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L^encadrement narratif de la Comédie

La principale cause de Terreur qui a fait croire que la Comédie n'est pas un poème didactique, mais un poème épique, réside dans l'encadrement littéraire, narratif de sa nature, dans lequel Dante a renfermé les parties didactiques de son œuvre.

Suivant un usage généralement adopté pour tous les genres de poésie, mais surtout pour le genre didactique, dans l'Antiquité, en Orient, au Moyen âge, et même par imitation dans les temps modernes (voy. La Fascination de Crulfiy p. 61 et suiv.), Dante a renfermé également la partie didactique et principale de sa Comédie dans un récit fictif servant d'encadrement à son poème, et destiné, à la fois, à en être un ornement poétique, et à donner un caractère d'autorilé à l'enseignement qui y est contenu. Dante a choisi avec habileté, pour encadrer la Comédie, le récit fictif d'un voyage qu'il suppose avoir fait, en personne, à travers l'Enfer, le Purgatoire, et le Paradis, afin d'y voir, d'y entendre les vérités nécessaires qui devront le sauver d'abord lui-même de l'erreur et du malheur, et dont il fera ensuite le sujet de son poème destiné à procurer la lumière et la félicité à ses compatriotes et à toute la chrétienté.

De cette manière l'enseignement reçu et donné par Dante acquiert l'autorité d'une révélation, faite au poète dans les trois mondes où finissent l'erreur, l'illusion, et les mensonges terrestres, et où régnent la justice, la vérité, et la sainteté.

Dante est ainsi supposé ne proclamer rien que ce qui, d'après le jugement de Dieu, manifesté dans les peines, les pénitences, et les récompenses des trois mondes, est à considérer d'abord comme décidément

mauvais et condamné dans TEnfer, ensuite comme insuffisant pour le salut éternel et à expier au Purgatoire, et enfin comme constituant la sainteté et la béatitude suprême, qu'on obtient au Paradis céleste.

La croyance religieuse et ensuite les fictions poétiques , d'après lesquelles certains individus privilégiés auraient été transportés dans l'autre monde pour y recevoir des enseignements ou des révélations, ont existé longtemps avant Dante, et servent de cadre à un grand nombre d'écrits en prose et en vers, dans les littératures de l'Orient et de rOccident. Sous ce rapport il n'y a rien d'extraordinaire ni rien de vraiment original ou appartenant en propre à notre poète , si ce n'est peut-être ce qu'il a imaginé et décrit concernant le Purgatoire. Mais on se tromperait étrangement en prenant cette fiction jd'un voyage dans l'Enfer, dans le Purgatoire, et dans le Paradis, comme étant la partie essentielle de la Comédie : elle n'en est que y encadrement, qu'une partie accessoire. C'est pour avoir confondu le but du poème de Dante avec ce qui n'en est que l'encadrement, qu'un critique de nos jours, Labitte, s'est avisé de donner le titre de : La Comédie divine avant Dante à un écrit, d'ailleurs estimable, où il établit, ce qui est hors de doute, que la fiction d'un voyage dans l'Enfer et le Paradis , ou ce que ce littérateur considère faussement comme le fond même de la Comédie, a existé, sous des formes nombreuses analogues, longtemps avant Dante.

Disons, pour rectifier Terreur du critique, laquelle s'annonce jusque dans le titre de son écrit, que l'encadrement de la Comédie n'est certes pas entièrement une invention originale de Dante, mais que l'exposition du fond de son poème, bien que ce fond découle en partie des idées de l'époque, n'appartient incontestablement qu'à lui seul.

La fiction du voyage ultramondain , qui forme l'encadrement de la Comédie , tient naturellement de la poésie narrative, tandis que le fond essentiel du poème est de la poésie didactique. Mais malgré la différence marquée entre la forme épique et le fond didactique de la Comédie, Daïite a su si bien fondre l'un dans Tautre, qu'il est difficile de séparer toujours, l'un de l'autre, ces deux éléments de nature si différente. Pour donner une unité parfaite à son œuvre, Dante, tout en laissant à l'encadrement son caractère épique et son sens littéral, l'a rapproché cependant du fond didactique du poème en représentant ce voyage ultramondain comme une initiation de plus en plus élevée et intime aux vérités de l'ordre temporel et de l'ordre éternel , en d'autres termes comme une ascension par laquelle le poète s'éloigne de plus en plus de l'erreur, cause de son malheur individuel et des malheurs de son temps, pour s'élever de degré en degré aux vérités qui donnent, à lui et aux véritables chrétiens, le bonheur el la béatitude.

Enfin en rattachant tous ses enseignements , même les plus abstraits et les plus élevés , au récit des incidents et des particularités variées du voyage , Dante parle toujours comme un poète épique à l'imagination, de sorte que, tout en poursuivant son but didactique, il satisfait également aux exigences de la poésie, et remplace heureusement par la forme concrète de ses récils ce que l'enseignement pur aurait eu de trop abstrait et de trop prosaïque.

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