‹ Dante Sa Vie Et Ses CeuvresChapitre 19 sur 43 · Le Paradis, poème latin didactiqae resté · texte numérisé non relu

Le Paradis, poème latin didactiqae resté

inachevé.

Dante entreprit de montrer, dans un poème didactique latin, Béatrice (le Génie du christianisme), sa Dame par

excellence, trônant au Paradis céleste, recevant les hom- ' mages de toutes les autres dames, symboles des vertus cardinales et des diverses sciences, et faisant rejaillir sur la chrétienté , par leur intermédiaire et par leurs voix, sa doctrine lumineuse, sa charité angélique, et ses espérances consolatrices. Le poète a représenté, quelques années après, la conception de ce poème didactique comme s'étant produit dans son esprit par une extase ou vision céleste. Dans ses Mémoires (Vita nuova) il en parle en ces termes pleins d'enthousiasme :

«J'eus une vision extraordinaire, pendant laquelle je «fus témoin de choses qui me firent prendre la ferme ré- « solution de ne plus rien dire de la bienheureuse Dame «Béatrice, jusqu'à ce que je pusse parler tout à faitdigne- «ment d'elle. Et pour en venir là, j'étudie autant que je

«peux, comme Elle le sait très bien Aussi dans le cas

«où il plairait à Celui, par qui toutes choses existent, que «ma vie se prolongeât, j'espère dire d'Elle ce qui n'a «jamais été dit d'aucune femme».

Dante conçut donc un nouveau poème du genre didactique, dont la composition exigeait de lui de longues et fortes études, et dans lequel Béatrice, qu'il avait déjà représentée dans ses poésies lyriques de la première série, comme son bonheur terrestre et sa béatitude , serait dans le ciel le symbole de la lumière et du salut que donne le christianisme, au point d'être, en quelque sorte , le reflet de la Très Sainte-Trinité, et qu'on pût dire d'Elle ce qui n'avait encore jamais été dit d'aucune femme.

Dante commença vers 1296 la composition de ce poème latin encyclopédique, qui, en résumant toutes les sciences, devait prouver que toutes confirment le christianisme, et en tirent leur lumière et leur force. Ce poème, devant établir la supériorité de la Foi chrétienne sur la philosophie,

avait , malgré sa tendance morale, seulement un caractère théorique et général, sans but pratique spécial, se rapportant à l'état politique et religieux de la Chrétienté contemporaine.

Aussi, destinant cet enseignement aux savants et aux érudits plutôt qu'aux chrétiens illettrés, Dante composât il son poème en vers latins, en terzines hexamétriques. Sept chants étaient achevés au moment où Dante, en Tannée 1300, allait prendre part aux affaires publiques. La carrière politique, ses luttes, et l'exil, qui en fut la suite, empêchèrent l'auteur d'achever ce poème latin, auquel il aurait sans doute donné le titre de Paradis, parce que toute l'action devait se passer au séjour céleste de Béatrice.

Vers 1306, Dante exilé reçut de sa famille, avec d'autres de ses manuscrits qu'il avait laissés inachevés à Florence, les sept chants composés du poëme latin Le Paradis. Ces manuscrits avaient été conservés par sa femme Gemma, qui les avait confiés à son frère BaccellierideDonati, lequel en fit faire le triage à un Notaire et à Andréa, fils de Léon Poggi, le mari de la sœur de Dante. Les circonstances politiques d'alors, agissant sur le poète exilé^ furent cause qu'il ne songea plus à continuer cette première composition interrompue ; il supprima ce poëme latin commencé^ dont il ne reste plus aujourd'hui que la première terzine hexamétrique. Mais il conçut dès lors le projet de refaire ce poème en langue italienne, et d'y changer le point de vue théorique en un but directement pratique et réformateur, en présentant l'enseignement, devant résulter de son nouveau poème, de manière qu'il servît de remède contre la corruption sociale, politique, et religieuse de la commune de Florence, en particulier, et de l'Italie et de la Chrétienté, en général.

Si Dante n'avait pas conçu et achevé ce poëme didactique en langue italienne, qui est devenu la Comédie divine, s'il ne nous avait laissé que son poème didactique latin, et ses poésies lyriques de la première et de la seconde série, il ne serait pas aujourd'hui au nombre des poètes les plus éminents de l'humanité ; il compterait tout au plus parmi les meilleurs poètes lyriques de l'Italie et du Moyen âge ; il serait encore le plus chaste de tous les troubadours, mais il ne serait pas en possession de cette gloire immortelle, qu'il s'est acquise comme auteur de la Comédie.

Le poëme latin Le Paradis qui, par sa conception et sa nature, appartenait au genre didactique, renfermait, nous l'avons dit, un enseignement purement théorique, et il s'adressait par conséquent de préférence aux érudits et aux philosophes. La Comédie, au contraire, selon l'intention de l'auteur, devait avoir un but essentiellement pra- Uque, en enseignant aux Florentins, aux Italiens, à tous les peuples chrétiens, les véritables principes de l'ordre moral, social, politique, et religieux, principes renfermés, selon l'auteur, dans l'Évangile pur, et seuls capables de procurer aux individus et aux peuples qui les pratiqueraient, le bonheur dans ce monde et la béatitude dans la vie étemelle.

Pour faire comprendre comment Dante a été amené à enseigner ces principes dans son nouveau poëme projeté, il importe d'expliquer quel a été, du temps de l'AUighieri, Tétat moral, social, politique, et religieux de Florence et de l'Italie, et quel a été le système gouvernemental de Dante avant, pendant, et après sa participation aux affaires publiques. Nous avons donc à donner ici un aperçu général, tant du mouvement social et politique de l'Italie, que des principes de gouvernement, conçus et suivis par Dante, comme patriote et comme homme d'État.

Page 1