CHAPITRE VIII
DANTE A VÉRONE, CHEZ CANGRANDE DELLA SCALA. — LE DE MONARCHIA. — LA COURONNE DE LAURÉAT. — GENTUGCA DE LUCQUES, LE DERNIER AMOUR. — NOUVELLE SENTENCE DE BANNISSEMENT. — LA LETTRE A L'AMI FLO- RENTIN. — LA LETTRE A CANGRANDE. — LA THÈSE SUR L'EAU ET LA TERRE.
Alors, cette cour de Vérone, où le jeune héros Gangrande délia Scala', le lévrier qui doit chasser, gibelin et laïque, la louve rapace de la Gurie^ guelfe, cette cour magnifique, entre Feltre et Montefeltro, séjour de celui que César a désigné par testament, dit le peuple, comme vicaire impérial, elle va se rouvrir pour Dante, comme au temps de Barthélémy le grand Lombard, mais sous un maître plus puissant et plus somptueux.
C'était, cette cour du jeune prince, monté seul depuis un an au pouvoir suprême, après Tavoir partagé d'abord, un de ces asiles splendides qui annoncent la Renaissance et en présagent le luxe et les raffinements. Suivant la qualité des hôtes, les logis étaient parés de devises peintes : triomphes pour les capitaines, bonne espérance pour les exilés, bois sacré des Muses pour les poètes, Mercure pour les artistes, paradis pour les orateurs sacrés ; une armée
^ Par., XVII, 76-93. Piicordi ovvero aiumaestrameuti di Ms'' Saba da Castiglione, ecc. Venise, iîoj, in-8°, p. 76'"*^ -77. ^ Inf., I, loi.
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de serviteurs épargnait à chacun les peines matérielles; musiciens, bouffons, jongleurs égayaient les repas ; les chambres à coucher, splcndidcs, étaient tendues de courtines où Ton voyait les figures de la Fortune instable, et des peintures excellentes les paraient encore*.
Boccace" se plaît à narrer les fantaisies de ce seigneur, libéral et hardi. Son dédain pourles richesses, racontaient les anciens, apparut dès l'enfance : « Car, un jour que son père l'avait conduit voir un grand trésor, l'enfant aussitôt releva ses vêtements et pissa dessus ; d'où les spectateurs inférèrent tous qu'il serait fort magnifique, à cause de ce mépris pour les trésors, etc.' » Cette munilicence avait ses faiblesses, elle était intermittente comme la grâce de ce prince quinteux et fantaisiste. Mais Dante lui a consacré le plus reconnaissant éloge :
Avant que le Gascon ti-ompe le grand Henri, Parait ront des étincelles de son mérite. Dans l'insouci de l'argent et des peines. Ses magnificences seront connues Encore, tellement que ses ennemis même N'en pourront tenir leurs langues muettes. A lui t'attends, ainsi qu'à ses bienfaits ; Par lui seront transmués force gens, Clianoeant de condition et riches et mendiants \
Et dans une lettre où il lui offrait la primeur du Paradis, quelque temps après, il répétera : « J'ai gagné Vérone... J'y ai vu vos grandeurs, j'ai vu et touché tout ensemble vos bienfaits » ; il signera : « Dante Alagherij,
^ Sagazio Muti délia Gazata rapp. par Panciroli. ap. Muratori. Rerum. il scr. XVIII, a. préf. — Giotn. s(or. it. i885, VI, 7ielsuiv. — Encicl. tiantcsca, II 21 17-8. — Zingarelli, p. 3o3 et doIc p. 723.
- Decamerone. Giorii, I. nov. YII. — Voir Papanli. Dante, soc. la Irai!. ecc. p. 90 et suiv.
^B. D'ImoIa, V, 197.
* Par., XVII, 82-90.