LA VIT A NUOVA
Une crise se préparait, au milieu des « déconfitures^ », aggravée par les railleries que son attitude transie lui valait; il s'est vu railler, « gaber » même par Béatrice, dans une assemblée nuptiale où certaine dame « qui avait mené à l'extrémité un sien ami » l'attira sans qu'il put prévoir ce qui l'attendait^ Il rentre dans sa chambre, il souffre encore. Mais cette fois, le génie viril se soulève sous les conventions d'école. A qui le raille ou le questionne, il va répondre, et les rimes à la provençale sont finies, la grande canzone amoureuse, et a morale », éploiera ses ailes, la plus belle de ces canzones qui fleurissent la première œuvre. Il l'a pensée le long d'un clair ruisseau toscan, près de Florence% ce n'est plus aux femmes, c'est aux « dames gentilles » qu'il s'adresse 'et, par elles, à Béatrice, la rédemptrice de sa vie : sa langue parle « comme mue d'elle-même ». Dira-t-il pas, au milieu de son œuvre maîtresse :
« Moi, je suis un, qui lorsque l'amour m'inspire, je note, et vais exprimant ce qu'il dicte au dedans de moi^ »
Et il le dira justement après avoir cité le premier vers de sa canzone :
« Dames, qui avez intelligence d'Amour, Je veux avec vous parler de ma Dame, Non pour ce que je crois finir sa louange, Mais parlerai pour me soulager l'esprit. Je dis que, pensant à son mérite, Amour se fait si doucement sentir à moi Que, si, alors, je ne perdais l'audace,
1 Sconfitte, XVIII, 41.