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LE « DE MONARCHIA

Florentin de nation, mais non de mœurs..., votre très dévoué et ami\ »

Dante, logé dans la chambre aux Muses, a-t-il pris, à ce spectacle des fresques gracieuses, Fidée des invocations aux Muses et au dieu Apollon qui ouvrent les deux derniers chants du Poème, et semblent y avoir été rajoutées ? 11 connut, en tous cas, la paix et le loisir nécessaires aux âpres travaux, à ce Poème en fusion, qu'il achevait, et dont il « maigrissait » depuis des années, et aussi à ce traité de la Monarchie, si intimement rivé à sa vie et à son poème, où il se consolait alors, employant à louer et à fixer ses idées politiques une force toujours plus grande, et un génie toujours plus net".

Les traités de ce genre étaient fréquents à cette époque ; en France, les grands publicistes aux gages du roi, Pierre Dubois, Jean de Paris, Nogaret, avaient soutenu les droits du pouvoir temporel laïque, avec une clarté, une énergie qui font honneur aux traditions gallicanes ^ Mais Dante, au faîte alors de sa puissance intellectuelle, assagi par Texpcrience, animé par l'épreuve, a fait de ces éternelles controverses une synthèse magistrale.

Il a trouvé, comme les autres de son iemps, dans la Genèse, la théorie des deux luminaires universels, Pape, Empereur, et il nie, ainsi que les autres, la théorie des Décrétalistes sur le Pape-Soleil et FEmpereur-Lune. Mais

1 Fraticelli, p. 5o8; en faveur de l'authenticité de celte lettre .' D'Ancona et Bacci, p. 287, — Yandelli, Bull. soc. dant, VIII, avril-mai 1901, p. i36-i64. — Torraca. Rivista d'Italia, i5 décembre 1899, fasc. 12. — Moore. Studies III, 284-374. — G. Bologniui. Arch. stor. 1901, disp. 4, p. 387. — Contre: D'Ovidio, Studii suUaD. C, p. 43o et 448-485, — Zingarelli. Dante, p. 3o8-3i8.

- Ed. Fraticelli du De Monarcliia ap. op. minori cit., t. II ; et éd. Witte. Vienne 1874. — D'Ancona, ap. Lect Dantis, p. 226 et suiv.

^ Renan, op. cit. 289 et suiv. — Cipolla , Il tratt. de Monarchia di D. Al. c l'opuscolo. De pot. regia et papali di G. di Parigi. Torino 1892. — Yillari, N. Machiavelli , II, 240 et suiv. — et art. de L. Cliiappelli ap. Arch. stor. il. 1908, disp. I, 3-44-

avec une méthode inflexible, divisant Touvrage en trois livres dont le premier est spéculatif, le deuxième historique, le troisième politique, il proclame que « sa présente matière est ordonnée non point pour la spéculation pure, mais pour la pratique, ad operationem^ . » Et il y a sans doute du jargon scolastique, des essences intellectuelles, et de TAverroès ; mais tout de suite le grand mot, le mot glorieux de Paix illumine ces pages. Les saints répons du Gloria in excelsis chantent sur ce monde pervers et déchiré. Dante est un « homme de bonne volonté » et de son Monarque il veut faire le symbole des Pacifiques, le souverain de la bonne Loi. Utopie sublime, unité factice, nous le voulons bien : mais qui donc mènera le monde, si ce n'est point ces idées-là et les génies qui les conçoivent ?

Dans le second livre, Dante invoque et résume les traditions historiques en faveur de ses conceptions ; dans le troisième, il proclame cette théorie, que son Purgatoire symbolise, à savoir que les deux pouvoirs souverains doivent être séparés. Concept fondamental chez Dante : l'Empereur, souverain des choses matérielles, délègue une part de celles-ci à l'Eglise, chargée de la distribuer aux pauvres. L'Eglise, par son droit propre, ne règne directement que sur les matières spirituelles.

Et prenons garde que ceci, c'est peut-être ce qui sauva, rendit réelle, vivante, éternelle, Xq. Divine Comédie. Sans ce profond sentiment civil et laïque, jusqu'où Dante n'aurait-il pas dérivé dans la théologie et le mysticisme ? avec ce sentiment, doublé du sens historique et du sens poétique, ce fils de la prosaïque et plastique Florence ne cessera plus de se tenir ferme à la vie, à l'art, à la réalité. Son œuvre est sauvée par sa haine pour la suzeraineté du

1 § II, cd. WiUe, et III, éd. FraticcUi.

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