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CHAPITRE III

Mais si l'artiste est des temps modernes, chez Dante, le chrétien est purement du moyen âge. Ce Pape détesté, maudit, mésuse des clefs de saint Pierre, mais il est le successeur légitime de saint Pierre ; comme tel, il lie et délie, et l'on s'incline devant lui.

Par une bulle du 22 février i3oo, le Pape a proclamé le grand Jubilé ^ La chrétienté tout entière s'est émue, et les longs convois des pèlerins marchent vers Rome ; deux millions de fidèles vont, à travers les routes de l'Europe, se prosterner devant Celui qu'on voit encore, sur un pilier du Latran, avec ses deux cardinaux et son diacre, la bulle d'appel à la main.

Lorsque la Ville Eternelle se découvre à leurs yeux, les pèlerins à deux genoux, faisant le signe de la croix, entonnent le cantique :

0 noble Rome, ô maîtresse du monde, Très excellente entre toutes les villes, Rouge du sang vermeil des martyrs.

Et blanche des lys candides des vierges,

^ L elFct rétroactif de cette bulle devait remonter jusqu'à la Noël, c'est-à-dire jusqu'au jour où le style romain faisait alors commencer l'année. VoirMoore. Gli accenni al tempo nella D. C, Firenze 1900, p. 6. — La bulle, ap. Bochmer, Corp. juris canonici, II, iigS. — La fresque de Saint-Jean de Latran, atlr. à Giotto, est sur le revers du premier pilier dans la nef majeure.

LE JUBILÉ DE 1300 i85

Salut à toi par tous les temps !

Nous te bénissons, « salve per scecula ^ ».

Ils descendent en ville, ils entrent sur le pont Saint- Ange, et, devant les autels, ils se pressent, ils jettent leurs offrandes, « que jour et nuit, deux clercs ratissent aA^ec des râteaux, ratissant infiniment d'argent - ».

Dante ne songe plus, où ne veut plus se souvenir que ce Pape, autrement fort que Hildebrand, « le plus vigoureux seigneur qui ait été sur le siège de Rome ^ », a la main sur sa Toscane. Chrétien, il va partir pour Rome, après les épreuves de son Priorat ; c'est justement « le meilleur temps, la Mi-Août, alors que l'air est tempéré, les voies sèches, les eaux peu abondantes, les jours fort longs pour marcher' ». Les antiques itinéraires recommandent cette saison.

Du haut du Monte-Mario % Rome se dévoile, elle s'offre tout entière aux yeux de Dante. Il voit bientôt la double file des pèlerins passer le Pont Saint-Ange, divisé par le milieu, le flot qui monte vers Saint-Pierre allant « le front au château », le flot qui redescend de la basilique s'écoulant vers le Monte Giordano ^

Gomme Jean Villani, cet autre Florentin qui conçoit à ce spectacle l'idée d'écrire sa chronique', Dante sent l'influence de l'année miraculeuse ; l'essor des âmes qu'il contemple, éploie en lui l'idée immense de son œuvre. La date du Poème est fixée : le voyage surnaturel com-

^ A. Graf. Roma iiclla memoria c nelle iiumaginazioni del M. Evo, I, II, 57, citant Dauiel. Thésaurus hyinnologicus, IV, 96.

* Ventura. Chron. Astease ap. Rer. Italie. Script. XI, 192; dans DclLungo, Dino, I, IX, i85, notes.

^ Del Lungo, Ib. 186 et note i .

* Graf. Ihid., note 27, citant Perlz. ^c/iptores,X.X\l, 3j5-8. ' Par., XV, 109.

« Inf., XVIII, 28-33.

■ G. Villani, VIII, ch. 36, p. 182, col. i.

i86 DE LA MORT DE BÉATRICE A LEXIL

mencera le vendredi saint 8 avril de cette année i3oo, le poète sortira de TEnfer le 9 avril, « pour revoir les étoiles » entrera dans le Purgatoire le 10 avril, en sortira le i3, « pur et dispos à monter aux étoiles, » entrera le i4 avril au Paradis, dans le matin, et se sentira prosterné sous la suprême et l'indicible extase, au soir du môme jour, l'esprit et le vouloir tournés par « Famourqui meut le soleil et les autres étoiles* ».

