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Le but da poème La Comédie

Plein de ces convictions et des principes politiques cidessus indiqués, qu'il avait déjà eus étant Prieur, mais qu'il avait vu foulés aux pieds en Italie, et particulièrement à Florence, Dante conserva son antipathie contre les trois partis, les Blancs et les Noirs de Florence, le parti français, et le parti papal, qu'il considéra tous comme les ennemis de l'ordre et du bonheur social de sa patrie. 11 reprit plus vives encore ses haines, ou ce qu'on a appelé les trois colères de l'Allighieri, à savoir d'abord son animosité contie la Lonce (la Lonza), tachetée de blanc et de noir, par laquelle il symbolisait les gibelins blancs et les guelfes noirs, qui tous deux, par égoïsme, sacrifient à la France et au pape les intérêts sacrés et les libertés municipales de Florence : puis sa colère contre le Lion , ce symbole du parti français, qui pousse les rois, les princes ecclésiastiques et les nobles feudataires à intriguer avec le Pape contre l'Empereur et les libertés communales des républiques; enfin sa haine contre la Louve^ ou le pouvoir séculier de la papauté, qui, au lieu de seconder l'empereur, paralyse son action légitime, modératrice, et pacifificatrice.

Telles étaient la disposition d'esprit, les idées et les convictions sociales et politiques de Dante vivant dans l'exil, lorsqu'on 1306 sa famille retrouva et lui envoya,

avec d'autres écrits restés inachevés, les sept chaats du poème latin Le Paradis, qu'il avait laissé à Florence, en 1300 (voy. p. 65). Parmi tous ces écrits, il résolut de refaire principalement le poème didactique, qui, nous le savons, devait être la glorification de Béatrice, le Génie du christianisme, recevant au Paradis les hommages de toutes les Sciences humaines. Ce nouveau poème, projeté, remanié et entièrement refait, qui est devenu La Comédie^ ressemblait au précédent poème latin en ce qu'il devait être également la glorification de Béatrice ou du christianisme procurant aux individus et aux nations le bonheur temporel et la béatitude éternelle. Il lui ressemblait surtout par les tendances éminemment didactiques. Mais il en différait sensiblement en ce que le but purement théorique du poème latin s'est changé, dans La Comédie, en un but directement pratique, par rapport à l'état moral, social, politique, et religieux de Florence, de l'Italie, et de la chrétienté. Poursuivant un but plus général et plus pratique, La Comédie dut s'adresser à toute la chrétienté, et non pas seulement, comme le poème latin, aux philosophes et aux savants. Aussi at elle été composée en langue italienne, et non plus eii latin, qui eût été inaccessible au grand public que le poète avait en vue.

11. Les traités De Vnlgari eloquio, Iol Vita nnova, Le Convito, le De M onarchia, rédigés en vue de la Comédie.

En même temps qu'il commença la composition de la Comédie, Dante a rédigé successivement, entre 1306 et 4310, quatre traités, la Vita nuova, le Convito^ le De vulgari eloquio et le De monarchia, qui tous étaient destinés à expliquer et à justifier, comme par des préfaces

du poème, l'innovation dans la forme littéraire et en partie quelques idées fondamentales de la Comédie. En effet, La Vita nuova n'est pas simplement un commentaire psychologique des poésies lyriques de la première série ; Dante veut surtout y prouver qu'il a chanté Béatrice non comme une maîtresse, à la façon des troubadours, mais qu'il a voulu la représenter dans ces poésies, avec le caractère plus relevé de la Béatifiante ; de sorte qu'en la glorifiant dans La Comédie comme le Génie du christianisme, le poète ne fera que renchérir sur l'éloge qu'il lui a déjà donné dans ses premières poésies. C'est que Dante, dont Tesprît vise toujours à l'unité, a voulu avoir la satisfaction de pouvoir dire qu'il a chanté, dans toutes ses poésies, à commencer par les toutes premières, le même sujet, à savoir Béatrice, la source de toute vertu, de tout amour, de toute félicité.

Le Convito n'a pas pour but d'être ce que nous appellerions un commentaire explicatif de plusieurs poésies philosophiques. Considéré comme commentaire, ce serait un ouvrage très mal fait , puisqu'il ne contribue pas à expliquer davantage l'ensemble des poésies, qui sont généralement plus claires que ne le serait ce prétendu commentaire, avec ses nombreux hors d'œuvre. Dante ne pouvant traiter dans La Comédie certaines questions philosophiques que d'une manière brève et aphoristique, il a voulu éclaircir et justifier davantage sa pensée et sa philosophie dans le Convito. Mais au lieu de composer, comme on le ferait aujourd'hui, de petits traités philosophiques développant sa pensée, Dante, suivant l'habitude de la scolastique de son temps, a présenté ces traités sous forme de gloses (chiose) ajoutées au texte de ses poésies philosophiques. Il prend occasion de ce texte, ou même seulement de quelques mots qu'il renferme, pour déve-

lopper et justifier les assertions contenues dans La Comédie. De même que dans ce poème la philosophie de Dante se trouve exposée fragmentairément, de même, dans le Convito, les développements ne sont donnés qu'à l'occasion fournie par le texte des poésies. Le traité porte le titre de Convito (lat. convictus), pour indiquer que le lecteur y trouve, comme le convive au banquet, un entretien ou nourriture philosophique distribuée par portions.

Le traité De monarchia est du même genre que le Convito^ seulement il en diffère en ce qu'il ne se rattache pas à un texte, mais traite plus méthodiquement une question unique et spéciale, à savoir l'idéal du gouvernement, idéal que Dante expose souvent dans La Comédie, et qu'il à cru devoir traiter ici théoriquement dans l'intérêt du gouvernement impérial (voy. p. 78).

Le De vulgari Eloquio (de la langue en usage) n'est pas seulement un traité de linguistique et de dialectologie italienne. Dante y veut établir, d'un côté, que la langue italienne se prêtera à la haute poésie, tout aussi bien que le latin, et, de l'autre, que le dialecte de la Toscane et de la Lombardie, dont Dante va se servir pour La Comédie, est un idiome préférable aux autres dialectes de l'Italie.

On le voit, les quatre traités en prose que nous venons de caractériser ont été rédigés en vue de La Comédie, comme devant lui servir, en quelque sorte, de préfaces, d'introductions, de prolégomènes, et d'excursus.

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