous;

Quoi! le ciel voit ta faute et la laisse impunie!

Loi de l’amitié sainte, on peut donc t’oublier!

C’en est fait, et ma main jette son bouclier;

Tu peux percer mon sein d’une atteinte plus sûre.

Ingrat! je t'aime encor, bien que trompé par toi;

Et, du fond de mon cœur, je te plains plus que moi; Ton crime me fait ma! bien plus que ma blessure.

Craignant que le iluc Alphonse ne fil brûler la Jérusalem délivrée, le poêle invoque l’exemple de l’empereur Auguste, qui sauva des flammes le manuscrit de Virgile.

Auguste a conservé l’œuvre du grand Virgile Qui raconte aux échos de la postérité Du voyageur troyen la sage piété,

Plus grande en ses effets que le courroux d’Achille!

Mais vous, ô mon seigneur, vous que, seul entre mille, Admire l’univers, par quelle cruauté Voulez-vous qu’un bûcher s'allume, immérité,

Pour l’enfant dont le père est coupable et fragile?

Si le père a failli, le lils porte en tout lieu Au cœur et sur le front l’ineffaçable empreinte Et le sceau glorieux de la foi pure et sainte !

Ah! si la vie humaine, entre les mains de Dieu,

Est la greffe d’un fruit que la mort fertilise, baissez-nous à tous deux l’éternité promise !

Page 1