Il a gagné les indulgences plénières, en visitant durant quinze jours consécutifs les églises de Saint-Pierre et de Saint-Paul, il s'est confessé, tous ses péchés lui sont remis. Les vendredis et jours de fête, il a vu se dévoiler à Saint-Pierre « la Véronique », le suaire où Notre-Seigneur a posé sa face et empreint ses traits. Il a vu cette Rome, qui sera pleine et demeurera pleine de deux cents mille pèlerins, un an durant, et la richesse qui afflue, et ce miracle de calme, de bon ordre et de sainte paix, « sans rumeurs ni querelles », les provisions ne manquant jamais, toutes les mesures bien prises, et rien ne troublant ce triomphe de la foi catholique ".

Puis, il s'en revient à Florence. Il retrouve peut-être en chemin sa haine antique pour « la ville où, tout le jour, on trafique du Christ '^ ». Mais l'impression qui décide le plan et la forme du Poème est née. C'est assez pour un Jubilé.

Le Pape, au milieu de sa gloire universelle, n'oubliait point Florence ; il préparait, avec l'appui des Guelfes noirs, l'intervention d'un prétendu a pacificateur » ; c'était le moyen d'introduire le loup parmi les brebis de Saint-Jean. Cette fois, le choix du Pontife s'était porté sur un prince français, ce Charles de Valois, frère de Philippe le Bel,

^ Voir Moore. SUidies, III, 144-177. — Et Casini, note ad luf. I, i p. 3. 2 Yillani, ibid.

■' Par.. XVII, 5i.

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tige de la racepourriequi devait empoisonner si longtemps le trône de France ; ce mari de trois femmes, ce roi manqué d'Aragon, cet empereur manqué de Constantinople, surnommé Sans-terre, et pour qui fut fait le mot fameux : «fils deroy, père de ro}', jamais roy », ce candidat sempiternel, fut attiré par la promesse de la Couronne impériale. Il devait « soumettre par sa force la cité de Florence à ses volontés^ ». Les trahisons se préparaient, ourdies par les frocards et les espions mitres : « les fausses paroles firent plus de mal que la pointe des armes... Et la quantité des deniers mêlée aux fausses paroles... ^ »

Dante, cette fois, fut exact aux Conseils, en cette année décisive : d'abord, le i4 avril i3oi et le 28 du même mois, il ne s'agit que de questions accessoires : la première fois, le Conseil des Sages délibère sur l'élection des Prieurs et sur celle de six Bons Hommes du quartier de Borgo pour l'élection du gonfalonier, et Dante soutient deux avis qui sont acceptés ; dans la deuxième assemblée, Dante est élu pour surveiller officiellement les travaux de voirie qui élargiront la rue de Saint-Procule % et pour présider à l'expropriation des immeubles, nécessaire à la réfection de cette voie stratégique, principale artère des chevauchées communales, et qui amenait en pleine Florence les milices de la comte.

Le 19 juin i3oi, la séance est plus grave : il s'agit d'octroyer au légat de Boniface VIIÏ, frère Mathieu d'Acquasparta, ancien général des Frères mineurs, cardinal de Sainte-Rufine *, ex-pacificateur, et chef des conjurations pontificales, cent cavaliers armés qu'il requiert en

1 Yillani, VIII, 43.

2 Dino, II, II, p. i3i-3a.

^ Aujourd'hui rue des Pandolfiui et (partie de la rue) de l'Agnolo. Le torrent d'Aflrico la bornait et la coupait alors. Zingarelli. Dante, 175.

* Voir Ghirardacci. St. di Bologna, cit., I, 4i5. — Del Lungo. Dino. I, 176, et suiv.

Romagne. Cet envoi, qu'il avait déjà obtenu en 1297 et 1298 *, Dante est d'avis qu'on le lui refuse. Mais son vote est perdu : la majorité de quarante-neuf voix adopte la proposition, qu'il repousse avec trente et un des autres conseillers. Il aura soin, dans son poème, de flageller l'Acquasparta-; par la bouche de saint Bonaventure, il dira que « de Casai et d'Acquasparta, telles gens viennent, que les uns fuient la règle franciscaine et d'autres la resserrent ».

