‹ DanteChapitre 9 sur 57 · BRUNETTO LATINI. SAINT FRANÇOIS · texte numérisé non relu

BRUNETTO LATINI. SAINT FRANÇOIS

quent entre les jeunes gens de science et doctrine », et « que cette secte des professeurs est la plus méchante du monde » en ce qui concerne un tel vice \

11 fallait bien que Dante mît son cher maître, libertin trop avéré, parmi ses pareils dans l'Enfer : mais Dante avait, dans son génie, assez d'esprit et d'insouciance transcendante pour appliquer, s'il les avait connues, les maximes du poète latin : « que t'importe ce que celui-ci ou celle-là fait de sa peau-? » Il se fit honneur en laissant, avec une ingénue et noble liberté, sa reconnaissance d'enfant se montrer tout entière, à travers les flammes qui le séparaient du pécheur auquel tant de chers souvenirs le rattachaient fidèlement.

Auprès de l'enseignement libre et intermittent d'un tel homme, Dante poursuivait des études suivies, dans des écoles fixes : c'étaient, sans doute, ces couvents de Franciscains, et la noble église de Santa-Groce, si voisine de sa maison, qui le recueillaient maintenante Qu'il ait reçu, dans ces écoles, une science de la physique et de l'astronomie que son œuvre révèle assez, ce n'est pas sûr*; et ces études, si elles furent retardées, n'étaient pas les plus importantes. C'est l'esprit, et non point la lettre, qui importe dans une éducation pareille. Certains érudits, aux soins étranges, marquent avec application que Dante ignora tel ou tel auteur : par exemple un Guillaume de Poitiers, parmi les trouvères. Ils semblent croire qu'à l'époque de Dante il y avait des bibliothèques organisées; mais quelle école, ou quel couvent possédait mieux que des manuscrits en petit nombre, précieux

^ Petri AlleghcriiCommentarium. Florence i845, in-4°, p. 177. — Benv. da Imola, I, 522.

2 Martial, YII, 9. I, ap. Montaigne, III, IX.

3 G. Salvadori. Sulla vita giov. di D. III, et appendices.

► Par. XXVIII, 4-9 ; XXIX, 25-27; II, 97 et suiv. ; Moore. Studies, II, 341,

d'autant plus, errant de mains en mains, lus avec révérence, mêlés de bon grain et de médiocre provende ? c'était la pâture de tout esprit studieux, de tout génie, qui les transformait par cela seul qu'il en était avide et lisait avec un amour, une pénétration, inconnus aux générations plus riches.

A l'école dominicaine, qui lui avait façonné le raisonnement, Dante devait cette force de l'esprit, traité de bonne heure aux doctrines sévères ; il pourra dire, comme le démon qui ravit l'âme du comte Guy de Montefeltro * : (c Peut-être tu ne pensais point que je fusse logicien. )x Mais le poète écrit lui-même : « On ne saurait philosopher sans amour. L'amour est nécessaire à la philosophie ^ » Où donc sa vive adolescence, prête à l'amour, et, par l'amour, à la science, aurait-elle trouvé meilleure nourriture qu'à ces écoles voisines, de Santa-Groce' ? G'est entre quatorze et dix-huit ans, suivant la règle invariable des frères mineurs, et jamais plus tôt ni plus tard, que l'on admettait les disciples.

L'écolier de Saint-François trouvait là ce sublime esprit franciscain, qui par ses doctrines, ses légendes et ses exemples, illumine son œuvre entière ; génie de plein air, de pleine terre et de plein ciel, qui fut aussi le sien. Maximes écloses dans la poussière lumineuse des routes ombriennes, prêchées le sourire à la bouche et l'extase aux yeux, au coin des carrefours, par des mendiants, des apôtres, de vrais chrétiens, les seuls vrais disciples du Ghrist. Ghantant les psaumes, faisant des psaumes, récitant l'Evangile et continuant l'Evangile.

i Inf. XXVII, i22-ia3.

- Convivio. III, i3, p. 226, éd. Fraticelli.

^ Federzoni, Siudi e diporii dant. Bologne. 1902, p. 3ia. — Salvador!. liiovinezza di D. III, p, ij et suiv. ; p. i23 et suiv. et p. 268 et suiv. — Ozanam, Poètes franciscains, Paris, 1832. iu-8^, p. iiS.I{echerches sur les sources poétiques delà Divine Comédie, ap. Dante et le phil. cathol. 2** éd., appendice.

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