‹ DanteChapitre 7 sur 57 · SAINT FRANÇOIS D'ASSISE · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE

ADOLESCENCE HEUREUSE. —LA POÉSIE DU «NOU- VEAU STYLE ». — MŒURS JOYEUSES.

Une influence plus certaine, haute et profonde, allait mûrir l'esprit de Dante. Il rencontra, durant ces années décisives de la première jeunesse, où Ton grave sur le cristal, le maître aimé, le conseiller du génie naissant, le guide bienveillant et sûr : Brunetto Latini* . C'était un notaire florentin, membre influent, sage, éclairé, du premier entre les « Arts majeurs ». Outre leurs offices d'arbitres et de conciliateurs publics, ces officiers civiques formaient une sorte d'assemblée législative, ou, si l'on veut, constituante, qui préparaient les statuts et les réformaient ; et Florence était renommée pour l'excellence des siens : « La source des docteurs es lois c'est Bologne, et la source des docteurs es notariat, c'est Florence, » écrit Goro Dati^ Un exil en France avait

^ Voir Sundby. Délia vita e délie opère di Brunetto Latini. avec app. de del Lungo et Mussafia, trad. Renier. Floreuce. 1884. in-8°. — Brunetto Latini, // tesoro. Venise i533. in-12. — Li livres dou trésor, éd. P. Chabaille. Paris. i863, in-40. — Iltesoretto e il favoleito. éd. G. B. Zannoui. Florence 1824, in-4". — Ilist. litt. de la France au A'IV"^ siècle, par J.-V. Le Clerc et E. Renan. Paris. i856, in-40. — Imbriani. Studi dant. 333. — Scherillo .4/c. capitoli ecc, p. 11G-221. — D'Ancona e Bacci. Manuale, I, 86-89.

■^ Ap. Villari : I due primi. sec. ecc. I, 275-276.

inculqué la passion des lettres françaises à ce tabellion florentin, et son principal ouvrage est en français.

On sent assez comment Dante Alighieri, fils d'homme de loi, put connaître ce curieux personnage. Alors que le gros des enfants florentins se contentait de l'écriture et de l'arithmétique, ceux qui se destinaient au doctorat, au notariat, ou à la prêtrise, poussaient plus loin leurs études. Dante fut un de ces disciples dociles, scrupuleux, a désireux d'honneur », dont le type ne se perdra point dans les grands génies de Florence'. Pour parler de ser Brunetto, l'âpre poète de l'Enfer trouvera des paroles pénétrantes et filiales :

(' J'ai fichée dans l'esprit — et elle m'attendrit meshuy, dit-il tandis qu'il marche sur la rive des plaines ardentes, — j'ai la chère et bonne image paternelle, devons, dans la vie mondaine, lorsque de temps à autre vous m'enseigniez comment l'homme s'immortalise". » Ces mots « de temps à autre », et cette autre parole, que Brunetto dit à son cher disciple : « Je t'aurais donné du réconfort pour ton oeuvre^ », suffiraient à marquer le caractère de cet enseignement, qui fut amical et bénévole, de ces conseils intermittents, donnés par un homme grave et savant à un jeune homme d'âme noble et de haute espérance. Faire de ser Brunetto le professeur de Dante, c'est une bourde pédantesque.

Dante a nommé Virgile « doux pédagogue^ ». Est-ce à dire que Virgile fut professeur ? Ce « bon cher papa » Brunetto, l'on se figure ses rapports avec son élève amateur, en pensant à cette bonhomie paternelle de Virgile

^ Ceci dans Vita di Filippo di ser livunellcsco. Opérette ist. di Antonio Manetti. Florence. 1887, p. 77-78, éd. Milanesi. ^ Inf. XV, 84-85.

^ Inf. XY, 60.

* Purg. XII, 3. Montaigne dira « doulx maistre ».

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