Le i3 septembre, le notaire juge à propos de laisser en blanc les paroles prononcées par Dante ^ dans une assemblée où l'on traite des Ordonnances démocratiques et des statuts populaires. Le 20 septembre, Dante opine après Lapo Salterelli, dans le même sens que cet homme dont il fera l'exemple même et le modèle du concussionnaire \ mais qui est alors l'ennemi tenace du Pape. Enfin le 28 septembre, Dante parle sur des questions administratives, en bon conseiller municipal. Il y a unanimité ^

Dans ces conseils, la part du peuple est toujours plus grande. C'est que le danger se fait plus menaçant. L'effort des modérés, comme Dante, setend désespérément contre les ambitions privées et la cupidité du Pape et des princes, conjurés pour bouleverser et pour conquérir Florence. En vain un Dino Compagni s'était écrié dans le Conseil tenu à Sainte-Trinité \ pour affermir le parti guelfe :

^ Del Luugo, Dino, II, gS, note ii.

- Par. XII, 124, allusion à Ubertino dTlia de Casai, rigoureux promoteur de la stricte observance « spirituelle » et au cardinal Mathieu (d'Acquasparta), qui veut relâcher les règles, à la « conventuelle ».

3 Voir Del Lungo, Dino, I, 209.

* Par., XV, 128. — G. Levi. op. cit., p. 96.

- Codice diplom. IV disp, Dec. 1898.

«Cron. I, XXIV, ii3, Del Lungo. Da Bon, ad Arr. ch. V, I, p. i47. cl suiv.

« Seigneurs, pourquoi voulez-vous confondre et défaire aussi bonne cité ? Contre qui voulez-vous combattre ? contre vos frères ? Quelle victoire aurez-vous ? Rien que des larmes ! » Tandis que les Florentins multipliaient leurs délibérations civiques, Boniface VIII et le Valois se rencontraientdans lasinistrepetitevUled'Anagni,chèreau Pape Gaëtani, parce que sa famille était une des « douze étoiles » de la cité. Charles avait autour de lui comtes et barons, et cinq cents chevaliers de France'. Le vicaire du Christ apprenait à la « fleurdelys » le chemin de son palais. Deux ans plus tard, il reverra l'écu de France, les lys flotteront sur l'étendard de Guillaume de Nogaret.

En même temps, les signes se multipliaient dans Florence excommuniée et frappée d'interdit par l'ire implacable du Pontife ; les anciens de la ville avaient bien prédit qu'on avait eu tort de tourner, en réparant le Pont- Vieux, la vieille statue païenne de Mars, fétiche de la cité, vers le côté de tramontane, alors que le cavalier de marbre avait toujours regardé vers le Levant. « Plaise à Dieu, disaient-ils en hochant la tète, qu'il n'en arrive pas grand changement à notre pays - ! » Une comète apparaissait au ciel, « avec de grands rayons fumeux par derrière », on la voyait s'élever tous les soirs vers les Apennins pisans, et les astrologues prédisaient « force périls et maux à la province d'Italie ».

Dans ces mois de convulsion politique, Dante n'apparaît plus aux Conseils. Boccace en donne la raison, c'est une de ses meilleures pages, aussi « la science » l'a-t-elle spécialement attaquée et niée. Mais on sait que presque chacune des découvertes documentaires confirme l'excellent vieux maître et prouve sa véracité. Le simple bon sens n'aurait-il pas dû faire penser que Boccace, au

1 Villani, VIII, 49, p. 186, col u. — V. Renan, op. cit., p. 35-37.

2 Villam, YIII, Sg, p. 184; la comète, tt.,48.

igo DE LA MORT DE BEATRICE A L'EXIL

xiv' siècle, et probe, et révèrent, et sage, et doué de génie, et parlant à Florence pour les Florentins, recueillait une tradition orale qui pouvait valoir au moins les chimères laborieuses du xix^ siècle instruit par l'Allemagne pédantesque ?

