CHAPITRE VI
comité va vous dire que le ministre de la marine, d'après sa propre déclaration, ne peut suffire au fardeau qui lui est imposé. Il faut, dès l'instant même nommer un ministre. L'influence de l'équinoxe est passée; les Anglais, enhardis par les premiers succès de nos ennemis, vont infester toutes les mers. Quand l'Europe est liguée contre nous, ne devons-nous pas former une phalange pour la vaincre ou pour mourir ensemble?
Je demande la question préalable sur la motion de Pélion. Si Paris montre une espèce d'indignation, il a bien le droit de reporter la guerre à ceux qui l'ont calomnié après les services qu'il a rendus. {On murmure.)
Une voix. — Ce n'est pas le peuple de Paris. »
Je demande la question préalable et le rapport du comité de salut public.
On demande que la discussion sur la proposition de Pétion soit ajournée jusqu'après le rapport du comité de salut public.
Cette proposition est adoptée.
{Moniteur dn 12 avril 93.)
A propos de cette séance Levasseur de la Sarthe dit encore :
Malgré sa généreuse colère, Danton fit encore avec les Girondins plusieurs tentatives de retour vers la paix ; mais son langage était entièrement changé, et il lançait à chaque occasion importante, contre le côté droit, les traits véhéments qu'il avait jusqu'alors réservés aux ennemis publics.
L'éditeur des mémoires de Levasseur, M. Achille Roche, que Quérard prétend être l'auteur de l'ouvrage tout entier, ajoute en forme de note :
Ce discours de Danton nous paraît suffire pour faire connaître les plans de l'énergique Montagne, et surtout de l'homme fort qui marchait alors à sa tête. On a pu voir dans les mémoires de Levasseur, que, tout en nourrissant l'enthousiasme, le délire même des masses, ce chef vigoureux n'avait jamais appelé de vengeance sur la tête des individus. C'est qu'il déplorait autant que les Girondins les excès résultant d'une exaltation peu commune; mais il croyait voir en même temps que cette exaltation était un mal indispensable; et, loin de la calmer, il l'accueillait comme un arme de victoire. Convaincu que la République serait perdue au moment où elle serait calme, sans avoir à force de temps conquis des mœurs démocratiques et une Constitution qui les sanctionnât, il sentit que sa mission était avant tout la victoire, et il la remporta. Les Girondins se trouvaient sur son chemin ; après de vains efforts pour ne point les heurter, il vit qu'il ne pourrait pas les tourner, et résolut de les abattre. Mais il pleura sur Vergniaud condamné à mort, après avoir renversé Vergniaud puissant ! Son système, qu'avait si bien compris Fàme enthousiaste et pure de Camille Desmoulins, est contenu tout entier dans le discours qui fait l'objet de cette note. Il consistait à profiler, pour débarrasser la France de ses ennemis du dedans et du dehors, de tous les
cléments que présentaient les circonstances et des eicès populaires mêmes. Mais on a feint de prendre pour son but ce qui n'était à ses yeux qu'un moyen, on Ta accusé de ménées démagogiques, et Ton a prétendu qu'il n'avait pas de plan formé, pas de vues arrêtées ; qu'il n'avait en vue qu'une grossière domination à l'aide du pillage et de la terreur! Ces faciles calomnies se réfutent par toute la carrière de Danton ; toujours conséquent et toujours gigantesque, il a constamment tendu à l'établissement de la liberté, mais d'une liberté sage et constitutionnelle en dépit de luttes sanglantes qu'il n'a pas regardées comme nécessaires pour l'atteindre. (Mémoires de Réné Levasseur, 1. 1", chap. V.)
Guadet dans sa réponse à une dénonciation de Robespierre contre les Girondins, s'était écrié : « Dans tous les spectacles de Paris, qui était sans cesse aux côtés de Dumouriez? votre Danton. »
Danton. — Ah! tu m'accuses, moi!... Tu ne connais pas ma force... Je te répondrai, je prouverai tes crimes,.. A l'opéra, j'étais dans une loge à côté de lui, et non dans la sienne... Tu y étais aussi. (Moniteur Au 15 avril 93.)
Marat occupe quelques instants la tribune; il veut défendre une proclamation de la Société des amis de la liberté, qui concluait à ce qu'on marchât contre l'Assemblée pour faire justice des traîtres. On l'interrompt à plusieurs reprises ; on le décrète d'accusation; une voix demande que ceux-là seuls qui voudraient parler en faveur de Marat soient entendus.
Cette proposition est adoptée.
Danton. — Je savais bien que la majorité de la Convention ne voudrait pas prononcer sur le sort d'un de ses membres, sans avoir entendu parler, non en faveur d'un homme, mais de l'intérêt public; je déclare d'abord que, tout en reconnaissant le civisme de Robespierre, je n'aurais pas fait , moi, une dénonciation qui ne repose que sur des preuves politiques. La grande question est de savoir ce que c'est que la conspiration d'Orléans , et si elle existe; j'ai cru longtemps que cette faction n'était qu'une chimère, mais je pense aujourd'hui qu'elle peut avoir quelque réalité.
Plusisurs membres. — Parlez de Marat.
(Moniteur du 15 avril 93.)
Danton. — Marat n'est-il pas représentant du peuple, et ne vous souvenezvous plus de ce grand principe que vous ne devez entamer la Convention qu'autant qu'une foule de preuves irréfragables en démontreraient la nécessité? Si je demande quel est le coupable dans cette affaire, vous me direz : c'est Marat. 11 répondra : ce sont les hommes d'État. Notre