CHAPITRE PREMIER
M. Marat : « Eh bien, s'il le faut, nous ferons venir le faubourg Saint- Antoine. • — Le Châtelet oublia, comme l avait fait le district lui-même, quelles étaient les limites de sa juridiction, et comme si les membres d'une assemblée légale pouvaient être justiciables d'un tribunal, à moins de lui être dénoncés par cette assemblée elle-même, il osa lancer contre ce citoyen un décret de prise de corps. L'indignation fut universelle, et le district le ramena aux principes par un arrêté très bien motivé, et par une adresse à l'Assemblée nationale. {Histoire de la révolution de France, par deux amis de la liberté, vol. iv, chap. 14.)
Voici les réflexions que ce décret attentatoire suggère à Camille Desmoulins.
Foulant aux pieds le décret de l'Assemblée nationale du 23 août 89 qui porte : qu'aucun citoyen ne peut être inquiété pour avoir dit librement son opinion, le Châtelet n'a pas craint de décréter M. d'Anton, cet illustre président du district des Cordeliers ; il vient de le décréter de prise de corps pour opinion avancée dans l'assemblée de son district. Le Châtelet croit-il donc que lorsqu'il méprise ainsi les saints décrets de l'Assemblée, nous respecterons ses décrets de prise de corps Le district des Cordeliers dans
son arrêté du 18 mars, s'inscrit en faux contre les imputations faites à son président ; mais que fait cette question. Je suppose que M. D'Anton a tenu au district le discours qu'on lui prête, qu'il fallait repousser la force par la force (Numéro 18 des Révolutions de France et de Brabant.)
Le décret du Châtelet contre le sieur d'Anton avocat et ancien président du district des Cordeliers ne peut que désiller les yeux du public. Les gens instruits et impartiaux ne voient dans le décret lancé par ce tribunal que l'effet des menées sourdes des avocats et procureurs de ce district, qui n'ont pu pardonner à ce courageux citoyen d'avoir abandonné la cause de la robe, en déployant toute l'énergie du zèle et du civisme pour le maintien et l'avancement de la nouvelle Constitution. {Ibidem.)
Brissot examine l'affaire au point de vue du droit.
L'affaire de M. Danton, ancien président du fameux district des Cordeliers, a excité beaucoup de bruit. On se rappelle que ce district voulut s'opposer à l'enlèvement de M. Marat, décrété de prise de corps. Les huissiers chargés de l'arrêter, consignèrent dans leur procès verbal que M. Danton avait dit qu'il fallait sonner le tocsin et appeler le faubourg Saint-Antoine. Ce propos et d'autres semblables sont l'objet de l'accusation et du décret de prise de corps lancé contre M. Danton. Son district, toujours animé de la même ferveur pour la défense des principes, réclame contre ce décret du Châtelet, qu'il regarde comme attentatoire à la liberté qui doit régner dans les assemblées légales. — Trois questions se présentent ici à juger. — Des propos peuvent-ils jamais être un délit capital ou digne d'un décret de prise de corps? Des propos tenus dans une assemblée légale peuvent-ils être la
matière d'une accusation hors de cette assemblée? Et enfin, M. Danton a-t-il tenu les propos qu'on lui prête? Les deux premières questions tiennent essentiellement à la liberté de penser et de parler, et à la Constitution. 11 n'en existerait bientôt plus, s'il était permis de travestir en délits capitaux des discours quels qu'ils soient, lorsqu'ils échappent dans une discussion légale.
Bbissot.
(Journal le Patriote français, n* 430.)
Le royaliste Mercier récapitulant tous les crimes qu'il croit pouvoir reprocher à Danton, n'a garde d'oublier cette circonstance qu'il considère comme le point de départ de l'anarchie.
Cefut au district des Cordeliers que Danton, chargé d'un décret de prise de corps et de dettes, sema, fit germer et lever tous les crimes révolutionnaires. Le premier acte de démagogie qui ouvrit la porte à tant d'autres, fut celui que Danton dirigea, en faisant armer tout le district pour défendre la personne de Marat... A compter de ce jour les anarchistes eurent le dessus et ce fut ce même homme qui fut ministre de la justice. 11 eut des partisans et l'on ' s'attacha à lui parce qu'il était, disait-on, moins sanguinaire que Robespierre : voilà tout son éloge. La nature l'avait fait pour haranguer la populace, tonner dans un carrefour sur une borne; car il avait l'éloquence des portefaix» et la logique des brigands. Ce solliciteur de procès, ce tripoteur d'affaires fut député de Paris. Le 31 mai, il se promenait rayonnant de joie autour de la Convention ; je le rencontrai et je lui dis : vous perdez la république et la France; il m'appela ironiquement l'enragé. (Mercier, le Nouveau Paris, tome I", page 168.)
Tous se croient attaqués dans cette affaire qui n'est personnelle à Danton que parce que la cour a cru devoir frapper préférablement celui qui représente le mieux la révolution menaçante.
Les soi-disant représentants de la commune ont mis en délibération l'affaire de M. Danton... Les districts qui ont senti que la cause de la liberté était intéressée dans l'affaire du S. Danton , et que ce n'était qu'un essai que les aristocrates faisaient de leurs forces, ont arrêté de présenter une pétition à l'assemblée nationale ; et déjà le comité des rapports est saisi de cette affaire.
Les auteurs de cet affreux brigandage ont faiteourir le bruit que M.Danton avait d'abord été décrété de soit-ouï, puis d'ajournement, et enfin, faute d'avoir comparu de prise de corps. C'est une insigne fausseté, qui n'a d'autre but que de calmer les esprits justement irrités. Cette affaire sera bientôt mise dans tout son jour. {Révolution de Paris, n* 37.)
... Le décret de prise de corps lancé contre M. Danton ouvre les yeux sur