CHAPITRE PREMIER
choisir la dénonciation la plus circonstanciée; à moins qu'on ne préfère celle qui suit.
En 1790, un agent du général, le sieur Eslienne écrivait. « Je devons en conscience avertir les MM. de la nation que les » 'grelins dont le duc d'Orléans se servit pour faire ameuter le faubourg Saint-Antoine et brûler la maison de Réveillon, que les maquereaux et les chevaliers de la manchette de ce * prince, que sesgouines, Lameth, Barnave, Duport.Marat, Danton font leur impossible pour afin de nous donner le change sur le compte de ce prince manqué, qu'ils mettent tout le monde en ribotle pour nous empaumer, que ce sont encore eux qu'avons mis le feu aux élouppes entre les vainqueurs de la Bastille et les gardes françaises. » (Citation tirée du Journal des Halles, par Fréron dans l'Orateur du peuple, n* 12, 4« e vol )
Tous les partis ont leur père Duchène, tant le rôle est facile. Remarquons, pour en finir, qu'un homme qui surexcite une aussi virulente animosité est sans nul doute une puissance, voilà ce qui ressort surtout de tout ce qui précède. La calomnie, comme le scorpion, s'empoisonne quelquefois ellemême et meurt de son propre venin.
Si l'on nous taxait d'exagération parce que nous avons appelé puissance le Danton de mars 1790, le fait suivant, attesté par tous les écrivains du temps, ne laisserait plus de doute à ce sujet.
On sait quelle fermentation avait causée l'arrêt de prise de corps lancé par le Châtelet contre Marat, rédacteur du journal Y Ami du peuple; on se rappelle que l'opposition du district des Cordeliers sauva l'écrivain d'une condamnation certaine. Il n'est pas hors de propos de reproduire l'extrait des délibérations de cette assemblée.
Le district des Cordeliers, persévérant dans les principes de son arrêté du 11 janvier, et ayant délibéré de nouveau sur la matière qui a donné lieu à cet arrêté, considérant que dans ces temps d'orage que produisent nécessairement les efforts du patriotisme luttant contre les ennemis de la Constitution naissante, et il est du devoir des bons citoyens, et par conséquent de tous les districts de Paris, qui se sont déjà signalés glorieusement dans la révolution, de veiller à ce qu'aucun individu de la capitale ne soit privé de sa liberté, sans que le décret ou l'ordre en vertu duquel on voudrait se saisir de sa personne n'ait acquis un caractère extraordinaire de vérité capable d'écarter tout soupçon de vexation ou d'autorité absolue.
Considérant encore que, sous quelque rapport qu'on envisage, soit les décrets émanés du Chàtelct (qui n'a été que provisoirement institué juge des
crimes de lèse-nation), soit tous les ordres émanés du pouvoir municipal établi provisoirement dans la ville de Paris, on ne doit qu'applaudir aux districts qui soutiennent que ces décrets ou ordres ne doivent pas être exécutés qu'après avoir été visés par des commissaires honorés à cet effet du choix de la véritable commune, jusqu'à ce que le grand œuvre de la régénération française soit tellement accompli qu'on n'ait plus à craindre de voir les hommes attachés aux principes de l'ancien régime, et imbus des préjugés et des fausses maximes de la vieille magistrature à finance, tenter d'étouffer la voix des écrivains patriotes dont le zèle, en le supposaut même exagéré, ne peut que contribuer au triomphe de la vérité et à l'affermissement d'une Constitution qui deviendra supérieure à celle de quelques peuples que nous ne regardions comme véritablement libres que parce que nous étions plongés dans le plus honteux esclavage.
A arrêté qu'il serait nommé cinq commissaires conservateurs de la liberté, au nombre desquels le président se trouverait de droit, et que nul décret ou ordre, quelqu'en soit la nature, tendant à priver un citoyen de sa liberté, ne serait mis à exécution dans le territoire du district, sans qu'il n'eut été revêtu du visa des cinq commissaires qui seront convoqués par le président, et dont les noms seront affichés dans le corps de garde.
Et l'assemblée ayant procédé à l'élection des dits commissaires, son choix est tombé sur MM. Danton, Saintin, Cheftel et Labiée.
L'assemblée a arrêté en outre que le commandant du bataillon du district et tous les officiers du poste tiendraient la main à l'exécution du présent arrêté, qui serait imprimé, affiché, envoyé à tous les districts, pour les inviter à y accéder; et en outre communiqué aux mandataires provisoires, à la ville, aux juges du Chàtelet, au commandant général de la milice parisienne, et enfin porté par deux commissaires à monsieur le président de l'Assemblée nationale.
Signé, Paré, président,
Fabre d'ÉGLANTiNE, vice -président, Danton, Lablêe, secrétaires.
Certes, nous voilà loin de ce qu'avaient rêvé les plus libéraux même de la Constituante : ne pouvoir arrêter un citoyen sans que ses concitoyens en fussent avertis, quel renversement de toutes les idées d'ordre reçues; au radicalisme de ces considérants on reconnaît l'énergie inspiratrice de Danton. Pour couper le mal démocratique dans sa racine il n'y avait plus qu'à s'emparer de la personne de celui qui en paraissait être la cause. C'est aussi ce qu'on essaya.
Un autre événement excita une nouvelle fermentation. Le président de ce district, M. Danton dont le caractère fougueux faisait redouter l'influence, fut accusé d'avoir dit à l'Assemblée, le jour où l'on fit des recherches chez