‹ DantonChapitre 127 sur 208 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

contre les meilleurs citoyens ; cette commission est d'autant plus funeste, qu'elle arrache à leurs fonctions des magistrats du peuple. (On murmure dans la partie droite.)

Plusieurs voix. - Et les commissaires envoyés dans les départements.

Danton. — Vos commissaires, vous les entendrez... Si vous vous obstinez à refuser la parole à un représentant du peuple qui veut parler en faveur d'un patriote jeté dans les fers, je déclare que je proteste contre votre despotisme, contre votre tyrannie. Le peuple français jugera.

Danton descend de la tribune, au milieu des applaudissements d'une partie de l'Assemblée et des tribunes.

{Moniteur du 29 mai 93.»

Il ajoute dans la môme séance :

Danton. — Je demande que le ministre me réponde ; je me flatte que de cette grande lutte sortira la vérité, comme des éclats de la foudre sort la sérénité de l'air ; il faut que la nation sache qui sont ceux qui veulent la tranquillité. Je ne connaissais pas le ministre de l'intérieur; je n'avais jamais eu de relation avec lui ; je le somme de déclarer, et cette déclaration m'importe dans les circonstances où nous nous trouvons, dans un moment où un député \c'est Brissot) a fait contre moi une sanglante diatribe; dans un moment où le produit d'une charge que j'avais est travesti en une fortune

immense (Il s'élève de violents murmures dans la partie droite.) 11 est bon

que l'on sache qu'elle est ma vie.

plusieurs voix de la droite.— Ne nous parlez pas de vous, de votre guerre avec Brissot.

C'est parce que le comité de salut public a été accusé de favoriser les mouvements de Paris, qu'il faut que je m'explique... Plusieurs membres. — On ne dit pas cela.

Voilà ces amis de l'ordre qui ne veulent pas entendre la vérité ; que l'on juge par là quels sont ceux qui veulent l'anarchie. (On murmure dans la partie droite. — Applaudissements dans la partie opposée.) J'interpelle le ministre de dire si je n'ai pas été plusieurs fois chez lui pour l'engager à calmer les troubles, à unir les départements, à faire cesser les préventions qu'on leur avait inspirées contre Paris; j'interpelle le ministre de dire si depuis la révolution je ne l'ai pas invité à apaiser toutes les haines, si je ne lui ai pas dit : je ne veux pas que vous flattiez tel parti plutôt que tel autre, mais que vous prêchiez l'union. Il est des hommes qui ne peuvent se dépouiller d'un ressentiment. Pour moi, la nature m'a fait impétueux, mais exempt de haine. Je l'interpelle de dire s'il n'a pas reconnu que les prétendus amis de l'ordre étaient la cause de toutes les divisions, s'il n'a pas reconnu que les citoyens les plus exagérés sont les plus amis de l'ordre et de la paix. [Moniteur du 29 mai 93.)

Le 28, on était revenu sur le décret qui cassait la commission des douze, on voulait le rapporter.

DANTON (l793)

Danton. — Votre décret d'hier était un grand acte de justice; j'ai nie à croire qu'il sera reproduit avant la levée de la séance. Mais si votre commission conservait le pouvoir que, je le sais de bonne part , elle voulait exercer sur les membres mêmes de celte Assemblée...

Plusieiks \oix. — Oui, oui.

D'aithes. - Cela est faux.

Collot d'Hehbois i s'agite au milieu des gradins).

Je dis que si le fil de la conjuration n'était pas rompu, si les magistrats du peuple n'étaient pas rendus à leurs fonctions, et entourés du respect qui doit les accompagner, après avoir prouvé que nous passons nos ennemis en prudence, nous leur prouverons que nous les passons en audace et en vigueur révolutionnaire.

(Moniteur du 30 mai 93.)

Une députation se présente, l'orateur dans son discours prétend qu'on a laissé trop longtemps entre les mains du peuple les instruments révolutionnaires, qu'il sert les projets des ambitieux. Isnard admet les pétitionnaires aux honneurs de la séance; d'autres demandent l'impression du discours.

Danton. — Personne ne respecte plus que moi le droit de pétition ; j'ai applaudi à l'opinion principale contenue dans celle que vous venez d'entendre. Nous sentons tous la nécessité d'une constitution, et sous ce rapport je partage les vœux des pétitionnaires. Mais ordonnerez-vous l'impression d'une adresse où l'on dit qu'il faut arracher au peuple les instruments de la révolution. Si j'entends bien ce que signifient ces mots, cela veut dire la faculté de se réunir pour délibérersur les affaires publiques. Or, les pétitionnaires nous ont demandé ce qu'il nous est impossible de faire; car le peuple français est au dessus de nous. Il est digne de se serv ir de ces instruments de révolution, il est prêt à les tourner contre ses ennemis. Le peuple français, avec ces mêmes instruments, fera, quand il le voudra, rentrer en un seul jour dans le néant les hommes assez stupides pour croire qu'il y a une distinction entre le peuple et les citoyens. 11 serait ridicule de livrer, par un décret, à l'impression une pétition par laquelle quelques honnêtes gens de section viennent censurer ici la minorité. Songez que si l'on se vante d'avoir contre nous la majorité, vous avez dans la République, et Paris en est un exemple, une majorité immense. (Oui , oui , s'écrie une partie de l'Assemblée.) Il est temps que le peuple ne se borne plus à la guerre défensive, et qu'il attaque tous les fauteurs de modérantisme; il est temps que nous marchions fièrement dans la carrière; il est temps que nous raffermissions les destinées de la France; il est temps de signaler notre courage ; il est temps que nous nous coalisions contre les complots de tous ceux qui voudront détruire la République. Nous avons montré de l'énergie un jour et nous avons vaincu. Paris ne périra pas; aux brillantes destinées de la République se joindront ( elles de cette cité fameuse que les tyrans voulaient anéantir. Paris sera tou-

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