CHAPITRE VI
grande pour terrasser les ennemis de la liberté. Je dis que si dans la réunion dont on a parlé, il s'est trouvé des hommes assez pervers pour proposer de porter atteinte à la représentation nationale, cette proposition a été vivement repoussée, et que ces hommes sont saisis et peuvent être livrés à la justice, ils ne trouveront point ici de défenseurs. On a cherché aussi a inculper le maire de Paris, et à le rendre pour ainsi dire complice de ces hommes vendus ou traîtres; mais Ton n'a pas dit que si le maire de Pans n'était pas venu vous instruire de ce qui s'était passé, c'est qu'il était venu en rendre compte au comité de salut public, qui devait vous en instruire. Ainsi donc quand il est démontré que les propositions qui vous ont été faites, ont été rejetées avec horreur, quand Paris est prêt à s'armer contre tous les traîtres qu'il renferme, pour protéger la Convention nationale, il est absurde de créer une loi nouvelle. Pour proléger la Convention nationale, il ne s'agit que de bien diriger l'action des lois existantes contre le vrai coupable. Encore une fois, je ne combats que le fond du projet; mais je dis qu'il se trouve dans les lois préexistantes. Ne faisons donc rien par peur, ne faisons rien pour nousmêmes; ne nous attachons qu'aux considérations nationales; ne nous laissons point diriger par les passions. Prenez garde qu'après avoir créé une commission pour rechercher les complots qui se trament à Paris, on ne vous demande s'il ne conviendrait pas d'en créer aussi une pour rechercher les crimes de ceux qui ont cherché à égarer l'esprit des départements. Je ne demande qu'une chose, c'est que les membres qui proposent ce projet, se dépouillent de toutes leurs haines. Il faut que les criminels soient bien connus, et il est de votre sagesse d'attendre un rapport préliminaire sur le tout.
{Moniteur du 26 mai 93.)
La commission n'avait pas tardé de se mettre a l'œuvre, et pour qu'on sut bien où elle en voulait venir, que c'était une guerre à mort entre elle et la Montagne, elle commença par s'attaquer à un des membres les plus influents des clubs.
Une députation de la commune de Paris était venue dénoncer à la barre de l'Assemblée l'attentat commis par la commission des douze sur la personne d'Hébert, substitut du procureur de la commune.
A ce propos Isnard, président de la Convention, avait répondu :
Si jamais par ses insurrections sans cesse renaissantes il arrivait que Paris portât atteinte à la représentation générale, je vous déclare au nom de la France entière, Paris serait anéanti, bientôt on Chercherait sur les rives de la Seine, si Paris a existé.
{Moniteur du 27 mai 93).
244 DANTON (t793).
Danton ne tarda pas à répondre à cette menace provocatrice, l'occasion s'en offrit bientôt. La section, dite des Gardes-Françaises, venait de présenter son contingent, le président de l'Assemblée lui fait un accueil patriotique.
Danton. — Si le président eut présenté l'olivier de la paix à la Commune avec autant d'art qu'il a présenté le signal du combat aux guerriers qui viennent de défiler ici, j'aurais applaudi à sa réponse, mais je dois examiner quel peut être l'effet politique de son discours. Assez et trop longtemps on a calomnié Paris en masse. ( On applaudit dans la partie gauche et dans les tribunes. — Il s'élève de violents murmures dans la partie droite. )
Plusieurs voix.— Non, ce n'est pas Paris qu'on accuse, mais les scélérats qui s'y trouvent.
Danton. — Voulez-vous constater que je me suis trompé ?
Un grand nombre de voix. — Oui.
Danton. — Ce n'est pas pour disculper Paris que je me suis présenté à cette tribune, il n'en a pas besoin. (Applaudissements.) Mais c'est pour la République entière. Il importe de détruire auprès des départements les impressions défavorables que pourrait faire la réponse du président. Quelle est cette imprécation du président contre Paris. Il est assez étrange qu'on vienne présenter la dévastation que feraient de Paris tous les départements, si cette ville se rendait coupable. (Oui, s'écrient un grand nombre de voix, ils le feraient. — On murmure dans Vextrême gauche.) Je me connais aussi, moi, en figures oratoires. (Murmures dans la partie droite.) Il entre dans la réponse du président un sentiment d'amertume. Pourquoi supposer qu'un jour on cherchera vainement sur les rives de la Seine, si Paris à existé? Loin d'un président de pareils sentiments, il ne lui appartient que de présenter des idées consolantes. 11 est bon que la République sache que Paris ne déviera jamais des principes ; qu'après avoir détruit le trône d'un tyran couvert de crimes, il ne le relèvera pas pour y asseoir un nouveau despote. Que l'on sache aussi que les représentants du peuple marchent entre deuxécueils; ceux qui servent un parti lui apportent leurs vues comme leurs vertus. Si dans le parti qui sert le peuple, il se trouve des coupables, le peuple saura les punir; mais faites attention à cette grande vérité, c'est que s'il fallait choisir entre deux excès, il vaudrait mieux se jeter du côté de la liberté que de rebrousser vers l'esclavage. En reprenant ce qu'il y a de blâmable, il n'y a plus partout que des républicains.
Depuis quelque temps les patriotes sont opprimés dans les sections. Je connais l'insolence des ennemis du peuple ; ils ne jouiront pas longtemps de leur avantage; bientôt les aristocrates, fidèles aux sentiments de fureur qui les animent, vexeraient tout ce qui a porté le caractère de la liberté ; mais le peuple détrompé les fera rentrer dans le néant. (On applaudit.) Qu'avonsnous à faire, nous législateurs, qui sommes au centre des événements ? Réprimons tous les audacieux ; mais tournons-nous d'abord vers l'aristo-