‹ DantonChapitre 118 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

culotlcs. (Les applaudissements recommencent.) Je demande qu'il soit créé une garde du peuple qui sera salariée par la nation. Nous serons bien défendus, quand nous le serons par les sans-culottes. J'ai une autre proposition à faire; il faut que dans toute la France, le prix du pain soit dans une juste proportion avec le salaire du pauvre: ce qui excédera sera payé par le riche. (On applaudit.) Par ce seul décret, vous assurez au peuple et son existence et sa dignité ; vous l'attacherez à la révolution ; vous acquerrez son estime et son amour, li dira : nos représentants nous ont donné du pain ; ils ont plus fait qu'aucun de nos anciens rois. Je demande que vous mettiez aux voix les deux propositions que j'ai faites, et qu'elles soient renvoyées au comité pour vous en présenter la rédaction.

Ces deux propositions sont adoptées au milieu des applaudissements de toute l'Assemblée.

(Moniteur du 9 avril 93.)

A propos d'une adresse rédigée dans la section de la Halleaux-Blés, adresse qui circulait dans toutes les autres sections et demandant entre autres choses que Roland fût décrété d'accusation ainsi que les députés coupables, Pétion était monté à la tribune et avait proposé que le président et les secrétaires de la section fussent appelés à la barre pour être de là envoyés au tribunal révolutionnaire.

Danton monte à son tour à la tribune (une partie de l'Assemblée et des spectateurs applaudissent).

Danton. — C'est une vérité incontestable, que vous n'avez pas le droit d'exiger du peuple ou d'une portion du peuple plus de sagesse que vous n'en avez vous-mêmes. Le peuple n'a-t-il pas le droit de sentir des bouillonnements qui le conduisent à un délire patriotique, lorsque cette tribune semble continuellement être une arène de gladiateurs? N'ai-je pas été moi-même, tout à l'heure, assiégé à cette tribune? Ne m'a-t-on pas dit que je voulais être dictateur?... Je vais examiner froidement le projet de décret présenté par Pétion; je n'y mettrai aucune passion, moi, je conserverai mon immobilité, quels que soient les flots d'indignation qui me pressent en tous sens. Je sais quel sera le dénouement de ce grand drame ; le peuple restera libre ; je veux la République, je prouverai que je marche constamment à ce but. {On applaudit.) Pétion a disséqué le projet d'adresse ; je ne suis arrivé qu'à la tin de la lecture, et voilà pourquoi je demandais qu'on discutât la mention honorable, car j'avais trouvé dans cette adresse des articles vraiment bons. La proposition de Pétion est insignifiante. On sait que dans plusieurs départements on a demandé tour à tour la tête des membres qui siégeaient dans l'un ou l'autre des côtés de la salle. N'a-t-on pas aussi demandé la mienne? Kt qui? Des administrateurs, notamment ceux du département du Finistère. Kh ! citoyens, remarquez bien quelles seraient les conséquences générales

de la proposition de Pétion. Tous les jours il arrive des pétitions plus ou moins exagérées ; mais il faut les juger par le fond. J'en appelle à Pétion lui-même. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se trouve dans les orages populaires. 11 sait bien que lorsqu'un peuple brise sa monarchie pour arriver à la République, il dépasse son but par la force de projection qu'il s'est donnée. Que doit faire la représentation nationale ? Profiter de ces excès mêmes. Dans la première Assemblée constituante, Marat n'était ni moins terrible aux aristocrates, ni moins odieux aux modérés. Eh bien ! Marat y trouva des défenseurs. 11 disait aussi que la majorité était mauvaise; et elle l'était.

Ce n'est pas que je croie qu'il en soit de même de cette assemblée. Mais que devez-vous répondre au peuple, quand il vous dit des vérités sévères? Vous devez lui répondre en sauvant la République. Eh ! depuis quand vous doit-on des éloges? Êtes- vous à la fin de votre mission? On parle des calomniateurs : la calomnie, dans un État vraiment libre, n'est rien pour l'homme qui a la conscience intime de son devoir. Encore une fois, tout ce qui a rapport à la calomnie ne peut être la base d'une délibération dans la Convention. Il existe des lois, des tribunaux; que ceux qui croient devoir poursuivre cette adresse, l'y poursuivent. Mais si vous délibérez sur cet objet, pourquoi ne délibéreriez-vous pas sur l'adresse de Marseille ? Voyez sur quelle mer vous vous embarqueriez! Oui, je le déclare, vous seriez indignes de votre mission, si vous n'aviez pas constamment devant les yeux ces grands objets : vaincre les ennemis, rétablir l'ordre dans l'intérieur, et faire une bonne constitution. Nous la voulons tous, la France la veut ; elle sera d'autant plus belle qu'elle sera née au milieu des orages de la liberté; ainsi un peuple de l'antiquité construisait ses murs, en tenant d'une main la truelle, et de l'autre l'épée pour repousser les ennemis. N'allons pas nous faire la guerre, animer les sections, les mettre en délibération sur des calomnies, tandis que nous devons concentrer leur énergie pour la diriger contre les Autrichiens. Je dis qu'il est impolitique de convoquer les sections pour délibérer sur cette adresse; je dis que si un décret portait une pareille disposition, elle devrait s'étendre à toutes les adresses, quelques principes qu'elles manifestassent. Que l'on ne vienne donc plus nous apporter des dénonciations exagérées, comme si l'on craignait la mort. (On murmure.)

Lépaux. — Je ne crains pas la mort pour moi, mais je crains celle de la République.

Danton. — Et voilà l'exemple que vous donnez! Vous voulez sévir contre le peuple, et vous êtes plus virulents que lui ! {Quelques rumeurs.) On me dit de venir au fait : eh ! n'y suis-je pas venu au fait? n'ai-jc pas parlé de vaincre les ennemis, de rétablir l'ordre, de faire une Constitution? J'y suis au fait.

Tout à l'heure quelques-uns d'entre vous ont eu la lâcheté de dire que je voulais être dictateur ; il vous sied bien de vouloir vous élever contre le peuple, lorsqu'il vous dit des vérités énergiques ! Je dis que la discussion est insignifiante Je ramène l'assemblée au rapport q ue le comité de salut public . va vous faire.

Notre marine peut se présenter encore d'une manière fort imposante. Le

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