‹ DantonChapitre 126 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

«rate, car il ne changera pas. (On applaudit.) Vous, hommes ardents, qui servez le peuple, qui êtes attachés à sa cause, ne vous effrayez pas de voir arriver une sorte de modérantisme perfide ; unissez la prudence à l'énergie qui vous caractérise, tous les ennemis du peuple seront écrasés. Parmi les bons citoyens, il yen a de trop impétueux, mais pourquoi lui faire un crime d'une énergie qu'ils emploient à servir le peuple? S'il n'y avait pas eu des hommes ardents, si le peuple lui-même n'avait pas été violent, il n'y aurait pas eu de révolution. (On applaudit à plusieurs reprises.)

Je reviens a mon premier objet ; je ne veux exaspérer personne, parce que j'ai le sentiment de ma force en défendant la raison. Sans faire mon apologie, je défie de me prouver un crime. Je demande que l'on renvoie devant le tribunal révolutionnaire ceux qui auront conspiré contre la Convention; et moi je demande à y être envoyé le premier si je suis trouvé coupable.

On a répété souvent que je n'avais pas rendu mes comptes. J'ai eu 400,000 livres à ma disposition pour des dépenses secrètes ; j'ai rendu compte de l'emploi que j'en ai fait. Que ceux qui me font des reproches les parcourent avant de me calomnier. Une somme de 100,000 livres avait été remise entre mes mains pour faire marcher la révolution. Cette somme devait être employée d'après l'avis du Conseil exécutif; il connaît l'emploi que j'en ai fait ; il a, lui, rendu ses comptes.

Plusieurs voix. — Ce n'est pas la question.

Danton. — Je reviens à ce que souhaite la Convention ; il faut réunir les départements, il faut bien se garder de les aigrir contre Paris. Quoi ! celte cité immense qui se renouvelle tous les jours, porterait atteinte à la représentation nationale ! Paris qui a brisé le premier le sceptre de fer, violerait l'Arche sainte qui lui est confiée! Non; Paris aime la révolution; Paris par les sacrifices qu'il a faits à la liberté, mérite les embrassements de tous les Français.

Ces sentimenis sont les vôtres, eh bien! manifestez^les ; faites imprimer la réponse de votre président, en déclarant que Paris n'a jamais cessé de bien

mériter de la République. Puisque la municipalité (Il s'élève de violents

murmures dans une grande partie de la salle.) Puisque la majorité de Paris a bien mérité... (On applaudit dans toutes les parties delà salit.) Et cette majorité, c'est la presque totalité de Paris. (Mêmes applaudissements.) Par cette déclaration, la nation saura apprécier la proposition qui a été faite de transporter le siège de la Convention dans une autre ville. (On applaudit.) Tous les départements auront de Paris l'opinion qu'ils doivent en avoir, et qu'ils en ont réellement. Paris, je le répète, sera toujours digne d'être le dépositaire de la représentation générale. Mon esprit sent que partout où vous irez, vous y trouverez des passions , parce que vous y porterez les vôtres. Paris sera bien connu ; le petit nombre de conspirateurs qu'il renferme sera puni. Le peuple français, quelles que soient vos opinions, se sauvera lui-même, s'il le faut, puisque tous les jours il remporte des victoires sur les ennemis, malgré nos dissensions. Le masque arraché à ceux qui jouent le patriotisme... (On applaudit successivement dans toutes les parties de la saUe) et qui servent de

246 DANTON (l79ô).

rempart aux aristocrates, la France le lèvera et terrassera ses ennemis. (Applaudissements.)

(Moniteur du 28 mai.)

Le 27 mai , l'audace du comité girondin n'a plus de borne; la lutte s'engage; Danton a tout fait pour concilier les partis, ses discours sont là; mais les orgueilleux ne veulent rien entendre; il faudra donc que l'un ou l'autre parti succombe ; c'est à ce triste spectacle que nous allons assister.

Une autre députation de la section de la cité vient réclamer contre la commission des douze qui a fait enlever nuitamment son président et son secrétaire. Grande rumeur à ce propos; le président Isnard soutient la commission , la gauche défend la députation. Robespierre demande la parole, elle lui est refusée.

Danton. — Je vous le déclare, tant d'impudence commence à nous peser, nous vous résisterons.

Tous les membres a l'extrême GAUcnE.— Oui nous résisterons. (Onapplaudil à plusieurs reprises dans les tribunes.)

On demande dans la partie droite que la déclaration de Danton soit consignée dans le procès-verbal.

Danton. — Oui, je le demande moi-même.

Lu déclaration de Danton est consignée dans le procès- verbal.

Danton monte à la tribune. — Je demande la parole.

Plusieurs voix. — Vous ne serez pas privilégié.

Le Président. — Danton a fait une déclaration; comme elle doit être insérée dans le procès-verbal, il demande à la répéter.

Danton. — Je déclare à la Convention et à tout le peuple français, que si l'on persiste à retenir dans les fers des citoyens qui ne sont que présumés coupables, dont tout le crime est un excès de patriotisme ; si l'on refuse constamment la parole à ceux qui veulent les défendre : je déclare, dis-je, que s'il y a ici cent bons citoyens, nous résisterons. (Oui, oui, s'écrie-t-on à l'extrême gauche.) Je déclare en mon propre nom, et je signerai celle déclaration, que le refus de la parole à Robespierre est une lâche tyrannie.

Les mêmes voix. — Oui, un despotisme affreux.

Je déclare à la France entière que vous avez mis souvent en liberté des gens plus que suspects sur de simples réclamations , et que vous retenez dans les fers des citoyens d'un civisme reconnu, qu'on les tient en chartre privée, sans vouloir faire aucun rapport.

Plusieurs membres.— C'est faux, le rapporteur de la commission des douze a demandé la parole.

Danton. — Tout membre de l'Assemblée a le droit de parler sur et contre la commission des douze. C'est un préalable d'autant plus nécessaire, que cette commission des douze tourne les armes qu'on a mises dans ses mains,

Page 1