‹ DantonChapitre 122 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'usufruit, plus le fonds de la propriété est garanti contre l'envahissement des ennemis. C'est un appel à tout homme qui a les moyens de sauver la République. Cet appel est juste. Ce qu'a fait le département de l'Hérault, Paris et toute la France veut le faire. {On applaudit.)

Voyez la ressource que la France se procure. Paris a un luxe et des richesses considérables; eh bien, par ce décret, celte éponge va être pressée. (On applaudit.) Et, par une singularité satisfaisante, il va se trouver que le peuple fera la révolution aux dépens de ses ennemis intérieurs. Ces ennemis euxmêmes apprendront le prix de la liberté ; ils désireront la posséder lorsqu'ils reconnaîtront qu'elle aura conservé leurs jouissances. Paris, en faisant un appel aux capitalistes, fournira son contingent, il nous donnera les moyens d'étouffer les troubles de la Vendée; car, à quelque prix que ce soit, il faut que nous étouffions ces troubles. A cela seul tient votre tranquillité extérieure. Déjà les départements du Nord ont appris aux despotes coalisés que votre territoire ne pouvait être entamé ; et bientôt peut-être vous apprendrez la dissolution de cette ligue formidable de rois ; car, en s'unissant contre vous, ils n'ont pas oublié leur vieille haine et leurs prétentions respectives, et peut-être, si le conseil exécutif eut eu plus de latitude dans ses moyens, cette ligue serait entièrement dissoute.

Il faut donc diriger Paris sur la Vendée; il faut que les hommes requis dans cette ville pour former le camp de réserve, se portent sur la Vendée. Cette mesure prise, les rebelles se dissiperont; et, comme les Autrichiens, commenceront à se retrancher eux-mêmes, comme eux-mêmes à cette heure sont en quelque sorte assiégés. Si le foyer des discordes civiles est éteint, on nous demandera la paix, et nous la ferons honorablement.

Je demande que la Convention nationale décrète que sur les forces additionnelles au recrutement voté par les départements, 20,000 hommes seront portés par le ministre de la guerre sur les départements de la Vendée, de la Mayenne et de la Loire.

La proposition de Danton est décrétée à l'unanimité. (Moniteur du 29 avril 93.)

C'est à propos d'ua de ces discours que Marat écrivait :

Je regrette de n'avoir pas le temps de rapporter ici le discours de Danton ; j'observerai qu'il est de main de maître, et d'autant plus précieux qu'il contient l'engagement solennel qu'a pris Danton de combattre désormais avec un courage indomptable. Or, on doit beaucoup attendre des moyens de ce patriote célèbre, le peuple a les yeux sur lui et l'attend dans le champ de Thonneur.

(Marat, publiciste de la République, n° 159.)

Cette déclaration faisait d'autant plus d'honneur à l'ami du peuple, qu'on se rappelle que Danton n'avait pas dissimulé son antipathie pour lui.

DANTON (l79â).

Remarquons encore que la politique ne se dément jamais, parce qu'elle repose sur des principes invariables. »

A propos d'un blâme infligé à une pétition du faubourg Saint- Antoine, outrageante pour la Convention, Danton s'exprimait en ces termes :

Citoyens, sans doute la Convention nationale peut éprouver un mouvement d'indignation, quand on lui dit qu'elle n'a rien fait pour la liberté; je suis loin de désapprouver ce sentiment; je sais que la Convention peat répondre qu'elle a frappé le tyran, qu'elle a déjoué les projets d'un ambitieux/qu'elle a créé un tribunal révolutionnaire pour juger les ennemis de la patrie; enfin, qu'elle dirige l'énergie française contre les révoltés; voilà ce que nous avons fait. Ce n'est pas par un sentiment d'indignation que nous devons prononcer sur une pétition bonne en elle-même; je sais qu'on distingue la pétition du dernier paragraphe, mais on aurait dû considérer ce qu'était la plénitude du droit de pétition. Lorsqu'on répète souvent ici que nous sommes incapables de sauver la chose publique, ce n'est pas un crime de dire que, si telles mesures ne sont pas adoptées , la nation a le droit de s'insurger

Plusieurs voix. — Ces pétitionnaires ne sont pas la nation.

On conviendra sans doute que la volonté générale ne peut se composer en masse, que de volontés individuelles. Si vous m'accordez cela, je dis que tout Français a le droit de dire que si telle mesure n'est pas adoptée, le peuple a le droit de se lever en masse. Ce n'est pas que je ne sois convaincu que de mauvais citoyens égarent le peuple, ce n'est pas que j'approuve la pétition qui vous a été présentée ; mais j'examine le droit de pétition en lui-même, et je dis que cet asile devrait être sacré, que personne ne devrait se permettre d'insulter un pétitionnaire, et qu'un simple individu devrait être respecté par les représentants du peuple, comme le peuple tout entier. (Quelques rumeurs. ) Je ne tirerai pas la conséquence de ce que je viens de dire, que vous assuriez l'impunité ù quiconque semblerait être un conspirateur dangereux, dont l'arrestation serait nécessaire à l'intérêt public ; mais je dis que quand il est probable que le crime d'un individu ne consiste que dans des phrases mal digérées, vous devez vous respecter vous-mêmes. Si la Convention sentait sa force, elle dirait avec dignité et non avec passion, à ceux qui viennent lui demander des comptes et lui déclarer qu'ils sont dans un état d'insurrection; voilà ce que nous avons fait, et vous, citoyens, qui croyez avoir l'initiative de l'insurrection, la hache de la justice est là pour vous frapper si vous êtes coupables. Voilà comme vous devez leur répondre. Les habitants du faubourg Saint-Antoine vous ont dit qu'ils vous feraient un rempart de leur corps, après cette déclaration, comment n'avez-vous pas répondu aux pétitionnaires : citoyens, vous avez été dans l'erreur, ou bien : si vous êtes coupables, la loi est là pour vous punir. Je demande l'ordre du jour, et j'observe que quand il sera notoire que la Convention a passé à l'ordre du jour

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