‹ DantonChapitre 124 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

A propos de la mort du général Dampierre, on avait proposé les honneurs du Panthéon.

Danton. — L'événement malheureux que vous venez d'apprendre , vous fournit l'occasion de consacrer un grand principe. Dampierre est déjà dans un temple de mémoire supérieur à tous ceux élevés par la main des hommes, celui de l'immortalité. Décrétons pour principe que nul ne pourra entrer au Ptnthéon français que 20 ans après sa mort ; laissons à une génération entière le soin de juger si cet honneur fut mérité.

La Convention passe à l'ordre du jour motivé sur le décret qui porte que nul n'obtiendra les honneurs du Panthéon que 10 ans après sa mort .

(Moniteur du 12 mai 93.)

C'était, en effet, le seul moyen d'éviter les revirements ridicules de l'opinion publique à l'égard de certains hommes. Ne vous semble-t-il pas que la postérité tarde bien à se prononcer à son égard ?

Pour qui voudrait y donner attention, cette suite de discours serait un véritable cours de la politique dantonnienne ; mais tel n'est pas le but de notre livre, aussi ne faisons-nous cette remarque que pour prouver l'étendue de l'intelligence du maître. Isnard, par motion d'ordre, avait proposé de décréter un pacte social avant la Constitution.

Danton.— Je me présente à cette tribune pour demander l'ordre du jour sur la proposition d'Isnard, et rendre à la discussion toute la latitude qu'elle doit avoir. Isnard aurait dû sentir que les éléments de la justice humaine et la source de la liberté des nations, sont dans la déclaration des droits ; il aurait du sentir qu'une Constitution est le véritable pacte social, et qu'une Constitution acceptée par le peuple, était éternelle comme lui.

Mais c'est le jour où les représentants du peuple prennent possession du palais du despote, qu'il sera beau de poser la première base de la Constitution. {On applaudit.) Puisque vous allez de nouveau écrire la Constitution, je pense qu'il faut déclarer de nouveau que le gouvernement de la France est républicain, et discuter ensuite une série d'idées fondamentales.

Il faudra que le pouvoir exécutif soit élu par le peuple ; il faudra l'investir d'une grande puissance, et la balancer par une autre ; il faudra qu'un tribunal, créé par la nation, soit chargé d'acquitter ou de condamner tous les fonctionnaires publics sortant de place ; il faudra surtout se pénétrer de cette vérité que le peuple est essentiellement bon, et que les fonctionnaires publics ont intérêt d'être mauvais.

Je demande donc que la Convention nationale, écartant la proposition

DANTON (i793)

d'Isnard, proclame encore, à la face de l'univers, que la France est une République.

(Moniteur du là mai 93.)

Le bon sens du professeur fait plus de frais que la science, comme pour indiquer que bien comprise la vraie politique est à l'usage de tous.

La date du discours qui va suivre rappelle à quel moment noys sommes de cette terriliante histoire de la Révolution française : le 18 les Girondins implacables avaient obtenu rétablissement d'une commission extraordinaire pour contenir les terroristes. Déjà elle prenait ses mesures contre Paris, elle venait de proposer un décret ainsi conçu : « La Convention nationale met sous la sauvegarde spéciale des bons citoyens la fortune publique, la représentation nationale et la ville de Paris. »

Danton. — L'objet de cet article n'a rien de mauvais en soi. Sans doute la représentation nationale a besoin d'être sous la sauvegarde de la nation. Mais comment se fait-il que vous soyez assez dominés par les circonstances pour décréter aujourd'hui, ce qui se trouve dans toutes vos lois? Sans doute l'aristocratie menace de renverser la liberté, mais quand les périls sont communs à tous, il est indigne de nous de faire des lois pour nous seuls, lorsque nous trouvons notre sûreté dans celles qui protègent tous les citoyens. Je dis donc que décréter ce qu'on vous propose c'est décréter la peur.

N.... — Eh bien, j'ai peur, moi !...

Danton. — Je ne m'oppose pas à ce que l'on prenne des mesures pour rassurer chaque individu qui craint pour sa sûreté; je ne m'oppose pas à ce que vous donniez une garde de crainte au citoyen qui tremble ici. Mais la Convention nationale peut-elle annoncer à la République qu'elle se laisse dominer par la peur. Remarquez bien jusqu'à quel point cette crainte est ridicule. Le comité vous annonce qu'il y a des dépositions portant qu'on a voulu attenter à la représentation nationale. On sait bien qu'il existe à Paris une multitude d'aristocrates, d'agents soudoyés par les puissances ; mais les lois ont pourvu à tout ; on dit qu'elles ne s'exécutent pas ; mais une preuve qu'elles s'exécutent c'est que la Convention nationale est intacte, et que si un de ses membres a péri, il était du nombre de ceux qui ne tremblent pas.

Remarquez bien que l'esprit public des citoyens de Pans qu'on a tant calomniés...

Un grand nombre de voix. — Cela est faux, la preuve en est dans le projet qu'on propose.

Danton.— Je ne dis pas que ce soit calomnier Paris, que de proposer le projet de décret qui vous est présenté; mais on a calomnié Paris en demandant une force départementale ; car dans une ville comme Paris où la population présente une force si imposante, la force des bons citoyens est assez

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