‹ Dante, Pétrarque, Michel-Ange, TasseChapitre 73 sur 88 · PRIÈRE A DIEU · texte numérisé non relu

PRIÈRE A DIEU

Seigneur Dieu tout-puissant, un sombre et noir nuage Cache à mes yeux troublés le bon et droit chemin;

Je foule, en trébuchant, le triste marécage Du vallon arrosé des pleurs du genre humain.

Guide ma faible vue et mon pas incertain;

Qu’un rayon de ta grâce éclaire mon voyage,

Et sur le vrai sentier, que je recherche en vain,

Fais reluire un sillon de ton divin passage.

Bientôt l’hiver viendra verser sur mes cheveux La neige, et de mes jours les faibles étincelles Vont s’éteindre bientôt dans les nuits éternelles.

Avant l’instant fatal, ô Dieu des malheureux, Ouvre-moi tes deux bras, revèts-moi de tes ailes, Nourris-moi de ton pain, et montre-moi tes cieux î

Daté ilo Home.

SONNETS

XLVH.

Dans ce dernier sonnet, il se sent mourir, et il prie son ami, le père Francesco Panigarola, de lui envoyer un confesseur de son ordre.

Mon triste état m’inspire un effroi sérieux;

Je suis dame et de corps malade, et sans courage, Et l’antique Ennemi, dans sa nouvelle rage,

Dresse autour des mourants son piège insidieux.

A mon chevet, du fond de vos cloîtres pieux,

Quel confesseur viendra, doux, charitable et sage, Pour soutenir mon âme en ce douteux passage Et me fermer l’enfer et m’entr ouvrir les deux?

Francesco, tu connais ma faiblesse et ma crainte : Envoie à mon secours, dans ces rudes combats, Quelque austère héros de ta milice sainte;

Car tu sais trop combien est incertaine, hélas ! Cette dernière lutte, où c’est la mort qui donne Au vainqueur expirant la palme et la couronne.

Daté de Sauf Onofrio.

RAPHAËL

A RAPHAËL

SONNET

Prédestiné de l’art et de la poésie,

Jeune peintre au nom d’ange, il n’est pas de mor Qui, vidant jusqu’au fond la coupe d’ambroisie, Ait été plus que toi favorisé du ciel.

Le génie et l’amour comblaient ta fantaisie-,

La gloire pour toi seul fut sans lutte et sans fiel; Tes rivaux étonnés t'aimaient sans jalousie,

Et le vieux Michel-Ange admirait Raphaël.

La foule s’écriait que du haut des étoiles La Vierge descendait poser devant tes toiles,

Tant l’idéal céleste inspirait ton pinceau,

Et maintenant tu peux, à genoux devant elle,

A tes divins |>ortrails comparant le modèle, Contempler à loisir le type du vrai beau.

Corne non podde dir d'arcuna Dei Paul corne disccso fu dal eelo,

Cosï cl mio cor d' uno amoroso vélo Ha ricoperto tutti i pensicr inci.

Quand on a parlé de Michel-Ange, on ne peut s’empêcher de parler aussi de Raphaël; depuis plus de trois siècles ces sublimes artistes sont devenus inséparables par la rivalité même de leurs gloires et le contraste de leurs génies.

Par un hasard étrange, leurs noms ont une signification mystérieuse qui semble les avoir prédestinés : Michel-Ange reçut le nom de l’ange du jugement, et Raphaël celui de l’ange

RAPHAËL

de la grâce (1); ils devaient représenter, l’un la force du réel, l’autre la beauté de l’idéal. Tous deux furent admirés, mais l’un fut redouté et l'autre fut aimé. Quand le vieux Michel- Ange rencontrait au Vatican son jeune rival entouré de ses nombreux élèves, il s’écriait : « Tu marches à la tète d’une armée d’artistes, comme un général. — Et foi, répondait Raphaël, tu vas tout seul comme le bourreau. »

Michel-Ange et Raphaël sont pour l’Italie dans les arts ce que Corneille et Racine sont pour nous dans la poésie, le contraste admirable de la grâce et de l’énergie, de l’amour et du stoïcisme. Les deux grands artistes italiens ont été poètes aussi, et c’est une chose remarquable combien , à cette époque merveilleuse, tous les arts étaient frères et aimaient à se compléter en donnant la main à la poésie.

Nous avons pu apprécier le talent poétique de Michel-Ange, mais nous ne pouvons guère juger de celui de Raphaël, car il ne nous reste de lui qu’un sonnet complet et les fragments d’un autre; voici le premier sonnet (2 :

Le souvenir m’est doux, et mon cœur saus détour Aime à se rappeler sa souffrance cruelle,

Quand, pareil au marin sur la mer inlidèle.

Je cherchais l’astre aimé qui me versait le jour.

Ma langue maintenant se délié à son tour Pour dire le bonheur que mon cœur se rappelle;

J’en rends grâce à l’Amour et j’en rends grâce â celle Qui me fit éprouver les tourments de l’amour.

(I) Ainsi, Rubens a un nom rougissant comme le coloris de ses tableaux. •i, Attesc qualchc pocho alla poesia, e dieiro a un disegno di Ire ligure, che sema fallu è di sua mano, c che si trova nelln raceolta dcl signer Bruce, si legge la bouta del segucnle sonetto sopra il sue innamoramento.

[ Vie de Raphaël, édition de Florence, 1771.)

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