‹ DantonChapitre 120 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

juge ne peut être que l'évidence bien acquise; eh bien, cherchons l'évidence. Vous nous accusez l'un et l'autre de conjuration ; ainsi vous seriez en quelque sorte juges et parties. Le vrai coupable , c'est d'Orléans. Pourquoi n'est-il pas déjà traduit au tribunal révolutionnaire , au lieu d'être confondu avec les femmes de sa famille? Eh! remarquez bien que ce n'est que par cette instruction immédiate que l'on connaîtra enfin et la faction et les complices. Ici je vous observerai que la mesure d'envoyer quatre commissaires dans les départements où cet individu a pu tramer, est incomplète. Je demande donc, car cette mesure doit précéder la décision à prendre sur Marat , qu'avant tout il soit statué sur celte proposition : Que d'Orléans sera traduit devant le tribunal révolutionnaire. Je demande aussi que ce tribunal soit tenu d'envoyer à la Convention copie exacte de la procédure qui sera faite dans l'affaire d'Orléans, afin que la Convention puisse connaître ceux de ses membres qui ont pu y tremper; et comme j'aime à lier deux grands objets, je demande aussi que la tête des Capets émigrés, soit mise à prix, comme l'a été celle du général.

Plusieurs voix. — Et nos commissaires.

Danton. — Nos commissaires sont dignes de la nation et de la Convention nationale ; ils ne doivent pas craindre le tonneau de Régulus. {Applaudissements.) Je passe à Marat, et à son égard, je dis qu'il est impossible que vous vous écartiez assez des principes de justice pour le décréter d'accusation ; je ne dis pas sur son écrit, mais sur tous les faits dont on l'accuse, sans avoir envoyé à un comité; et pour qu'il y ail réciprocité, je demande le renvoi au même comité, des accusations faites par Marat contre ses accusateurs ; mais examinez quel moment vous choisissez pour traiter cette question.

Plusieurs mehrres. — Nos collègues sont absents.

Voulez-vous saisir cet à propos pour entamer une partie de l'Assemblée, tandis que cette même partie a eu le courage de vous quitter pour aller échauffer l'esprit public dans les départements, et diriger de nouvelles forces contre les ennemis ; si Marat est coupable, Marat n'a pas l'intention de vous échapper.

Marat. — Non.

Danton. — Tous les griefs qu'on croit pouvoir lui reprocher ne seront point affaiblis par ce renvoi à un comité. Je demande que mes propositions soient mises aux voix.

(Moniteur du 16 avril 93.J

Quelle réponse pense-t-on que les Orléanistes eussent faite à l'orateur, s'il eut été vendu à d'Orléans?

On a dû remarquer déjà que sous cette fougue apparente, Danton conserve toujours le sangfroid de la raison, il y a autant à gagner à l'étude de ses discours pour le politique que pour le tribun. C'est ce qu'on n'avait pas semblé croire jusqu'à présent, notre livre en porte avec lui la preuve.

Danton —11 faut bien saisir le véritable objet de la motion qui vient d'être faite, et ne pas lui donner une étendue que n'a pas voulu lui attribuer son auteur. Je demande qu'elle soit ainsi posée : « La peine de mort est décrétée contre quiconque proposerait à la République de transiger avec des ennemis qui, pour préliminaire, ne reconnaîtraient pas la souveraineté du peuple. » Il est temps, citoyens, que la Convention nationale fasse connaître à l'Europe que la France sait allier à la politique les vertus républicaines. Vous avez rendu, dans un moment d'enthousiasme, un décret dont le motif était beau sans doute, puisque vous vous êtes obligés à donner protection aux peuples qui voudraient résister à l'oppression de leurs tyrans. Ce décret semblerait vous engager à secourir quelques patriotes qui voudraient faire une révolution en Chine. 11 faut, avant tout, songer à la conservation de notre corps politique, et fonder la grandeur française. Que la République s'affermisse, et la France, par ses lumières et son énergie, fera attraction sur tous les peuples.

Mais voyez ce que votre position a d'avantageux malgré les revers que nous avons éprouvés. La trahison de Dumouriez nous donne l'occasion de faire un nouveau scrutin épuratoire de l'armée. L'ennemi va être forcé de reconnaître que la nation veut absolument la liberté, puisqu'un général victorieux qui avait promis à nos ennemis de leur livrer et son armée tout entière et une partie de la nation, ne leur a porté que son misérable individu. Citoyens, c'est le génie de la liberté qui a lancé le char de la révolution. Le peuple tout entier le tire, et il s'arrêtera aux termes de la raison. Décrétons que nous ne nous mêlerons pas de ce qui se passe chez nos voisins; mais décrétons aussi que la République vivra , et condamnons à mort celui qui proposerait une transaction autre que celle qui aurait pour base les principes de notre liberté. (On apjdaudit.)

{Moniteur du 16 avril 93.) *

Si, comme nous le disions tout à l'heure, Danton a le génie de la politique, hâtons-nous d'ajouter à sa gloire, qu'il apporte dans cette science ordinairement si aride sa qualité distinctive; il a l'art de passionner les abstractions.

Danton. — Rien ne doit plus nous faire préjuger le salut de la patrie que la disposition actuelle. Nous avons parus divisés entre nous, mais au moment où nous nous occupons du bonheur des hommes, nous sommes tous d'accord. (Vifs applaudissements.) Vergniaud vient de vous dire de bien grandes et d'étemelles vérités. L'Assemblée constituante, embarrassée par un roi, par les préjugés qui enchaînaient encore la nation , par l'intolérance qui s'était établie, n'a pu heurter de fronUes principes reçus, et a fait encore beaucoup pour la liberté en consacrant celui de la tolérance. Aujourd'hui le terrain de la liberté est déblayé, nous devons au peuple français de donner à son gouvernement des bases éternelles et pures ! Quoi ! nous leur dirons : Français, vous avez la liberté d'adorer la divinité qui vous paraît digne de vos honi-

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