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Division et titre de la Comédie

La fiction du voyage ultramondain a indiqué à la fois au poète la division du poème en trois parties ou chants (canti), ainsi que les titres de ces chants : V Enfer , le Purgatoire^ et le Paradis, Mais ces trois chants formant

une unité, le poète avait à leur donner un titre général. Il a choisi le titre de : La Commedia (la Comédie). Ce titre singulier, comment faut-il l'expliquer, et, en l'expliquant, le justifier? Disons d'abord qu'avant la Renaissance, personne, au Moyen âge, y compris Dante lui-même, n'avait sur les genres littéraires des notions justes et complètes. Rappelons que les ecclésiastiques ou les clercs étaient à cette époque presque seuls en possession de la science, de l'érudition, et de la littérature ; que les tendances didactiques de l'Église pénétrèrent dans tous les arts et devinrent prédominantes dans tous les genres de poésie. Le peuple ne sachant pas lire, ne pouvait ni s'instruire ni même s'amuser par la lecture. Les genres littéraires plus ou moins didactiques durent donc s'arranger de manière à parler, comme la peinture, la sculpture, et le culte religieux, autant que possible, aux yeux du public, et à adopter par conséquent des formes représentatives ou dramatiques. L'Église instruisait le peuple non seulement par des drames appelés jeux (ludi) et mystères (miracula, mysteria), représentés sur des échafauds dans les cathédrales, mais elle prêchait également ses dogmes et sa morale en les faisant représenter mimiquement dans ses fêtes, ses processions, ses chants d'église, déclamés en présence du peuple, venu plutôt pour voir que pour entendre. Gédrénus rapporte que Théophylacte, patriarche de Constantinople au dixième siècle, instruisit même des laïques à entremêler l'office divin de danses, de déclamations, et de chants populaires. Les genres de la poésie laïque, suivant l'exemple de l'Église, prirent également, autant que possible, la forme représentative, en se faisant mettre en scène et représenter par des mimes (prov. jucleors)^ qui récitaient, chantaient, déclamaient, en acteurs, les poésies lyriques, épiques, et didactiques. L'usage

s'établit donc de donner aux genres de la poésie, comme à à des représentations, le nom de tragédie et de comédie. Ces noms, qui ne conviennent proprement qu'au genre dramatique, ne furent appliqués aux autres genres, non d'après le caractère tragique ou comique de ceux-ci, mais d'après leur sujet, jugé plus ou moins relevé ou tragique, ou plus ou moins populaire ou comique. Un poème narratif sur un sujet de l'Antiquité héroïque ou de l' Ancien-Testament, et composé pour les érudits en latin, était appelé en Italie et aussi en France (Voy. Legrand d'Aussy) une tragédie. Dante, lui même, donna à l'Enéide de Virgile le nom de tragédie (Enf., 20, 443). Les poèmes narratifs et les représentations dramatiques, au contraire, qui traitaient des sujets dogmatiques à l'usage du peuple et dans sa langue, prirent le nom de comédies. Or comme ces prétendues comédies étaient généralement mieux goûtées et plus souvent représentées que ce qtfon appelait tragédies, le nom de comédie devint le nom par excellence de toute représentation dramatique, et par conséquent de tout genre de poésie rapporté au genre dramatique. Encore aujourd'hui comédie est l'expression populaire, dans tous les pays d'Europe, pour désigner le théâtre, la salle de spectacle, et toute scène ou représentation, qu'elle soit tragique ou comique. Il arriva donc que le nom plus généralement donné, même aux représentations des Miracula et des Mysteria dans les églises, était en Italie celui de commedia. Dante ayant emprunté l'encadrement de son poème à ces comédies religieuses, où l'on voyait représentés sur Véchafaud, dans l'église, l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis, était naturellement amené à donner aussi à son poème le titre de La Commedia ou de Comé^ die par excellence.

En expliquant, dans la dédicace du Paradis à Can le

Grand, le choix du titre général de son poème, Dante a encore fait valoir deux raisons subsidiaires. Il dit que le titre de comédie convient à son poème, d'abord, parce que cette œuvre, comme la comédie des anciens, se termine d'une manière joyeuse et heureuse, par les béatitudes qu'il vit au Paradis, après la vue des douleurs de l'Enfer et des pénitences du Purgatoire, et ensuite, parce que son poème étant en langue vulgaire, et non en latin comme la Tragédie de Virgile, doit aussi porter, par antithèse, le nom de Commedia, désignant les poèmes moraux ou les représentations sacrées, composées dans l'idiome du peuple. C'est peut-être pour des raisons semblables tout aussi peu péremptoires, et guidé par l'exemple du poème de Dante, que Boccacio, le premier commentateur de la Commedia, a intitulé : Ameto ovvero Commedia délie nimfe Florentine, son roman bucolique et allégorique , entremêlé de chants lyriques, et destiné à être déclamé et l'eprésenté mimiquement.

Malgré le titre de Comédie , plus modeste , d'après Dante, que celui de Tragédie, et bien que ce poème ne fût que très imparfaitement compris au quatorzième siècle, comme le prouve le commentaire de Boccacio, on reconnut cependant dans l'auteur un grand génie poétique. Employant une épithète hyperbolique, familière aux peuples méridionaux, enthousiastes par tempérament, on appela Dante ilpoeta divino (le poète divin). Au quinzième siècle on appliqua cette épithète de divin, non plus seulement à l'auteur, mais aussi à son œuvre ; de sorte que, dans l'édition publiée par Bernardo Stagnino, en 1516, le poème fut intitulé La divina Commedia, que, d'après son sens, il faut traduire en français par Comédie divine, et non par divine Comédie.

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