CHAPITRE VI
motivé sur l'explication qui lui a été donnée, il n'y aura pas de pusillanimité dans sa conduite; croyez qu'un pareil décret produira plus d'effet sur l'àmc des citoyens, qu'un décret de rigueur. Je demande qu'en accordant les honneurs de la séance aux pétitionnaires, l'Assemblée passe à l'ordre du jour sur le tout.
Cette pétition est décrétée.
(Moniteur du 4 mai 93.)
Si injustes qu'aient été les accusations du 1 er avril, elles n'avaient pas découragé le patriotisme de Danton; au dessus des individus et de leurs passions criminelles il sentait toujours la patrie , et pour la sauver il retrouvait toujours la même éloquence. En vérité, les Girondins furent bien coupables de n'avoir pas sacrifié leurs ressentiments personnels à cette considération, qu'au moment du péril Danton était le seul qui avait fait sortir de terre des armées , qui pouvait encore soulever la France. En ce moment surtout la ténacité de leur haine devenait criminelle, car nous étions plus en danger que jamais. Mais écoutez le tribun, et dites si son ardeur s'est éteinte; il s'agissait encore de nouvelles levées de volontaires.
Danton. — C'est une vérité puisée dans l'histoire et dans le cœur humain, qu'une grande nation en révolution, ou môme en guerre civile, n'en est pas moins redoutable à ses ennemis. (On applaudit.) Ainsi donc loin de nous effrayer de notre situation, nous n'y devons voir que le développement de l'énergie nationale que nous pouvons tourner encore au profit de la liberté. La France entière va s'ébranler. (On applaudit.) Douze mille hommes de troupes de ligne, tirés de vos armées où ils seront aussitôt remplacés par des recrues, vont s'acheminer vers la Vendée. Avec cette force va se joindre la force parisienne. Eh bien, combinons avde ces moyens de puissance les moyens politiques? C'est de faire connaître à ceux que des traîtres ont égarés, que la nation ne veut pas verser leur sang, mais qu'elle veut les éclairer et les rendre à la patrie. (On applaudit.)
Les despotes ne sont pas toujours malhabiles dans leurs moyens. Dans la Belgique , l'empereur traite les peuples avec la plus grande douceur , et semble même flatter ceux qui s'étaient déclarés contre lui avec plus d'énergie; pourquoi n'agirions-nous pas de même pour rendre des hommes a la liberté? 11 faut donc créer une commission ayant pouvoir de faire grâce à à ceux des rebelles qui se soumettraient volontairement avant l'action de la force armée.
Cette mesure prise, il faut faire marcher la force de Paris. Deux choses se sont un moment opposées à son recrutement : les intrigues des aristocrates, elles inquiétudes des patriotes eux-mêmes. Ceux-ci n'ont pas considéré que
Paris a une arrière-garde bien formidable; elle est composée de 150,000 citoyens que leurs occupations quotidiennes ont éloignés jusqu'ici des affaires publiques, mais que vous devez engager à se porter dans les sections, sauf à les indemniser de la perte de temps qu'ils essuieront. Ce sont ces citoyens qui, dans un grand jour, se débordant sur nos ennemis, les feront disparaître de la terre de la liberté. (Applaudissements .)
Que le riche paye, puisqu'il n'est pas digne, le plus souvent, de combattre pour la liberté ; qu'il paye largement et que l'homme du peuple marche dans la Vendée.
Il y a telle section où se trouvent des goupes de capitalistes , il n'est pas juste que ces citoyens profitent seuls de ce qui sortira de ces éponges. Il faut que la Convention nationale nomme deux commissaires par section pour s'informer de l'état du recrutement. Dans les sections où le contingent est complet, ils annonceront que l'on répartira également les contributions des riches. Dans les sections qui dans trois jours n'auront point fourni leur contingent, ils assembleront les citoyens, et les feront tirer au sort.
Ce mode, je le sais, a des inconvénients, mais il en a moins encore que tous les autres. 11 est un décret que vous avez rendu en principe et dont je demande l'exécution pratique. Vous avez ordonné la formation d'une garde soldée dans toutes les grandes villes. Cette institution soulagera les citoyens que n'a pas favorisés la fortune.
Je demande qu'elle soit promptement organisée, et j'annonce à la Convention nationale qu'après avoir opéré le recrutement de Paris, si elle veut revenir à l'unité d'action , si elle veut mettre à contribution les malheurs mêmes de la patrie, elle verra que les machinations de nos ennemis pour soulever la France, n'auront servi qu'à son triomphe. La force nationale va se développer ; si vous savez diriger son énergie, la patrie sera sauvée, et et vous verrez les rois coalisés vous proposer une paix honorable. (Ou applaudit.)
La mesure de l'envoi des 96 commissaires dans les sections de Paris, est décrétée.
(.Vom(«*rdul0mai93.) •
Quelques jours après il revenait en ces termes sur la même question :
Une loi que l'humanité réclame, et que vous avez déjà adoptée, pourra contribuer efficacement à éteindre cette guerre civile. Il y a parmi les révoltés des hommes qui ne sont qu'égarés et contraints. 11 ne faut pas les réduire au désespoir. Je demande qu'on décrète que les peines rigoureuses prononcées par la Convention nationale, ne porteront que sur ceux qui seront con vaincus d'avoir commencé ou propagé la révolte.
La proposition de Danton est décrétée.
(Moniteur du 13 mai J