‹ DantonChapitre 117 sur 208 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dans son procès Custine répondit au sujet de Danton, qu'il lui connaissait infiniment d esprit et de talent, mais que n'ayant pas jugé Dumouriez lorsqu'il était auprès de lui et ne l'ayant pas dénoncé lorsqu'il fut de retour, il n'avait jamais pu s'empêcher de le regarder comme un de ses complices , intéressé à ne point déclamer contre lui.

Cette observation dictée à Custine par la franchise est infiniment judicieuse, il parle ici de la conduite de Danton qui, envoyé en Belgique près de Dumouriez, garda un silence profond sur les manœuvres de ce général perfide , suides manœuvues et un plan qui ne devait point échapper à la sagacité de Danton, à qui quelques-uns n'ont accordé qu'une forme et une éloquence colossale, mais qui au vrai, ne manquait ni de volonté, ni de lumières, et qui par son courage et son audace avait, dès le principe de la révolution rendu de grands services à la patrie et au peuple dont il avait chaudement défendu les droits. Trop d'incurie a perdu cet homme qui, une fois parvenu à posséder quelque fortune, aurait pour beaucoup voulu être ignoré, pour jouir en paix de son aisance.

(Histoire de la Révolution de France, par deux amis de la liberté, tome XI, 3* partie, 3 e époque.)

Ce passage de l'histoire des deux Amis appelle surtout l'attention sur les vols qu'ils prétendent avoir été commis par Danton. Comme cette aceusaliort sera reproduite plus tard par le comité de salut public, nous y reviendrons, et nous terminerons cet ouvrage par un résumé justificatif tiré d'w/i 7nétnoire des fils du conventionnel, tendant à détruire les accusations de vénalité portées con tre leur père.

Après la séance du l or avril , on aurait pu croire que Danton ne pardonnerait jamais aux Girondins; dès le 4, il a déjà oublié leur injustice, leurs injures; il a presque regret de s être laissé aller à l'emportement; une fois encore, lui le vainqueur dans la lutte, il leur tend la main : « Rapprochons-nous fraternellement. » Il n'y avait pas dans son cœur une goutte de fiel, la moindre envie; ses ennemis purent-ils en dire autant?

Isnard avait présenté un projet de décret dont les dispositions étaient de créer dans le sein de la Convention un comité d'exécution, composé de 9 membres qui aient le pouvoir de destituer tous les agents du pouvoir exécutif.

Danton. — Je demand^ aussi la parole pour une motion d'ordre. Quelle qu'ait été la divergence des opinions, il n'en est pas moins vrai que la majorité de la Convention veut la République

Un grand nombre de voix. - Tous la veulent !

Nous voulons repousser et anéantir la conjuration des rois ; nous sentons que telle est la nature des circonstances, telle est la grandeur du péril qui nous menace, qu'il nous faut un développement extraordinaire de forces et de mesures de salut public ; nous cherchons à établir une agence funeste pour les rois; nous sentons que, pour créer des armées, trouver de nouveaux chefs, il faut un pouvoir nouveau toujours dans la main de la Convention, et qu'elle puisse anéantir à volonté; mais je pense que ce plan doit être médité, approfondi. Je crois qu'une République , tout en proscrivant les dictateurs et les triumvirs, n'en a pas moins le pouvoir et même le devoir de créer une autorité terrible. Telle est la violence de la tempête qui agite le vaisseau de l'État, qu'il est impossible, pour le sauver, d'agir avec les seuls principes de l'art. Écartons toute idée d'usurpation. Eh! qui donc pourrait être usurpateur? Vous voyez que cet homme qui avait remporté quelques victoires va appeler contre lui toutes les forces des Français. Déjà le déparlement où il est né demande sa tète. Rapprochons-nous, rapprochons-nous fraternellement; il y va du salut de tous Si la conjuration triomphe, elle proscrira tout ce qui aura porlé le nom de patriote, quelles qu'aient été les nuances. Je demande le renvoi du projet de décret, et l'ajournement à demain.

L'ajournement est décrété.

(Moniteur du 2 avril 93.)

Le 7, le président de l'Assemblée lisait les noms des neufs membres du nouveau comité : c'était Barrère, Delmas, Bréard, Cambon, Jean-Debry, Danton, Guiton-Morvaux , Treilhard, Lacroix. [Moniteur du 10 avril 93.)

Ainsi il concourait il y a quelques jours à la création du trir bunal révolutionnaire, aujourd'hui à celle du Comité de salut public. Il nommait lui-même ceux qui devaient bientôt le guillotiner sans l'entendre.

La politique de Danton avait cela de particulier qu'elle était éminemment pratique.

Lacroix avait fait la motion qu'aucun ci-devant privilégié ne soit admis dans l'armée ni comme volontaire ni comme officier, mais qu'elle fut exclusivement composée de Sans-Culottes.

Cette proposition avait été adoptée par acclamation.

Danton. — Le décret que vous venez de rendre annoncera à la nation et à l'univers entier quel est le grand moyen d'éterniser la république ; c'est d'appeler le peuple à sa défense. Vous allez avoir une armée de sans-culottes (on applaudit à plusieurs reprises dans toutes les par tys delà salle) ; mais ce n'est pas assez ; il faut que, tandis que vous irez combattre les ennemis de l'extérieur , les aristocrates de l'intérienr soient mis sous la pique des sans-

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