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La poésie Ijrrique du Jeune Dante

La poésie amoureuse des troubadours provençaux, qui généralement chantait une passion réelle dans le langage de l'amour platonique, et sous les dehors de la galanterie chevaleresque, fut imitée, quant au fond et quant à la forme, par les poètes italiens du treizième siècle. Mais comme dans la société italienne d'alors, la bourgeoisie allait de plus en plus effacer, avec la féodalité, la chevalerie et sa galanterie, la poésie amoureuse, imitée des Provençaux, dut, afin de pouvoir se maintenir encore quelque temps, se modifier quelque peu, avant de disparaître ensuite définitivement. Aussi quelques troubadours italiens, voyant que l'un des deux éléments de la poésie provençale, la galanterie chevaleresque ^ s'affaiblissait au milieu des mœurs bourgeoises, songèrent ils, par compensation, à renforcer d'autant l'autre élément, l'amour platonique.

Le jeune Dante essaya d'abord de prendre le ton des troubadours provençaux encore à la mode en Toscane, et de chanter l'amour mondain, comme semble le prouver son sonnet adressé au poète Cino de Pistoja. Mais bientôt, obéissant mieux à son caractère et à son goût, initié davantage au platonisme qui partout précéda et prépara la

Renaissance, inspiré surtout par l'amour mystique d'un Saint-François d'Assisi et par le culte poétique de la Sainte-Vierge, ce jeune poète, âgé de 18 ans, fut un des premiers à concevoir ce qu'il appela Vintellect de V amour (intelletto d'amore), c'est-à-dire l'idéal ou l'essence du vrai amour, ou de l'amour spiritualiste. Il fonda, avec quelques-uns de ses jeunes confrères en poésie, ce qu'il pouvait appeler la confrérie des Fléaux d'Amour (Fideli d' A more), lesquels faisaient vœu d'être fidèles à l'amour des choses divines, dont les nobles dames , chantées dans leurs poésies, passaient pour être les personnifications ou les symboles terrestres. En effet, de même que, dans la poésie dramatique et didactique de cette époque, l'usage s'était introduit de personnifier les idées et qualités morales par des dames allégoriques fictives, telles que, par exemple, dame Bonté, dame Justice, etc., de même il devait aussi paraître naturel, en suivant un procédé analogue, de considérer certaines dames vivantes ou historiques comme les personnifications de certaines vertus et qualités métaphysiques. Partant de l'interprétation allégorique du Cantique des Cantiques, d'après laquelle les soixante reines du roi Salomon représentaient les soixante vertus des femmes, le jeune Dante choisit aussi, parmi les dames et demoiselles de Florence, les soixante plus belles et plus sages, par chacune desquelles il représentait la qualité morale qu*il supposait prédominer en elle, ou qui était indiquée par la signification de son nom de baptême, tel que Luuda (Lumineuse), Béatrice (Béatifiante), Pia (Pieuse), etc. Ensuite parmi cette élite des soixante Florentines, Dante choisit pour sa dame, comme objet de son amour platonique, et comme sujet de ses poésies spiritualistes, Béatrice, la fille de Folco di Portinari. Cette jeune personne, d'une beauté et d'une bonté angéliques, devint.

pour le poète adolescent la personnification de la béatitude, c'est-à-dire du bonheur terrestre qu'elle lui donnait par la vue de sa beauté et de sa vertu, et de la félicité qu'elle lui préparait dans le ciel par l'amour etla foi, qu'elle lui inspirait pour la vérité et la sainteté éternelles.

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