‹ DanteChapitre 18 sur 57 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

* XIX, p. 43.

^ Purg. XXIV, 52-53.

ii8 DE LA NAISSAiSCE DE DANTE A LA MORT DE BÉATRICE

Ferais, parlant, les gens devenir amoureux;

Et point ne veux parler si hautement

Qu'après, la peur me pût rabaisser ;

Mais traiterai de son être charmant

Avec respect, d'une laçon légère,

Dames et damoiselles amoureuses, avec vous ;

Car point ne sied d'en parler avec autres.

Un ange clame en la Divine Intelligence,

Et dit : « Sire, au monde il se voit

Merveille en l'acte qui procède

D'une àme qui jusqu'ici haut resplendit. »

Le ciel, h quoi nulle autre chose ne manquait,

Que d'avoir Elle, la requiert h son Seigneur,

Et chaque Saint en crie mercy.

La pitié seule défend notre parti,

Si, que Dieu parle, en pensant à ma Dame :

« Mes Bien-Aimés, ores souffrez en paix

Que votre espérance demeure tant qu'il me plaît

Là, où quelqu'un existe, qui s'attend à la perdre

Et qui dira dans l'Enfer : « 0 mal nés

J'ai vu l'espérance des Bienheureux. »

Ma Dame est désirée au plus haut des cieux :

Or veux de ses vertus vous faire savoir.

Je dis : qui veut sembler Dame gentille

Aille avec elle ; car lorsqu'elle va par le chemin,

Amour jette aux cœurs vulgaires une glace

Par quoi tout leur penser et se gèle et périt ;

Et qui pourrait demeurer là pour la voir.

Deviendrait noble chose, ou périrait ;

Et quand elle trouve quelqu'un qui soit digne

De la voir, celui-là éprouve la force de son charme,

Car ce qu'elle lui donne lui parvient, en salut ' ;

Et elle le fait si humble qu'il oublie toute offense.

Encore Dieu pour majeure grâce lui a octroyé

1 Jeu de mots sur salute, santé et salut. Le mot « salut » au sens pieux ^ rend à peu près ceci; j'adopte la leçon de Barbi, éd. cit. « iu salute ».

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