‹ DanteChapitre 20 sur 57 · LA VIT A NUOVA · texte numérisé non relu

LA VIT A NUOVA

Et c'est là le « nouveau miracle* ». 11 le sent, et il le célèbre jusqu'aux derniers vers de son livre.

La Rédemption par la femme, qui « réduit cette puissance en acte, suivant cette noble partie qui est ses yeux; et... cette autre très noble partie qui est sa bouche" », voilà désormais son Credo, son acte de foi.

La vie réelle a voulu mettre autour de lui les images qui peuvent le mieux aider au triomphe des pensers graves et aux méditations éternelles. Le3i décembre 1289, Foulque Portinari mourait. Le père de Béatrice méritait hautement la louange que Dante lui décerne, lorsqu'il écrit ^ : « Peu de jours après ceci, comme il plut au glorieux Sire qui ne refusa point la mort pour luimême, celui qui avait été père de telle merveille que se voyait être cette très noble Béatrice, sortant de cette vie, s'en fut véritablement à la gloire éternelle... et ce père, ainsi que force gens le croient et qu'il est véritable, fut extrêmement bon. » De vrai, le testament de ce bon et grand citoyen, de cet homme bienfaisant, est un modèle de charité ; le fondateur du grand hôpital florentin, Sainte-Marie-Neuve, y laisse « à dame Béatrice, sa fîUe, épouse de Messire Simon dei Bardi, cinquante livres en florins prises sur ses biens % » après avoir pourvu ses œuvres pies et charitables, et sa très nombreuse lignée.

En cette même année 1289, ^I^^ ^® fermait sur un tombeau, parmi les pleurs de Béatrice, Dante avait reçu de la Mort deux images qui paraîtront aux plus fameuses

1 XXI, 5i.

^ XXI, 62; voir Convivio, III, 8. — Voir G. Federzoni, Studi e dip. danteschi. Bologne 1902, La pocsia degli occki da G. Guinizelli a D. Alighieri, p. 79-121.

^ XXII, 52. — Voir D'Aricona, éd. cit., p. i6i-i63, et Del Lungo. Béatrice, I, p. 3-12, et doc, p. io8-i44- * P. ii3. Del Lungo, op. cit.

ii3 Dl- LA NAISSANCE DE DANTE A LA MORT DE BEATRICE

pages de son Poème : en mars, le comte Ugolin* de la Glierardesca mourait de faim, dans cette tour où l'on avait mis avec lui ses deux fils et ses deux petits-fils en bas âge ; les clefs avaient été lancées à la rivière, pour marquer que toute délivrance était impossible; ils agonisèrent longtemps, sans prêtre pour les confesser; leurs corps roidis furent jetés à la voirie; en septembre', c'est Francesca de Rimini et Paul Malatesta qui tombaient sous le poignard de Ganciotto.

Qu'étaient, devant de tels spectacles, les fades imaginations des troubadours ? Aussi, de jour en jour, Dante prend conscience de lui-même : au baptême sacré de la douleur morale, aux crises de douleurs physiques, au spectacle et au récit de douleurs voisines, il se retrempe, il devient homme et poète au sens souverain; l'adolescence précieuse et mièvre, les petits soupirs, les « petits esprits », tout cela va finir, sera rejeté ; victime d'abord de ses nerfs, de ses hallucinations, il prend la force de s'observer et de les décrire ; bientôt, après une autre phase encore, qui le dépouillera, par la rude éducation technique et la science, et par le cruel frottement des faits réels, bientôt il deviendra celui qui règne sur les événements et les actes des hommes, qui les constate, et, conservant la puissance hallucinante, si nécessaire au génie plastique, la maîtrise, la règle et l'asservit : il deviendra l'auteur de la Divine Comédie.

Pour l'heure, il subit une maladie de neuf jours, des maux presque intolérables ^ Et il songe que Béatrice mourra quelque jour, que sa mort est fatale, a Alors, dit-il, j'eus à subir un si violent égarement* que je fermai

' Inf., XXXII. — Aramirato, I, 175.

- Dautologia. p. 94. — Scartazzini, Encicl. I, 833.

Page 1