‹ DantonChapitre 121 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

mages, la liberté de culte que Vos lois peuvent avoir pour objet ne peut être que la liberté de la réunion des individus assemblés pour rendre, à leur manière , hommage à la divinité. Une telle liberté ne peut être atteinte que par des lois réglementaires et de police; or, sans doute, vous ne voudrez pas insérer dans une déclaration des droits une loi réglementaire. Le droit de la liberté du culte, droit sacré, sera protégé par vos lois qui, en harmonie avec les principes, n'auront pour but que de les garantir. La raison humaine ne peut rétrograder; nous sommes trop avancés pour que le peuple puisse croire n'avoir pas la liberté de son culte, parce qu'il ne verra pas le principe de cette liberté gravé sur la table de vos lois.

Si la superstition semble encore avoir quelque part aux mouvements qui agitent la République, c'est que la politique de nos ennemis Ta toujours employée; mais regardez que partout le peuple, dégagé des impulsions de la malveillance, reconnaît que quiconque veut s'interposer entre lui et la divinité, est un imposteur. Partout on a demandé la déportation des prêtres fanatiques et rebelles. Gardez-vous de mal présumer de la raison nationale; gardez-vous d'insérer un article qui contiendrait cette présomption injuste; en passant à l'ordre du jour, adoptez une espèce de question préalable sur les prêtres, qui vous honore aux yeux de vos concitoyens et de la postérité.

[Moniteur du 21 avril 93.)

Marat avait été mis en accusation par l'Assemblée; livré par elle au tribunal révolutionnaire; il fut acquitté, le peuple le ramena en triomphe à la Convention; Danton prit la parole :

Ce doit être un beau spectacle pour tout bon Français, de voir que les citoyens de Paris portent un tel respect à la Convention, que ça été pour eux un jour de fête que celui où un député inculpé a été rétablit dans son sein. {On applaudit.) La Convention nationale a dû applaudir à de pareils sentiments; elle l'a fait. Elle décrète que les citoyens qui venaient lui manifester ici leur satisfaction de ce que la représentation nationale est restée intacte, défileraient dans cette salle. Eh bien! que ce décret s'exécute. Nous avons vu leur satisfaction, nous avons partagé leurs sentiments : maintenant il faut que les citoyens défilent, qu'ils évacuent le lieu de nos délibérations, et que nous reprenions nos travaux. (On applaudit.)

(Moniteur du 26 avril 93.)

A-t-on bien remarqué toute l'adresse de cette allocution? Sent-on bien de quelle conùision cet échec d'autorité devait couvrir la majorité réactionnaire? Quelles funestes conséquences jl pouvait avoir? Celui-là seul qu'on savait toujours au dessus de toute considération d'amour-propre personnel, Danton seul

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pouvait sauver la position, et tourner'cette défaite de l'Assemblée au profit de son patriotisme.

Le Moniteur du 28 avril annonce que Danton, Petit et Anacharsis Clootz prononcent sur la Constitution des discours, dont il donnera des extraits.

Nous trouvons, en effet, ceux de Petit et d'Anacharsis Clootz, mais non celui de Danton. Seulement, au 28 avril, nous lisons un discours du citoyen Daunon sur le sujet indiqué. Nous l'avons étudié attentivement, nous n'y avons pas reconnu le génie du tribun ; c'est pourquoi nous sommes fondé à croire que c'est par erreur que dans son numéro du 27, le Moniteur a écrit Danton au lieu de Daunon. (Voir notre chap. VI.)

Les riches ne durent pas peu contribuer à nourrir les soupçons odieux qu'on soulevait contre lui, car plusieurs fois déjà nous avons entendu le tribun demander qu'on fit peser sur eux les charges de l'État. Ils ne sentaient pas que c'était le seul moyen de sauver leur fortune. Le convalescent pardonne-t-il au chirurgien de lui avoir sauvé la vie au prix d'un membre?

Voici encore un discours qu'ils ne durent pas oublier.

Danton. — Vous venez de décréter la mention honorable de ce qu'a cru faire pour le salut public le département de l'Hérault. Ce décret autorise la République entière à adopter les mêmes mesures ; car votre décret ratifie celles qu'on vient de vous faire connaître. (On applaudit.) Si partout les mêmes mesures sont adoptées, la République est sauvée ; on ne traitera plus d'agitateurs et d'anarchistes les amis ardents de la liberté, ceux qui mettent la nation en mouvement, et l'on dira : Honneur aux agitateurs qui tournent la vigueur du peuple contre ses ennemis. [On applaudit.) Quand le temple de la liberté sera assis, le peuple saura bien le décorer. Périsse plutôt le sol de la France que de retourner sous un dur esclavage! mais qu'on ne croie pas que nous devenions barbares après avoir fondé la liberté; nous l'embellirons : les despotes nous porteront envie ; mais tant que le vaisseau de l'État est battu par la tempête, ce qui est à chacun est à tous. [Applaudissements.)

On ne parle plus de lois agraires ; le peuple est plus sage que ses calomniateurs ne le prétendent, et le peuple en masse a plus de génie que beaucoup qui se croient des grands hommes. Dans un peuple on ne compte pas plus les grands hommes que les grands arbres dans une vaste foret. On a cru que le peuple voulait la loi agraire ; cette idée pourrait faire naître des soupçons sur les mesures adoptées par le département de l'Hérault; sans doute on empoisonnera ses intentions et ses arrêtés ; il a, dit-on, imposé les riches; mais, citoyens, imposer les riches, c'est les servir ; c'est un véritable avantage pour eux qu'un sacrifice considérable, plus le sacrifice sera grand sur

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