‹ DantonChapitre 101 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Plusieurs papiers ont rendu compte d'une prétendue réconciliation, qui, dit-on, avait eu lieu entre les députés des divers partis au comité de défense générale. Les uns impriment que Gensonné a embrassé Danton; d'autres que Guadet à flagorné Danton ; d'autres qucDanton a bien gourmandé la Gironde. Il n'y a pas un de ces faits qui ne soit faux. Des lettres de Dumouriez ont provoqué à ce comité une explication entre les députés qui paraissaient être les plus contraires en opinions et en principes. Cette explication était nécessaire; des hommes bien intentionnés ont cru y voir la possibilité d'un rapprochement, et ce rapprochement a été tenté. Les uns disaient : « Voulezvous me convaincre que vous voulez de bonne foi le salut public, finissez la Constitution et la Convention; faites respecter les lois et les autorités constituées. » Les autres répondaient : « Soyez révolutionnaires comme nous. » Or, comme le mot de révolution équivaut, dans beaucoup d'esprit, à la suspension des lois, il en est résulté qu'on n'est pas tombé d'accord ; et les choses en sont restées au* même point, seulement presque tous sont demeurés convaincus, hors quelques amateurs des mouvements révolutionnaires, qu'il (allait se hâter de finir la Constitution et la Convention; et tel est le but de ces hommes qui n'embrassent ni ne flagornent leurs ennemis, mais qui tiennent invariablement à la haine des crimes et aux principes. Guadet flagorner Danton! Hé bien, Guadet soutenait à Danton V qu'il y avait eu un complot; 2* qu'il en était le chef. Quelle flagornerie!

{Le Patriote français par Gircy, n* 1319.)

Qui donc a écrit, qu'après la mort de sa femme, Danton désespéré; qu'après ses vains efforts pour réconcilier les partis, Danton découragé; qu'après ses vols en Belgique, Danton gorgé, avait vu de jour en jour s'affaisser son énergie patriotique , s'éteindre son génie révolutionnaire? On a lu ce qui précède, qu'on lise ce qui suit, et qu'on dise si jamais Danton fut plus grand, plus sublime, plus à la hauteur de la tâche qu'il s'était volontairement imposée. Vous tous qui allez l'entendre, vous qui plus tard avez assisté à nos désastres, rappelez-vous avec quels principes, avec quel cœur on soulève tout un peuple menacé par l'étranger, on le sauve de la honte des invasions. Neuf puissances venaient de se coaliser, les royalistes de la Vendée avaient pris Ghollet, Dumouriez avait été battu à Nerwinde, l'Espagne se joignait aux alliés. Jamais le danger ne fut plus grand.

Ducos demandait à la tribune que les ministres donnassent la liste de toutes les recommandations qui leur avaient été présentées durant leur ministère, un décret défendant aux

Dantom. 13

députés de postuler des places. Danton qui saisissait tout à-propos pour dire toute sa pensée, s'exprime ainsi :

Citoyens,

Je déclare avoir recommandé aux ministres d'excellents patriotes, d'excellents révolutionnaires. 11 n'y a aucune loi qui puisse ôterà un représentant du peuple sa pensée. La loi ancienne qu'on veut rappeler était absurde; elle a été révoquée par la Révolution. 11 faut enfin que la Convention nationale soit un corps révolutionnaire ; il faut qu'elle soit peuple; il est temps qu'elle déclare la guerre aux ennemis intérieurs. Quoi! la guerre civile est allumée de toutes parts, et la Convention reste immobile! Un tribunal révolutionnaire a été créé qui devait punir tous les conspirateurs, et ce tribunal n'est pas encore en activité! Que dira donc ce peuple? car il est prêt à se lever en masse... {Des applaudissements prolongés se font entendre dans les tribunes, et dans une partie de l'Assemblée. — Il s*élève quelques murmures. - Danton s'élance à la tribune.) Que dira donc ce peuple? car il est prêt à se lever en masse; il le doit, il le sent. Il dira : Quoi donc! des passions misérables agitent nos représentants, et cependant les contre-révolutionnaires tuent la liberté.

Je dois enfin vous dire la vérité, je vous la dirai sans mélange; que m'importe toutes les chimères que l'on peut répandre contre moi, pourvu que je puisse servir la patrie! Oui, citoyens; vous ne faites pas votre devoir. Vous dites que le peuple est égaré; mais pourquoi vous éloignez-vous de ce peuple? Rapprochez-vous de lui, il entendra la raison. La révolution ne peut marcher, ne peut être consolidée qu'avec le peuple. Le peuple en est l'instrument, c'est à vous de vous en servir. En vain dites-vous que les sociétés populaires fourmillent de dénonciateurs absurdes, de dénonciateurs atroces. Eh bien, que n'y allez-vous? Une nation en révolution est comme l'airain qui bout et se régénère dans le creuset. La statue de la liberté n'est pas fondue. Ce métal bouillonne, si vous n'en surveillez le fourneau, vous serez tous brûlés. {On applaudit.) Comment se fait-il que vous ne sentiez pas que c'est aujourd'hui qu'il faut que la Convention décrète, que tout homme du peuple aura une pique aux frais de la nation. Les riches la paieront, ils la paieront en vertu d'une loi; les propriétés ne seront pas violées. Il faut décréter encore que dans les départements où la révolution s'est manifestée, quiconque a l'audace d'appeler cette contre-révolution sera mis hors la loi. A Rome, Valérius Publicola eut le courage de proposer une loi qui portait peine de mort contre quiconque appellerait la tyrannie. Eh bien, moi je déclare que, puisque dans les rues, dans les places publiques, les patriotes sont insultés; puisque dans les spectacles on applaudit avec fureur aux applications qui se rapportent avec les malheurs de la patrie; je déclare, dis-je, que quiconque oserait appeler la destruction de la liberté, ne périra que de ma main, dussé-je après porter ma tête sur l'échafaud; heureux d'avoir donné un exemple de vertu a ma patrie. {On applaudit.) Je demande qu'on passe à l'ordre du jour sur la motion qui m'a donné lieu de parler. Je

Page 1