« Notre poète, écrit Boccace', fut de caractère altier et moult dédaigneux... Il eut de lui-même une opinion fort pareille à son mérite et n'estima pas moins sa propre valeur, suivant ce que rapportent ses contemporains^ qu'elle n'était réellement. Laquelle chose, entre autres fois, apparut clairement, tandis qu'il était avec son parti au faîte du gouvernement de la République ; en effet, attendu que par ceux qui étaient abaissés " avait été appelé, par l'entremise du pape Boniface VIII, à diriger les affaires de notre cité, un frère ou cousin de Philippe alors roi de France, dont le nom fut Charles, tous les premiers du parti (blanc) se réunirent en conseil pour aviser à cet événement, et c'était le parti de Dante, et là entre autres choses ils résolurent d'envoyer une ambassade au pape, lequel alors était à Rome; par laquelle ambassade on devait décider le pape à s'opposer à la venue dudit Charles, ou à le faire Avenir avec le consentement du parti qui gouvernait. Et, comme on en était venu à délibérer qui devait être le chef de cette ambassade, il fut dit par tous que c'était Dante. A laquelle requête Dante, après avoir quelque temps réfléchi, répondit : c( Je pense ceci : si j'y vais, qui reste? Si je reste, qui va? » Comme si lui seul avait de la valeur entre tous, et que tous les autres tirent leur valeur de lui. Cette parole fut entendue et recueillie. »

Ce mot, d'un si splendidc orgueil, qui l'aurait inventé? Oui, ce mot est bien de l'homme a dédaigneux et de

* Vila i'2, p. 59-60. — Compeudiû, p. Sa. - Les Guelfes noh's.

haut génie ». Un tel homme doit être haï : et ce sont ces mots-là qui font haïr, qui mettent autour clu génie la souffrance délicieuse des inutiles et des sots. Mais les sots et les inutiles, qui mènent le monde parce qu'ils s'aiment et s'entendent entre eux, rendront à cet homme, en l'écartant des biens temporels, ce que son dédain leur infligre; et, comme un tel caractère est « très avide d'honneur et de pompe, plus peut-être qu'à son mérite insigne il ne conviendrait* », ils lui refuseront la pompe et les honneurs, et ils sauront l'exaspérer, au grand profit de son talent, de son œuvre et de sa mémoire, mais au pire dommage de sa vie matérielle et de son bonheur.

Donc, au milieu de ses obscurs compagnons, Dante retournait vers Rome, en ce commencement d'octobre, lui qui dans le Conseil du i4 avril avait dit, dressé sur la chaire de marbre : « Quant au service de Monseigneur le Pape, mon avis est de n'en rien faire, nihil fiat^. » Il est probable que les trois ambassadeurs, flanqués des Bolonais guelfes, joignirent le pape dans Anagni. Mais, et c'est médiocrement surprenant « ils ne furent point entendus », écrit le chroniqueur^. La trame était faite. Malg-ré toutes les assurances d'un fourbe, Charles de Valois avait reçu, le 3 des nones de septembre, dans Anagni, l'investiture de « pacier », pacificateur de la Toscane, « titre emprunté à la trêve de Dieu provençale'^ ».

La trêve de Dieu, ce fut le sac et l'incendie, portés lâchement dans la ville sacrée, qui atteignait alors au

^ Boccace, Yita, 46.

- Voir Villari, I primi due sec, II, IX, i36. La R. f. ai t. di D. — Del Lungo, Dino, II, 427 et suiv. et Da Bonif. ad Arr. 219. — Barbi. Bull. soc. dant. N. S. II, i4-i5. — Contre l'ambassade, Zingarelli, éd. ia-i2, p. 38, qui dans l'éd. in-8° y est plutôt favorable, p. 178. — L'opinion extrême, dans l'app. de Papa à Barloli, V. 337, ^^ suiv.

■^ Dino, II, IV, 137.

