La versification de la Comédie
La Comédie étant didactique, a été composée par Dante uniquement en terzines ou tercets, genre de versification particulier, par son origine, à la poésie didactique. En effet, les anciens Druides gaulois et bretons exprimaient leur doctrine religieuse et morale dans des triades ou strophes de trois vers (voy. La Priamèle dans les littératures anciennes et modernes). Même renseignement de faits traditionnels ou historiques était présenté sous cette forme de versification, qui s'est maintenue encore longtemps dans les triades historiques des poètes gallois. Lorsque des tribus tudesques se furent mêlées à l'ancienne population gallo-romaine dans la Provence, la strophe de quatre vers ou le quatrain^ usitée dans la poésie épique des peuples germains (voy. l'Edda) s'introduisit dans les chants provençaux, et fut employée pour le genre épique à côté des terzines usitées pour les sujets didactiques. Ensuite, par la réunion de deux quatrains épiques, suivis de deux terzines didactiques, il s'est formé dans la poésie italienne la versification du sonnet. Cette réunion du vers épique et du vers didactique convenait parfaitement à la nature double du sonnet, puisque ce genre de poésie se compose^ quant au fond^ de deux parties distinctes. En effet, la première partie du sonnet, composée des deux quatrains, est en quelque sorte narrative ou épique ; c'est ordinairement l'exposé bref et historique d'une aventure galante ou le tableau rapide d'une situation amoureuse. La seconde partie, au contraire, composée des deux terzines, renferme une réflexion sur le fait raconté ou sur la situation décrite dans la première, et énonce l'enseignement qui en résulte. Dans la suite la versification du sonnet moitié épique, moitié didactique, a donné naissance,
en se dédoublant, à deux genres de versification opposés l'un à l'autre, à la versification de la poésie narrative ou épique, qui se forma en Italie dès le douzième siècle, et à la versification employée pour la poésie didactique (voy. Ed. Ârnould, De V Invention originale, p. 75). En effet, les deux quatrains ou les huit vers épiques du sonnet^ formés en une strophe par les poètes siciliens du treizième siècle, -produisirent plus tard Vottava rima de Boccacio, qui devint la versification de la poésie épique italienne. Les terzines du sonnet devinrent la versification réservée plus particulièrement pour les sujets d'enseignement, ou pour la poésie du genre plus ou moins didac^ tique. Et voilà pourquoi Dante a choisi, pour son poème didactique, la versification des terzines ; et, en n'y employant que ce genre de vers, il a indiqué déjà, par le choix de cette versification, que le but de la Comédie, d'après son intention^ est essentiellement didactique.
Il nous reste à parler des systèmes d'interprétation appliqués à la Comédie, et de la valeur doctrinale du fond de ce poème didactique.