I.A MK NOUVELLE
Vous m’avez vu pâlir el vous en avez ri ,
Madame, sans savoir quelle cause soudaine,
Quand je vis tout à coup votre beauté sereine,
. Rendait mon front étrange et pâle et si flétri !
Oii! si vous l’aviez su , votre cœur attendri Eût fait votre pitié pour moi moins inhumaine;
L’Amour, quand le destin Irop près de vous m’amène, Devient fier el hautain sous votre noble abri ;
Il ne me fait plus grâce, et telle est ma blessure.
Que mes esprits bannis s’en vont tout mutilés.
Et seul il reste à voir vos traits doux et voilés.
Je deviens autre alors, mon front se défigure.
Mais je n’entends pas moins des pauvres exilés Les douloureux efforts et les cris de torture.
Après cette transformation singulière, il me vint un penser importun qui ne me quittait que rarement , et qui censurait presque constamment ma conduite; voilà le raisonnement qu’il faisait : Puisque tu prends un aspect si ridicule quand tu es près de cette dame, pourquoi donc cherches-tu à la voir? Voyons, si elle-même te faisait cette question, qu’aurais-tu à répondre, en supposant toutefois que, lorsque tu lui répondrais, toutes tes facultés fussent libres. Un autre penser répondait humblement à ce premier, et disait : Si je n’avais pas perdu l’usage de
mes facultés, et si elles me permettaient de lui répondre, je lui dirais que, lorsque je m’imagine sa merveilleuse beauté, il me vient tout aussitôt un désir de lavoir si violent qu’il frappe et anéantit dans ma mémoire toutes
DANTE
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les objections qui pourraient s’élever contre ce désir, et bannit le souvenir de ce que j’ai souffert précédemment en cherchant à la voir.
Ce fut sous l’impression de ces pensers que je me proposai de rimer quelques paroles, dans lesquelles, m’excusant des reproches que je me faisais à moi-même, je pusse aussi expliquer à ma dame ce qui m’arrivait en sa présence; je lis donc ce sonnet ;
Au fond de mes pensers, tout dessein, tout projet S’enfuit quand je vous vois, trésor de ma tendresse;
Quand je suis près de vous, l’Amour à moi s’adresse.
Et me dit ; Sauve-toi, si mourir te déplaît!
Et lorsque je vous vois, mon front prend le reflet De mon coeur qui chancelle et se sent pris d’ivresse... Chaque rocher, pour moi, comme un homme se dresse Pour me crier: Meurs, meurs, c’est l'éternel décret!
Ah! c’est péché mortel, à qui voit ma souffrance.
De me laisser ainsi saos la moindre espérance,
Sans donner seulement une plainte à mon coeur.
Cette pitié, qui nait à l'aspect d’un visage Qui de la mort qu’il veut offre déjà l'image.
Vous la tuez, hélas! par un rire moqueur!
Ce sonnet me donna l’idée de dire encore sur ce que j’éprouvais quatre choses que je croyais n’avoir pas encore manifestées. La première de ces choses était que je me prenais en pitié lorsque je me rappelais l’état oit l'Amour m’avait mis.