' Fauriei. Vie de Dante. I, 172.

comble de la fortune*. Entré clans Florence, le jour de la Toussaint, le Valois avait racolé, de Sienne à Sainte-Marie- Nouvelle, tous les aventuriers blasonnés qui bordaient la route : serpents de la Romagne", « mâtin nouveau » de Rimini, frère de Thomme qui tua Paolo et Francesca\ toutes les botes à venin et à crocs suivaient Charles Sans- Terre, et Corso, Corso Donati, le « mauvais génie* », rompait son ban et rentrait dans Florence pour y déchaîner la terreur. Que pouvait le « troisième parti », celui de Dante, ce vain parti des modérés, contre ceux qui versaient au pape soixante-dix mille florins d'or, près de trois millions ? Le 7 novembre, une nouvelle Signorie intitulait les actes au nom du pape Boniface VIII, on instituait le calendrier romain au lieu du style florentin', le cardinal d'Acquasparta rentrait en maître et en vengeur, et le pape imposait son podestat, Messire Gante Gabrielli de Gubbio.

Dante n'avait point attendu la catastrophe. « Ta fortune, lui dit avec ironie son maître Brunetto Latini, te réserve tant d'honneur, que l'un et l'autre parti auront faim de te dévorer; mais aie soin que l'herbe soit loin de leur bouche^ » Les ambassadeurs étaient-ils rentrés à Florence? en tous cas, ils virent clair, furent prudents, et n'attendirent point les coups et les dangers. « Toute affaire cessante, ils ne songèrent qu'à s'enfuir, et sans être chassés, ils sortirent de leur cité, et Dante avec eux\»

1 Villani, YIII, 39, p. i83.

2 Inf., XXVII, 49 etsuiv. Purg.,XIY, 118.

3 Inf., XXVII, 46; XXYIII, 85.

* Del Lungo, Da Bon. ad Arr. VII, II, a3i,

* ZingarcUi. Ib.

6 Inf., XV, 70-73.

■' Boccace, Compendio, 10-27. D'autres disent que Dante ne rentra pas, et que son exil commençait à Sienne où les nouvelles le trouvèrent; c'est fort improbable, voir Zingarelli, p. 180.

DANTE EXILÉ igS

On fît aussitôt le procès des anciens prieurs, parmi lesquels figurait Dante; c'est ainsi que s'ouvrit l'année i3o2, style nouveau! Le i8 janvier*, les proscriptions commençaient, dans cette ville où Corso Donati, symbole de ces temps nouveaux, était rentré brisant les portes à coups de hache. En moins d'un an, plus de six cents condamnations, à l'échafaud pour les nobles, à la potence pour les vilains, devaient tomber sur les partis vaincus.

Dante Alighieri fut de la première fournée ; le 27 janvier i3o2, avec trois citoyens de moindre vol, — dont un changeur, et un homme de loi — l'ancien prieur du peuple, (( l'ambassadeur à Rome" », était condamné pour avoir commis « concussions, gains illicites, extorsions iniques, en deniers ou objets... aA'oir commis ou fait commettre fraude ou concussion, en argent ou objets de la commune florentine ». Et la véritable raison de cette sale accusation apparaissait assez, lorsque le premier grief était d'avoir agi « contre le Souverain Pontife et Messire Charles pour résister à sa venue ». Il seyait bien à ce Pontife simoniaque de faire souiller ses adversaires politiques, lui qui soutenait le Catilina florentin, Corso Donati, lui qui répondait au Valois, lorsqu'il requérait « des deniers » : « Je vous ai mis à la source de l'or ^ » La croix de sang qui était apparue sur le Palais de la Signorie* n'était pas un signe menteur. « Détruire les adversaires à tout prix^ », c'était le mot d'ordre chez la

^ Is. del Lungo. Dell'esilio di D. Florence 1881, in-12. — Cod. dipl. Disp. IXetX. Sept.-oct. 1904 et Bull. soc. dant., XI, 21 et suiv.

^ Dino, Cron, II, XXV, 220. « Dante Alighieri che era ambasciatore a Roma », voir aussi le comm. cité par Carducci. Opère, XVI, Poesia e storia. 1906, p. 7, et Barbi ap. Boll. soc. dant. N. S. II, p. 14, 1894-95 : « e in questo tempo trovandosi Dante imbasciadore » ecc.

•^ Dino Ib., 212 et XX, 197,

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